Cité par W. M. Davis, loc. cil., p
fixe *. Les points où cet axe perce le sphéroïde sont les pôles. Tout plan passant par Taxe des pôles dessine, par son intersection avec la surface du globe, un méridien. Le plan mené par le centre de la terre, perpendiculairement à Taxe, coupe le sphéroïde suivant Véquateur^ courbe dont tous les points sont à 90 degrés de distance angulaire des pôles. Enfin chaque point de la surface, dans le mouvement de rotation diurne, décrit parallèlement au plan de l'équateur un cercle dit parallèle.
Si la terre était une sphère parfaite, les méridiens et l'équateur seraient des grands cercles égaux, et tous les points situés sur un même plan parallèle à Téquateur décriraient le môme petit cercle. Chaque point du globe serait défini par sa longitude^ c'est-à-dire par l'angle, mesuré sur l'équateur, de son méridien avec un méridien initial, et par sa latitude^ autrement dit l'arc intercepté sur le méridien, à partir de l'équateur, par le parallèle du point considéré. On pourrait d'ailleurs prendre, pour mesure de cette latitude, l'angle des rayons terrestres aboutissant aux deux extrémités de Tare, et ces rayons ne seraient autres que les verticales^ ou lignes du fil à plomb, relatives aux extrémités en question.
Mais, d'une part, le sphéroïde terrestre est aplati aux pôles et, de l'autre, sa surface présente des inégalités qui font que chaque méridien est une ligne irrégulière, renflée à la rencontre des protubérances continentales, tandis qu'elle est déprimée sous les océans. Dès lors, pour qu'un point soit défini, il faut connaître son altitude^ positive pour la terre ferme, négative pour le fond des mers, c'est-à-<lire la distance à la({uelle se trouve ce point de la surface idéale qui définit la figure du globe.
Pour déterminer cette surface idéale de comparaison, on est convenu de considérer, comme figure propre du sphéroïde, celle qui correspondrait à la surface libre des mers, si cette dernière était partout prolongée sous les continents, ce qu'on cherche à réaliser par les opérations de nivellement. En vertu de la mobilité iles particules liquides, la surface libre de la mer, sollicitée à la fois par la pesanteur et par la force centrifuge due à la rotation «liurne, doit théoriquement afiecter une figure d^équilibre^ celle il'un ellipsoïde de révolution, engendré par la rotation, autour de Taxe, d'une ellipse méridienne invariable. Dès lors les verticales deviennent les normales à l'ellipse, et la mesure de deux arcs
I. Les légères variations que |»eiit éprouver la situation de Taxe relativement au globe peuvent être considérées comme néplipeables au point tie vue de la géographie.
elliptiques limités par des verticales faisant entre elles un angle d'un degré, ces arcs étant choisis Tun près de Téquateur, Tautre près d'un pôle, suffit pour déterminer géométriquement la forme de la courbe. Du même coup, cette connaissance permet d'évaluer la longueur de l'ellipse méridienne à l'aide d'une unité convenue. La forme elliptique trouve son expression complète dans ce qu'on appelle V aplatissement ^ c'est-à-dire dans le rapport de la différence des deux axes au plus grand d'entre eux.
En 1799, les opérations géodésiques exécutées en vue de l'établissement du système métrique avaient conduit Delambre et Méchain à adopter, pour la valeur de Taplatissement, le chiffre de sTT, ce qui, combiné avec les dimensions des arcs mesurés, assignait à l'ellipse méridienne une longueur de 20 522 960 toises. On en prit la quarante-millionième partie et cette fraction, matériellement exprimée par un étalon en platine déposé aux Archives, est devenue le mètre.
Ultérieurement, de nouvelles mesures ont fait voir que la valeur admise pour l'aplatissement était trop faible, et que ce dernier devait être compris entre -j^ et âfô. De plus, on a dû reconnaître que les différentes mesures d'arc ne donnaient pas des résultats identiques, de telle sorte qu'il n'y avait pas, à proprement parler, d'ellipse méridienne unique.
On aurait pu d'ailleurs le prévoir a priori. En effet, pour que la surface des mers affectât la forme d'un ellipsoïde de révolution défini, il faudrait que l'océan eût partout la môme densité, et que son niveau, uniquement déterminé par la combinaison de la pesanteur avec la force centrifuge due à la rotation diurne, ne fût influencé ni par les vents, ni par les courants, ni par les variations météorologiques. A la vérité, ces diverses causes n'altèrent la forme du sphéroïde que dans une très faible mesure. Mais il n'en est pas de même des influences dues à l'attraction. La théorie indique que la surface des mers ne peut manquer d'être déformée par le voisinage des masses continentales, dont l'attraction se fait sentir pour son compte, indépendamment de l'action totale du globe. Il s'ensuit que la verticale est déviée, en même temps que la surface des eaux tranquilles ou horizontale s'écarte de la position qu'elle aurait prise sans cette perturbation. C'est donc un ellipsoïde modifié en chaque point par la terre ferme, ou géoîde, qui doit exprimer la figure de la nappe océanique. Or la détermination précise de ce géoîde réclame, entre autres choses, la connaissance de l'intensité de la pesanteur, donnée difficile à
mesurer et éprouvant, d'un point à un autre, des variations dont la cause est encore très mvstérieuse.
Heureusement les inégalités que provoquent ces causes de déformation n'ont pas l'importance qu'on leur avait tout d'abord attribuée. Il est aujourd'hui démontré * qu'en aucun point, le jréoïde ne doit s'écarter de l'ellipsoïde théorique de plus de 200 mètres. En particulier pour ce qui concerne l'Europe, le niveau de la mer y est partout sensiblement uniforme, et les variations qu'il peut offrir sur nos côtes sont à peu près du môme ordre que les erreurs inévitables des nivellements. En fait, on peut admettre que la figure du globe est exprimée, avec une approximation suffisante, par un ellipsoïde de révolution, dont le demiaxe équatorial aurait 6 378 284 mètres, le demi-axe polaire étant de 6 356 607, et le demi-axe moven de 6 371 000 mètres. Dans ce cas, la valeur du mètre demeurant pour toujours fixée par l'étalon des ^Vrchives, l'ellipse méridienne, au lieu de contenir exactement 40 millions de mètres, en aurait 40 007 860.
11 est à remarquer que même en admettant, pour l'aplatissement terrestre, la plus forte parmi les valeurs proposées, soit ?^, le globe terrestre demeure encore trop voisin d'une sphère pour que la différence soit sensible à Tœil, quelle que soit l'échelle de la représentation.
Valeur du relief terrestre. — Ayant ainsi défini la surface de comparaison à laquelle on doit rapporter les altitudes et les profondeurs, il est intéressant de savoir dans quelle mesure la surface du globe solide s'écarte de celle dont les éléments viennent d'être indiqués.
Plus des rh de la surface du sphéroïde sont occupés par la mer. Le reste, c'est-à-dire la terre ferme, ne s'élève jamais audessus de rOcéan plus haut que 8840 mètres » et, en moyenne, Taltitude des continents, supposée uniformément répartie sur toute leur surface, ne dépasse jias sensiblement 700 mètres '. Or le rayon terrestre a 6371 kilomètres. Dès lors la plus haute cime ne domine le niveau de la mer que de la sept cent vingtième partie du rayon, et l'altitude moyenne de 700 mètres en représente seulement la fieuf millième partie. On est donc fondé à dire que le relief de la terre ferme est insignifiant.
I. Ola résulte «les travaux mathématiques de MM. Helmerl et Hergesell. i. Altitude de la cime culminante de l'Himalaya.
3. Les calculs les plus récents, ceux de MM. Heiderich et Penck, ont donné respectivement 145 et 735 mètres.
D'un autre coté, il n'existe pas de fosse océanique dont, la profondeur, authenti(|uement mesurée, soit en chiffres ronds supérieure à 8300 mètres *. Ainsi la' plus grande différence d'altitude, entre deux points de la surface du globe solide, n'atteint pas 17 kilomètres et demi, soit la trois cent soixante-cinquième partie du ravon. A la vérité la profondeur moyenne des mers se tient aux environs de 4000 mètres, égale par conséquent à cinq ou six fois l'altitude de la terre ferme. Il n'en est pas moins vrai que si, sur un globe de dix mètres de diamètre, on voulait ménager des cavités représentant à l'échelle les dépressions océaniques, nulle part, il ne faudrait donner à ces cavités plus de sept millimètres de creux. Et le même chiffre limiterait la saillie que devraient faire les rugosités continentales. C'est pourquoi on a raison de dire que les inégalités de l'écorce demeurent bien aunlessous de celles (|ue présente la peau d'une orange.
Ainsi d'une part, les montagnes n'ont en aucune façon, relativement aux dimensions du globe, l'importance que nos yeux sont portés à leur attribuer, et, d'autre part, la mer est très loin de constituer ces abîmas, que l'imagination se figure si naturellement lorsque, du rivage, on contemple la masse liquide s'étendant à perte de vue. Il y a mieux; lors même qu'un océan aurait sa partie la plus profonde en son milieu, raccordée aux deux bords par des pentes régulières, la courbe ainsi obtenue ne cesserait pas d'être absolument convexe. En effet, en raison de la courbure du sphéroïde terrestre, un arc égal à la dimension transversale de l'Atlantique comporte une flèche de ilSO kilomètres; c'est-à-dire qu'à supposer le fond de cet océan absolument plan d'une rive à l'autre, l'épaisseur de la nappe liquide en son milieu serait cent cinquante fois plus grande que le maximum de profondeur réellement observé. Une mer de cinq degrés d'amplitude comporte une flèche de 6 kilomètres. Même les mers de Soulou, de Célèbes et de Banda ne réalisent pas ces conditions. Seuls quelques détroits, comme le Pas-de-Calais, ou certaines fosses linéaires exceptionnellement profondes, ont un profil concave. Partout ailleurs, h» profil d'ensemble du fond des mers est une courbe convexe, mais dont le rayon de courbure est supérieur à celui de la surface libre.
En résumé, la mer se borne à occuper les parties déprimées d'une surface extrêmement peu différente de celle d'un s|)héroïde
1. On a mesuré 8513 mèlresdans le Pacifique, au fond de la fosse des Kouriles, el 8341 dans TAtlantique, contre les Antilles, dans la fosse des Vierges.
parfait ; et il suffirait que le volume de la masse liquide fût augmenté d'un sixième pour que la terre fe^^me presque tout entière cessai d'exister. Malgré l'énorme importance qu'elle revêt à nos regards, la nappe océanique n'est guère qu'une pellicule, servant à marquer les creux ou, en d'autres termes, à mettre en évidence les principales inégalités d'une surface qui, sans cela, vue de loin, laisserait l'impression d'une régularité presque absolue.
En chiffres ronds, on peut évaluer la superficie du globe à olO millions de kilomètres carrés, dont 143 pour la terre ferme et 365 pour les mers. Cette répartition est calculée dans l'hypothèse où le pôle antarctique formerait le centre d'une grande île d'environ 10 millions de kilomètres carrés, et dont il semble que quelques rivages se laissent entrevoir par endroits à travers la banquise qui rend ces parages presque inabordables. Avec une altitude movenne de 700 mètres, le volume des terres situées audessus du niveau de la mer rei»résenterait en gros cent millions de kilomètres cubes ^ tandis que , suivant qu'on adopte 4000 ou 3600 mètres pour la profondeur moyenne des mers, on assigne à la masse océanique un volume égal à quinze ou treize fois celui des continents.
Ces deux volumes réunis ne représentent que la six cent soixante-quinzième partie du volume total de notre sphéroïde. C'est donc avec raison qu'on emploie ï ex\)ress\on d'écorceteiTestre [^our désigner tout ce qui est accessible à l'observation; car en dehors de toute idée théorique sur la constitution interne de notre planète, c'est bien une écorce, voire une pellicule, que cette partie extérieure qui nous oc(!upe, et au-dessous de laquelle on [>cut dire qu'aucune investigation directe n'a encore pénétré, puisque le forage le plus profond, sur la terre ferme, n'a pas dépassé 1100 mètres.
Cela posé, la faible valeur des inégalités terrestres, jointe à la régularité du sphéroïde, entraîne une coUvSéquence très importante, qu'il est bon de mettre ici en lumière. Puisque la ligure de récorce solide dilïere à peine de celle d'un géoïde, lui-même presque identique avec un ellipsoïde de révolution, cela veut dire que cette écorce affecte, à peu de chose [)rès, une forme d'équilibre, privilège réservé aux matières douées de fluidité, ou tout au moins pourvues d'une grande élasticité.
Il y a plus; la valeur de l'aplatissement terrestre est justement celle que le calcul assigne à un globe qui aurait la densité movenne de la terre (3, 5) et dont les éléments seraient assez
mobiles pour obéir à la force centrifuge engendrée par le mouvement diurne. De là découle cette conclusion, que la terre a dû, ♦selon toute probabilité, traverser un état initial de fluidité, évidemment déterminé par la chaleur; qu'au début la surface de récorce a été ellipsoïdale, et que les inégalités dont elle est aujourd'hui afiectée doivent provenir d'une déformation progressive, causée par le refroidissement de notre planète. Sans insister davantage sur ces considérations théoriques, qu'il nous a paru bon de signaler parce qu'elles semblent résulter immédiatement de l'observation, poursuivons l'examen des formes générales de récorce.
Répartition du relief.* Notion des ligpies de partage. — Après avoir constaté combien est faible, suivant la verticale, le contraste mutuel des deux parties, maritime et continentale, de la .surface terrestre, il convient de rechercher si du moins ces deux domaines n'auraient pas chacun leur constitution propre, suffisante pour établir entre eux une démarcation tranchée. Il en serait ainsi, par exemple, si d'un côté tous les océans se présentaient à nous comme d'immenses cuvettes, s'approfondissant depuis les bords jusqu'au centre, et si, d'autre part, les continents aflectaient la forme de dômes surbaissés, plongeant de tous côtés vers les mers qui les baignent.
Telle n'est pas à beaucoup près l'impression qu'on ressent à la vue des cartes, à la fois hypsométriques et bathymétriques, où le relief du sol ainsi que la profondeur des mers sont figurés par des courbes de niveau, en même temps que des teintes graduées accentuent les zones d'égal relief moyen *.
Ce qui fraj)pe au premier abord, surtout si l'échelle des cartes est un peu considérable, c'est l'extrême complication des courbes d'altitude, le morcellement pour ainsi dire infini des zones hypsométriques, les profondes échancrures dont elles sont accidentées, suivant un dessin qui semble échapper à toute définition générale. Mais cette impression se modifie singulièrement si, au lieu de suivre minutieusement chaque courbe, on s'applique à se former une vue d'ensemble, en faisant abstraction des circonstances de second ordre. Ainsi celui qui veut comprendre les lignes essen-
1. Au nombre de ces cartes, nous menlionnerons spécialeincnl : la carte générale (Weltkarte mit Meerestiefen und Uôhenschichten)^ publiée en 1893 par Tamirauté allemande ; la carte n* 1 (HÔhen und Tiefen) de l'Atlas physique de Berghaus (section Géologie); la carte n" iO (Seetiefen) du môme atlas (section Hydrographie); les cartes générales des atlas Schrader et Prudent, Vidal-Lablache, etc. Nous avons d'ailleurs essayé d*en donner une réduction dans la Planche jointe à cet ouvrage.
LES GRANDES LIGNES DU DESSIN GÉOGRAPHIQUE il
tielles d'un paysage cligne des yeux pour ne percevoir que les ensembles. Ainsi encore le peintre qui veut représenter un arbre, et à qui un premier regard n'a montré qu'un enchevêtrement confus de feuilles et de rameaux minuscules, s'étudie à v discerner des masses, à la juste expression desquelles il devra subordonner la reproduction des menus détails.
En appliquant ce procédé à la lecture des cartes hypsométriques, on s'habitue bien vite à simplifier les contours des courbes, pour apercevoir, sur la surface des continents, des massifs qui tranchent, par leur dessin comme par leur altitude, sur les régions environnantes. Seulement ces massifs, tantôt allongés en chaînes, tantôt ramassés ou bien étalés en ramitîcations, occupent très rarement une situation centrale. Les uns, comme l'ensemble du Tibet et de l'Himalaya, ne sont séparés de la mer que par des péninsules aplaties, qui semblent avoir été artificiellement collées contre leurs bords en qualité de hors-d'œuvre ; d'autres, comme l'Atlas en Afrique, ou comme laf Cordillère des Andes dans l'Amérique du Sud, forment tout contre la mer une simple bande linéaire, qui apparaît comme un bourrelet longitudinal relativement au reste du continent. Mais ce qui est plus frappant encore, c'est qu'il s'en faut de beaucoup que la terre ferme soit, dans son entier, tributaire de la mer. En Asie, les bassins fermés constituent près de 30 p. 100 de la surface. En Afrique, la proportion des territoires sans écoulement s'élève à 32 p. 100. Pour le globe entier, elle atteint au moins un cinquième de la superficie continentale. Ces territoires déprimés, en général très plats, dont quelques-uns ont leur fond au-<lessous du niveau de la mer, sont d'ordinaire encadrés par des lignes de hauteurs, qui leur assignent des limites assez tranchées; et ainsi la terre ferme, au lieu «l'offrir un dessin bien homogène, où se manifesterait partout l'idée directrice d'une descente progressive vers le grand réservoir maritime, se présente sous la forme d'une capricieuse juxtaposition de compartiments, les uns surélevés, les autres déprimés, dont les frontières respectives sont marquées par des chaînes de raontagnes.
C'est pourquoi rien n'est plus artificiel que cette notion des grandes lignes de partage des eaux, sur laquelle reposait autrefois tout l'édifice de la géographie physique. A coup sûr, il faut bien •|uil s'opère un partage des eaux courantes selon les pentes, et M^^ chaque territoire se divise en bassins fluviaux, eux-mêmes réunis par groupes selon les mers dont ils sont tributaires. En
suivant de proche en proche, vers Taniont, les dernières ramifications des cours dVau, ainsi que des rifroles qui les alimentent en temps de pluies, on finira toujours par rencontrer une suite de points, à [)artir desquels la pente dirigerait les eaux vers un autre bassin. L'ensemble de ces points formera la ligne de partage. Mais ce serait une grande erreur de croire que de telles lignes puissent toujours être mathématiquement définies. C'en serait une plus grande d'imaginer qu'elles doivent en tout cas s'accuser franchement dans la topographie, et que les principaux accidents du relief coïncideront d'une manière constante avec les limites des grands bassins hydrographiques. On pouvait le croire à l'époque où, conformément à un préjugé qui datait du moyen âge, les montagnes étaient considérées comme les os de la terre fernie. Alors les atlas se faisaient un devoir de mettre cette ossature en pleine lumière, par un figuré où les grandes lignes de partage formaient comme une sorte de colonne vertébrale, d'où les lignes secondaires se détachaient à titre de branches, ramifiées elles-mêmes à l'infini. A quel point cette conception est peu conforme à la réalité, c'est ce dont il est aisé de s'assurer par l'examen des cartes hypsométriques.
Qu'est-ce, par exemple, que cette ligne de partage de l'Europe, qui doit séparer le versant atlantique du versant méditerranéen? Elle prend son origine au détroit de Gibraltar, et semble débuter d'une manière digne de son rôle, en épousant la ligne de crêtes la plus saillante de l'Espagne, la Sierra Nevada. Mais il est à remarquer que, jusqu'à l'extrémité de l'Andalousie, il n'y a pas à proprement [>arler de partage; car la ligne de séparation demeure collée au littoral méditerranéen, n'envoyant de ce côté que quelques torrents. On la suit encore assez bien dans son rebroussement vers le nord, jusqu'à la rencontre <le la Sierra Morena. Mais que devient-elle entre ce point et les sources du Tage, alors que le Guadalquivir, la Guadiana, le Tage et le Douro, tous tributaires de l'Atlantique, ont leurs bassins respectifs si nettement délimités par de vraies chaînes parallèles? En vérité il semble que, comme ligne orographique, elle s'évanouisse juste au moment où commence sérieusement son office de partage. Quels zigzags son parcours ne subit-il pas encore jusqu'aux montagnes qui bordent au sud-ouest le bassin de l'Elbe, par où elle acquiert enfin une allure bien définie vers les Pyrénées, qu'elle se hâte ensuite d'emprunter par un changement complet de direction \ Mais, quand elle doit quitter cette dernière chaîne, en ayant soin
«l'éviter les Corbières, qui semblaient si naturellement s'offrir pour cette descente, on la voit errer à Taventure dans la dépression fangeuse du Lauraguais, ce seuil insignifiant qui forme Tunique obstacle à la communication entre TOcéan et la Méditerranée, pour atteindre la Montagne Noire. Là, du moins, elle redevient culminante, mais pour se résigner bientôt à Tincertitude que lui inflige le plateau de Larzac, où une partie des eaux tombées sur le versant méditerranéen n'est pas bien sûre de ne pas aller rejoindre, par les canaux souterrains des Causses, quelque affluent de la Garonne. Enfin elle prend possession des Cévennes, après quoi le Lyonnais, le Beaujolais et le Charolais lui assureront un tracé dominant jusqu'à la Côte d'Or. Seulement, arrivée là, elle doit éviter l'arête principale du cliaînon, pour n'être pas coupée du plateau de Langres, qui seul lui permettra, par une haute plaine très impro[)rement qualifiée de Monts Faucilles, d'arriver aux Vosges. Encore, entre Langres et Chalindrey, trouvera-t-elle tout juste le moyen de i)asser en contournant la source de la Marne, qui vient s'appliquer contre la crête même du plateau, qu'elle semble avoir essayé de forcer.
Des Vosges, la ligne de partage ne fait que toucher la [>ointe, et à peine a-t-elle pris possession du Ballon d'Alsace qu'elle descend au plus vite, entre le Doubs et l'Ill, à la recherche d'un passage qui la mène au Jura. Cette fois la voilà de nouveau installée sur une véritable crête, mais violemment rejetée au sud-est. D'ailleurs, bien avant que se termine et même cjue s'abaisse l'arête sur laquelle elle a un moment réussi à se maintenir, il lui faut l'abandonner brusquement, suivant une ligne de plus grande pente, pour errer dans le pays marécageux (jui sépare le lac de Genève de celui de Neuchâtel. C'est là, qu'écrasée d'un côté par le Jura, de l'autre par les montagnes du Chablais, cette ligne qui a la prétention de séparer les eaux méditerranéennes, à la fois de l'Atlantique et de la mer du Nord, va ramper en quelque sorte, jusqu'à ce qu'elle se dédommage enfin en remontant sur la crête de rOberland bernois. Mais ses humiliations ne sont pas finies. Elle en éprouvera d'autres, quand il lui faudra se glisser entre le Rhin et le Danube, à deux pas du lac de Constance, juste à l'endroit où un précurseur tertiaire du llhin se dirigeait autrefois vers Test. Quels détours pour arriver en Souabe sans heurter ni le Danube, ni le Neckar! Non moins difficile sera pour elle l'accès de ce nœud du Fichtelgebirge, cpii lui procurera le passage à la Forêt de Bohême; après quoi son tracé demeurera bien indécis
sur le plateau morave, comme aussi entre les Sudètes et les Beskides. Mais nulle part le caractère artificiel de cette ligne ne sera mieux marqué que dans ces marais de la Podlésie, dont certaines parties, selon Tabondance des pluies ou la direction du vent, peuvent décharger leurs eaux soit dans la Baltique, soit dans la mer Noire.
D'ailleurs, au delà de ce point, une fois franchies les sources du Volga, il n'y a plus rien de sérieux qui établisse une séparation <|uelconque entre les affluents de ce fleuve et ceux du lac Ladoga ; et c'est merveille que la ligne de partage parvienne jusqu'à l'Oural, à chaque instant recoupée par des canaux qui mettent U^ bassin de la mer Glaciale en communication avec celui de la Caspienne. Quelle difi'érence entre cette allure si souvent eflàcée, et ce que donneraient à penser les anciennes cartes soi-disant physiques, où l'on avait soin de marquer, par un figuré continu, semblable à celui des montagnes, la ligne séparative des eaux européennes !
Encore, pour atténuée qu'elle soit si souvent, cette ligne n'en est-elle pas moins susceptible d'un tracé défini et unique. Mais où trouver quelque chose d'analogue en Asie, avec ces grands bassins intérieurs sans écoulement, les uns, comme la dépression aralo-caspienne, à peine séparés des fleuves sibériens, les autres, comme le désert du Tarim et les cuvettes mongoliennes, enfermés entre les plus hautes chaînes de montagnes? Si bien que c'est en plein désert de Gobi, là précisément où il n'y a pas d'eau, qu'il faut arriver à tracer une séparation entre le bassin du Pacifique et celui de la mer Glaciale, sur un continent où l'Himalaya, la chaîne la plus élevée du globe, sert uniquement à isoler le Gange de son affluent le Brahmapoutraî
Que dire aussi de l'Afrique, où l'on voit les affluents du haut Sénégal enchevêtrer, en quelque sorte, leurs sources avec celles du Niger, ce singulier fleuve qui commence par tourner le dos à la côte où il doit aboutir? Quelle incertitude de relief, non seulement dans le Sahara et la cuvette du Tchad, mais dans ce bassin du Congo, dont certains tributaires viennent s'entremêler avec des affluents du Nil, tandis que d'autres vont se confondre dans des marécages avec les eaux aboutissant au Zambèzeî Enfin pourraiton signaler rien de plus exceptionnel que la falaise qu'on suit depuis Zanzibar jusqu'en Abyssinie, et dont l'arête, limite orientale du grand plateau incliné vers l'Atlantique, s'accidente par moments d'une suite de fosses, où s'alignent des lacs sans écoulement?
A c«ux qui, par contre, se plairaient à mettre en regard la remarquable homogénéité de la Cordillère des Andes, il serait aisé de répondre que, pour l'Amérique du Sud, c'est une étrange ligm^ de partage que Tarête de ce bourrelet, qui semble s'être dressé uniquement pour empêcher les eaux du continent d'arriver au Pacifique; enfin que le Nevada et l'Utah, avec leurs grands bassins intérieurs, enlèvent singulièrement à la valeur des Montagnes Rocheuses, considérées comme arête hydrographique principale.
En un mot, les continents, tels que la géographie usuelle a coutume de les envisager, ne sont rien moins que des unités homogrènes. Ils ne répondent en aucune fa(;on à la conception d'un(^ ossature coordonnée à leur contour, et marquée par une chaîne de partage de premier ordre, d'où se détacheraient, comme autant de membres reliés au tronc, les arêtes séparatives des bassins secondaires. On y voit, côte à côte, des massifs de haut relief et des territoires déprimés, les uns sans aucun écoulement, d'autres, comme le bassin de la Hongrie, d'où les fleuves s'échappent en forçant, à travers des chaînes de montagnes, de véritables défilés. Ce sont des assemblages de parties essentiellement disparates, où se révèle une complication extrême, et dont l'état présent est impossible à embrasser sous une formule unique.
Relief du fond des océans. — Le même enseignement ressort de Fétude des profondeurs maritimes. C'est en vain qu'on chercherait, dans ce qu'on ap[»elle un océan, quelque dessin d'ensemble, attesté par la convei^ence de toutes les pentes vers une fosse centrale. Ainsi, de la côte du Pérou à celle du Kamtchatka, dans la direction du sud-ouest au nord-est, le fond du Pacifique est une plaine uniforme, dont la profondeur demeure comprise entre 4000 et 6000 mètres. C'est seulement tout contre les îles Kouriles, c'est-à-dire dans une position absolument excentrique, qu'apparaît une fosse allongée parallèlement à la chaîne des îles, entre les Aléouliennes et le Ja[K)n, et où la sonde est descendue jus^pi'â 8513 mètres. Cette zone de grandes [»rofondeurs joue donc, relativement au Pacifique, un rôle tout h fait semblable à celui du massif tibétain par rapfiort à l'Asie.
A partir du Ja[Kin, la chaîne des îles Bonin, des Mariannes, des Carolines et des îles Salomon est lK>rdée, à droite et à gauche, par des fosses fermées, de 400Ô à W>00 mètres, et des cavités non moins profondes forment, au milieu des Indes orientales, les deux mers de Célèbes et de Banda. iJi aussi, ce Mfui de vrais comjiartiments déprimés, lionlés de tous côtés, soit [»ar des haut.'^fonds.
soit par des chaînes d'îles, qui ne sont que les sommets de rides en majeure partie submergées. De ces compartiments plus ou moins circulaires, les uns (c'est le cas de Célèbes) ont leur fond absolument plat. D'autres, comme la mer de Banda, voient se dresser en leur milieu des espèces de pyramides qui, partant de 5000 mètres de profondeur, arrivent à la surface par des pentes de près de 15 p. 100.
L'Atlantique, au nord comme au sud, est partagé en deux, suivant sa longueur, par un long plateau sous-marin, portant toujours moins de 4000 mètres d'eau. Entre ce plateau et les continents s'étendent des fosses dont le fond se tient entre 4 et 6 kilomètres au-dessous de la surface. Mais ce n'est encore pas dans ces fosses que la sonde descend le plus bas; c'est tout contre les Antilles (8341 m.), et de même, les cartes récentes font ressortir près des côtes des dépressions exceptionnelles, l'une, la fosse <le Curaçao (5221 m.), enfermée dans la mer Caraïbe, l'autre, la fosse de Bartlett (6268 m.), encore plu§ remarquable par sa forme linéaire, entre la Jamaïque et la baie de Honduras.
En somme, nulle part les océans ne dessinent de grandes cuvettes régulières, et chacun se partage, comme la terre ferme, en compartiments inégaux, le plus souvent au fond plat, à travers lesquels courent des protubérances sous-marines, semblables, comme allure générale, à celles qui accidentent les continents.
De là on peut conclure que le domaine maritime et le domaine continental ne sont pas distincts par leur essence. Dans l'un comme dans l'autre, les grands traits de l'écorce solide sont les mêmes. Les compartiments juxtaposés, tout comme les bourrelets qui les définissent, diffèrent surtout les uns des autres par leur distance au centre de la terre. Cette distance fixe la place que ces unités semblables doivent occuper, les unes, les continents, au-dessus du niveau de la mer, les autres, les grandes surfaces océaniques, au-dessous de ce niveau, tandis (|u'entre les deux se tiennent les chaînes d'îles, entourant des mers presque fermées, dont le Pacifique occidental offre le type. L'ensemble a pu être justement comparé à une marqueterie^ dont les différentes pièces auraient joué les unes par rapport aux autres.
Tout en présentant, au point de vue de la structure générale, la similitude qui vient d'être signalée, les parties continentales et les parties maritimes pourraient encore se distinguer d'une manière assez tranchée, si l'allure du relief sous-marin était sensiblement plus adoucie que celle des protubérances de la terre ferme. Faute
de documents suffisamment pnVis, on a pu croire pendant lonsTtemps qu'il en était ainsi. Mais le projrrès des sondages a rectilié cette erreur, et il suffit d'un coup d'œil jeté sur les cartes récentes pour se convaincre, non seulement que Fespacement des courbes bathymétriques est presque partout comp;iralde à celui des lifrnes hypsométriques, mais que, au rebours de ce qu'on aurait pu croire, la raideur des pentes océaniques remporte bien souvent sur celle des déclivités du sol émergé.
^Vinsi, au lai^e du golfe de Biscaye, comme en avant de l'Irlande, on voit le fond s'abaisser à raison de 56 mètres pour iOOO, alors que, de la cime des Tauern au pied des Alpes bavaroises, la chute n'est que de 31 pour iOOO. Non loin des cotes du Maroc, on constate des décliWtés de 180 à 190 pour 1000, c'est-à-dire du même ordre que celles qu'on mesure entre une haute cime alpine et la vallée principale qui en est le plus voisine. La pente autour des îles Bahama est de 145 p. 1000, atteignant par moments 190 p. 1000, soit plus que la déclivité de la ligne qui joint le sommet de la Jungfrau à la vallée de Lauterbrunnen. Les îles Bermudes, le golfe de Guinée, le banc de Faraday dans l'Atlantique, offrent des exemples de pentes comprises entre 500 et 100 p. 1000 «, et cela en dehors des régions coralliennes à récifs construits. Devant la côte du Chili, la courbe bathymétrique de 4000 mètres est parfois moins éloignée du rivage que ne l'est, sur le flanc des Andes, la ligne d'altitude de 2000 mètres. Même, en un point, la sonde dépasse 6000 mètres, à une distance de la cote moitié moindre que celle qu'il faudrait parcourir en sens inverse pour s'élever à 4000 mètres dans la Cordillère. Chaque opération de pose d'un câble sous^marin multiplie le nombre des piliers océaniques, qui surgissent brusquement au-ilessus d'un fond presque plat.
Il résulte de tous ces faits que les phénomènes auxquels sont dues les grandes inégalités de l'écorce ont dû agir avec des intensités comparables sous les mers et sur les continents.
Comparaison de la terre ferme et du fond des mers. — Il y a pourtant un caractère qui différencie les courbes de niveau de la surface émei^rée; c'est leur tracé essentiellement dentelé ^ ou pour mieux dire déchiqueté (fig. 1), contrastant avec la régularité habituelle du tracé des courbes immergées.
La cause de ce morcellement est facile à découvrir à l'inspection d'une carte hypsométrique détaillée, c'est-ànlire faisant con
I. Voir Penck, Morpholoqie der Erdoberfllche, II, p. 608 et siiiv.
DE UkPfxnzsr. — Levons de géofcr. phys. 2
16 LEÇONS DE GÉOGRAPniB PHYSIQUE
nallri> les lifrnrs iJe niveau pour des équïdistaiices rapprochées, par exemple ile 11) en 10 mètres. On constate alors que, iFune courbe à lautrc, les écliancrures se superposent avec régularité, les parties concaves étant groupées par séries autour d'un uxe ► commun, qui est le thalweg d'une vallée, tandis que les parties convexes s'étagezit suivant l'axe des croupes séparatïves de deux versants. Les dentelures sont donc le résultat évident de l'érosion, qui a découpé toute la terre ferme pour y procurer l'écoulement des eaux courantes.
Au contraire, en mer, au moins audessous de 200 mètres de profon- ^^^ deur, il n'y a plus, en général, de "*■ puissance capable d'afTouillement.
n -iooa inMros; 1, iodp baiîijmisiriqno iio Par suitc de l'allure exprimée
Oi— 2l»m*tros;a, looeile — ÏOOà — ÎOOO; , , , ,. '.
3,i!ûnodo -îoooà — 4oiwm*ircsi j, fonda parles courbcs hypsouietriques,
de plus de fooo «itiro^. lorsqu'ou fait la coupe verticale
d'un continent, i'inlerniption que subissent les pentes générales à
la rencontre dos vallées engendre un profil déchiqueté on dénis de
Asie centrale
Vig. 1. — Frafrmi
scie (fig. 2), qui fait un contraste remarquable avec la simplicité
Afrique
du dessin de l'écorce sous les mers (fig. 3). C'est comme un changement à vue qui s'opère au passage de la terre ferme à l'Océan '.
r les profilï «trcto^i'spnrM. Ueiderirli
La conséquence est que, sur la terre ferme, un point quelconque est le plus souvent dominé, à droite et à |Lrauclie, et à petite distance, par des hauteurs relativement importantes; tandis que, si le fond des mers était mis à sec, ceux qui le parcourraient verraient le terrain s'élever ou s'abaisser très projrressivement sur de jrrandes étendues, trouvant rarement, dans leur vuisin«ijre immédiat, une cime de brusfjue relief.
Une telle difTérence ne saurait être attribuée à l'insuffisance actuelle des documents hydrographiques. Sans doute nous sommes encore loin de connaître tous les accidents (|ue recouvre la nappe liquide, et le projrrès des sondajres ne pourra tjue compliquer les contours aujourd'hui esquissés. Mais, soit au voisinage immédiat des cotes, soit sur lemidacement des lijrnes téléprraphiques sousmarines, le nombre est déjà considérable des parajres qui ont été relevés avec une grande précision, et où Ton a pu constater l'absence d'échancnires notables dans les courbes bathvmétriques. Quand il s'en présente, comme au voisinage des cotes découpées par des fjords, la géologie fournit la |)reuve que la contrée a subi une submersion récente, de sorte que cette exception confirme, au lieu de la détruire, la règle tjue nous avons posée.
Ainsi, sous ce rapjiort, le domaine continental et le domaine maritime ont chacun leur caractéristique définie. Seulement il importe de remarquer que la difTérence signalée ne |)orte que sur les détails. Elle disparaît tout à fait si, faisant abstraction des inégalités secondaires, c'est-à-dire su|>posant les vallées comblées, on envisage, soit la direction d'ensemble des courbes hypsomélriques, soit les inflexions principales du profil continental. Dans ce cas, les deux domaines redeviennent absolument com|)arableset, dans l'un comme dans l'autre, les accidents généraux du relief ont la même valeur. C'est ainsi, par exemple, que la coupe transversale du
Fig. -1. — Conpc à travers lo Pacifique suivant lo •>;'>' parallèle de latitude Sud
fd*ai»K*s M. Heiilorirh;.
Échelle : des lon^-ueurs ^^ ^^^\ ^^^ : des hauteurs T^njVïïô*
Pacifique, par 35" lat. S., donne pour le fond de TOcéan un profil général qu'on ilirait calqué sur celui d'un continent (iv^jc. 4). De même, les sondages multipliés qui ont été exécutés dans TAtlan-
tique nord ont permis (Kétablir que les variations du relief, pour le fond de cet océan, étaient exactement du même ordre que pour la partie moyenne de TEurope.
C'est un fait de la plus haute importance; car il écarte, de prime abord, toute idée d'attribuer aux aj^ents extérieurs un rôle prépondérant dans la formation du relief de Técorce. En effet, ces agents n'ont aucune prise sur les profondeurs maritimes ; (»t puisque les inégalités de ces dernières ne diffèrent pas génériquement de celles qui caractérisent la terre ferme, il est légitime d'en conclure que le rôle des puissances externes doit se borner à imprimer un modelé tout à fait superficiel à des formes dont le dessin est entièrement déterminé par des causes profondes.
Notre conclusion pourrait être en défaut s'il était permis <le supposer que, par une sorte de jeu de bascule, la terre ferme et la mer aient périodiquement alterné; de telle sorte que les océans actuels représenteraient d'anciens continents, submergés après avoir été façonnés par l'érosion. Mais, bien que nos continents abondent en formations d'origine marine, qui attestent la fréquente variation des rivages, il paraît bien établi par la géologie que cet échange • ne s'est jamais opéré sur une très grande échelle. Même cette science nous apprend à reconnaître, dans les deux hémis[)hères, des territoires très étendus qui, depuis une longue suite <le périodes, n'ont pas cessé d'appartenir à la terre ferme. Or il n'en faut pas davantage pour enlever tout crédit à l'hypothèse qui ferait des fonds de mers actuels d'anciens continents submergés. Car la masse des océans est si considérable, relativement à celle de la terre ferme, que pour avoir déserté une partie notable des parages, qu'elle occupe aujourd'hui, il faudrait que la mer eût recouvert tous les autres sans exception. Quant à imaginer que le volume des océans ait pu être moindre aux époques antérieures, par suite d'une plus abondante évaporation, cela est impossible, si l'on réfléchit qu'une évaporation qui diminuerait de 45 mètres la profondeur des mers déterminerait, par la présence de la vapeur correspondante, une augmentation de trois atmosphères dans la pression extérieure; circonstance dont n'auraient pu s'accommoder ni les végétaux, ni les animaux à respiration aérienne qui, depuis si longtemps, jieuplent la surface des continents.
Enfin, et surtout, le contour si régulier des courbes bathymétriques empêche de les considérer comme a[>partenant à d'anciennes terres émergées, car, dans ce cas, l'érosion n'eût pas manqué d'v découper de nombreuses et profondes échancrures. Peut-être quel-
ques-unes de ces inéjralités auraient-elles pu disparaître par la suite sous une couverture de sédiments. Mais cet effet ne se fût produit qu*au voisinage immédiat des côtes ; car Tobservation établit que la sédimentation ne s'opère que sur 250 à 300 kilomètres en avant des rivapres. Or ce chiffre est infime relativement à la laideur moyenne des mers, où le fond offre partout le même dessin.
On peut donc regrarder comme infiniment probable que des phénomènes tout à fait distincts des actions superficielles ont dû créer les inégalités de Técorce. Et celles-ci se seraient maintenues sans altération sensible sous les eaux de TOcéan, tandis qu'à Tair libre elles auraient vu peu à peu leur profil se modifier et leurs contours se compliquer par morcellement.
Constitation des grandes aires océaniques. — Les causes profondes que nous venons d'entrevoir vont encore se révéler à nous dans l'étude des particularités qui distinguent les grandes aires océaniques. De ce qu'on doit reconnaître à toute Técorce solide une même structure générale, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il n'existe, entre les parties déprimées et celles qui font saillie, d'autre différence que celle de l'altitude. Peut-être l'examen de leurs limites respectives mettra-t-il en évidence une sorte de prédestination, fixant d'avance le sort de certains compartiments.
Pour le savoir, examinons successivement les deux principales divisions entre lesquelles se partage la masse des mers, c'estànlire le Pacifique et l'Atlantique.
Le Pacifique est «le beaucoup l'océan le [dus important. Il embrasse à lui seul 30 p. 100 de toute la superficie du globe. Or Jepuis le cap Horn jusiju'à l'.Vlaska, son contour oriental ne cesse pas d'être défini par un bourrelet de hautes montagnes, dont la déclivité se poursuit sans discontinuité sous la mer, jusqu'aux fonds lie 2000 mètres entre la pointe du sud de l'Amérique et la latitude de 33<> S., jusqu'aux fonds «le 4000 et souvent plus entre <^e point et le voisinage des Aléoutiennes. A la vérité, dans l'Amérique du Noni, la Conlillère, juscpie-là si simple, s'épanouit en plusieurs branches et s'élargit en massifs. Mais une partie notable de cet épanouissement est occupée par des déserts sans écoule- ^^nl, que «les hautes chaînes c<itières séparent du rivage ; et ^ïnsi, «lans l'ensemble, le «lessin du bord oriental de ce grand <x^^an se poursuit «l'un bout à l'autre avec la même simplicité, accusant partout un bnisque ressaut de l'écorce, ressaut dont l'am-
j>litu(lo verticale dépasse parfois douze mille 7nèlres \ Contrairement à l'idée qui s'offre si naturellement à Tesprit, «l'un rapport nécessaire entre la grandeur d'un océan et le territoire continental qui en est tributaire, le Pacifique n'a [)Our ainsi dire rien qui lui appartienne sur le continent américain. Presque toutes les eaux s'en vont à l'Atlantique, (|ui pourtant est deux fois moins étendu.
Passons maintenant en Asie. Les Aléoutiennes, véritable cordillère en grande partie sous-marine, vont se souder au Kamtchatka, pays de hautes montagnes, et celui-<!i se continue par les Kouriles, contre lesquelles nous savons que la sonde descend rapidement à 8500 mètres. Puis vient le Japon, prolongé à son tour, d'un côté par les îles Liou-Kiou ot les Philippines, de l'autre par les îles Mariannes, que bordent immédiatement des fonds de 6 à 8 kilomètres. Par là on atteint la Nouvelle-Guinée, avec des montagnes de 4000 mètres, puis la Nouvelle-Calédonie, et enfin les Alpes de la Nouvelle-Zélande, dont quelques cimes dépassent 3000 mètres, non loin d'une mer où la sonde s'enfonce à plus de 5 kilomètres, et sur l'autre bord de laquelle se dresse la chaîne australienne. Pour être moins apparent et moins sim|de que sur les rivages américains, le brusque ressaut de la rive occidentale du Pacifique n'en est pas moins marqué. Il n'y a pas non i)lus, pour l'Asie, <le bassin hydrogra[)hique appartenant en propre à cet océan. Tous les fleuves aboutissant à la côte asiatique se versent dans des mers intérieures à la ligne des grandes îles, mers qu'un exhaussement presque insignifiant de l'écorce suffirait à isoler du Pacifique, en faisant une barrière ininterrompue <le toutes les chaînes d'îles qui définissent le ressaut.
Ainsi le Pacifi([ue, au moins pour toute la partie située au nord du 30° parallèle de latitude S., apparaît comme un(^ véritable fosse aux bords escarpés et au fond jdat, plus ou moins partagée en compartiments secondaires par des arêtes longitudinales, comme celle des îles Samlwich , mais essentiellement définie comme dépression homogène par le bourrelet continu qui l'entoure. Ajoutons que le parcours de ce brus(|ue ressaut est marqué par une ceinture presque ininterrompue de volcans, comme il s'en établit toujours, ainsi que l'enseigne la géologie, au bord des grandes lignes de fracture; et alors nous jiourrons dire (|ue, dans la mar-
1. La (Uffêrence <le niveau ontre le fond de la fosse marine qui existe au-devant de Lima, et la erôte de la Cordillère au-dessus de cette capitale, est de 11500 mètres; et il est des points de la côte chilienne où cette différence atteint 12 500 mètres.
queterie terrestre, le Pacifique représente un énorme compartiment effondré, tout autour duquel dos cassures ou des plis ont relevé les bords des compartiments voisins.
C'est donc bien une dépression dans toute la force du terme; et ce rôle paraît lui avoir été dévolu île très longue date, car Tétude géologique nous montrerait le Pacifique consiitué, à Tétat d'océan, à peu de chose près dans ses limites actuelles, depuis les derniers temps de Tère primaire. De telle sorte qu'on peut le regarder comme un des éléments les plus stables de la géographie.
Tout autre est la constitution de l'Atlantique, comme l'a si bien fait ressortir M. Suess *. Autant les rides de l'écorce semblaient chercher à s'accumuler contre le bord du Pacifique, autant elles évitent, pour ainsi dire, les rives de l'Atlantique. Quand une chaîne y rencontre la mer, c'est à angle droit, comme les Pyrénées, la Cordillère bétique, l'Atlas marocain. La montagne s'arrête, coupée net par la côte, sans abaissement préalable de la crête. En outre, un immense territoire continental est tributaire «le cet océan, qui reçoit des fleuves considérables, comme le Saint-Laurent, le Mississipi, l'Orénoque, l'Amazone, le Rio de la Plata, le Niger, le Congo, etc. Mais ce n'est pas directement vers la partie centrale de la mer que ces fleuves se rendent. Le Saint- Laurent, d'un côté, le Mississipi de l'autre, divergent en encadrant, comme pour l'éviter, un territoire triangulaire, celui des Alleghanys ou Appalaches, dont l'altitude est plus forte que celle de tout le reste du bassin. De la même façon, l'Amazone et le Paraguay entourent en divergeant le grand plateau brésilien, dont l'altitude ne cesse de croître jusqu'au rivage, comme s'il avait été brusquement tranché entre Bahia et le Rio de la Plata.
Du côté de l'Afrique c'est un plateau encore mieux caractérisé qui bute contre la côte. Il ne s'y manifeste aucune échancrure principale, aucune convergence régulière des pentes vers l'Atlantique. Les grands cours d'eau aflectent un tracé capricieux et incertain, comme s'ils se résignaient mal à sortir du continent, et, en même temps, comme s'ils réunissaient plus ou moins arbitrairement «les tronçons d'origine et d'histoire diverses.
Quant à l'océan lui-même, deux longues croupes sous-marines en accusent l'axe, l'une île Tristan da Cunha à Saint-Paul, l'autn* du tropique Nord à l'Islande, passant par les Açores. Et c'est justement sur ces croupes que s'alignent les témoignages de l'activité