‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 15 sur 216 · AîttlUz de»' Erde · texte numérisé non relu

AîttlUz de»' Erde

volcanique, absents du rivage môme de rAtlantique; comme si la cassure que les foyers éruptifs laissent soupçonner s'était produite dans Taxe et non sur les bords de Tocéan. Son histoire géologique est d'ailleurs tout autre que celle du Pacifique, et impose Tidée d'une formation très tardive des deux extrémités, boréale et australe, de cette mer. Enfin TAtlantique offre, sur la plus grande partie de ses rivages, un fait inconnu sur les bords du Pacifique; c'est l'existence d'une large plate-forme immergée à moins de 200 mètres de profondeur, qui forme comme un socle continental., au delà duquel seulement la pente se prononce et devient extrêmement brusque.

Dépression méditerranéenne. — Mais le tableau des grandes dépressions maritimes n'est pas encore complet. Une autre doit entrer en ligne de compte, plus compliquée dans son dessin et plus morcelée, et cependant bien caractéristique dans sa direction transversale aux précédentes. On peut l'appeler la dépression tnéditerraîiéenne, non seulement parce que la Méditerranée actuelle se trouve sur son passage, mais parce qu'elle partage en deux les masses continentales.

Entre les deux Amériques, cette dépression se révèle par les fosses du golfe du Mexique, de la mer des Antilles et de la mer Caraïbe, remarquables à la fois par leur profondeur, par la raideur des pentes sous-marines et par la présence des appareils volcaniques. Elle s'accuse ensuite par le grand chenal qui sépare les Canaries des Açores, et, au delà du détroit de Gibraltar, on la retrouve sous la forme des cuvettes successives, aux bords jalonnés par des volcans, qui par leur ensemble composent la Méditerranée. Alors elle se bifurque, et, tandis qu'un de ses bras donne la mer Noire, avec son prolongement aralo-caspien, naguère bien plus étendu qu'aujourd'hui, l'autre se trahit par les dépressions de la mer Rouge, du golfe Persitjue et de l'océan Indien. Enfin, par les îles de la Sonde, qui s'élèvent tout d'une pièce d'un socle situé à plus de SOOO mètres de profondeur, s'oj)ère la jonction de la dépression méditerranéenne avec les fosses longitudinales du Pacifique; et cette rencontre, qui dissimule à peine le rattachement de l'Australie au continent asiatique, est précisément marquée par un développement tout à fait grandiose de l'activité volcanique.

Ce n'est pas tout. Sur les bords de la dépression méditerranéenne, et parallèlement à son axe, s'accumulent des rides montagneuses de premier ordre. En Europe, c'est la Cordillère bétique,

puis toute la chaîne alpine, prolonjrée par les Balkans, et, au delà (lu Pont-Euxin, par le Caucase. En Afrique, c*est TAtlas. En Asie, ce sont les chaînes iraniennes, le frigrantesque Himalaya et les montagnes de rindo-Chine. En Américiue, cest, d\m côté, le bourrelet presque entièrement immergé des grandes Antilles, de fautre, la série des rides côtières du Venezuela.

Par là se manifeste le caractère essentiel de cette traînée de mers continentales. Ce n'est pas seulement, comme le Pacifique, une région faible de Fécorce terrestre, prédestinée de longue date à TaiTaissement : c'est aussi la zone où se sont concentrés les efforts de refoulement qui ont dressé en plis gigantesques les bords (\e cette dépression, partout serrée, pour ainsi dire, entre deux bandes stables. Dans Tancien monde, ces dernières sont, d'une part VEurasie, c'est-à-dire l'ensemble de l'Europe et de l'Asie, moins les péninsules arabique et indienne; de l'autre, Vlndo- Afrique^ avec l'Australie, territoire aujourd'hui morcelé, mais trahissant dans tous ses lambeaux la même conformation en larges plateaux réguliers, dont la géologie révèle la continuité originelle. Dans le Nouveau Monde, les zones stables sont les deux Amériques, dont la jonction par l'isthme <le Panama est de date récente, et qui l'une et l'autre, du moins pour la partie située à lest de la Cordillère, ont été constituées, dans leurs traits essentiels, depuis les ûges géologiques les plus reculés.

L'état [particulier d'instabilité de la dépression méditerranéenne ne s'accuse pas seulement par les bourrelets montagneux qui en occupent les bords. Comme contre-partie de ces rides, une série de fosses d'effondrement s'y succèdent, entourées par des volcans actifs ou récemment éteints; et les tremblements de terre v exercent souvent leurs ravages, comme une preuve nouvelle du défaut d'équilibre de la région.

Remarques générales sur le dessin de la surface terrestre. — En résumé, à travers les analogies que nous avions signalées en premier lieu, un dessin véritable apparaît dans la disi)Osition réciproque dos terres et des mers. Il n'est donc pas superflu de chercher à ajouter quelques traits qui achèveront d'en préciser la jïhysionomie.

Le premier est la remarquable concentration des surfaces continentales dans l'hémisphère boréal, et, de préférence, dans les hautes latitudes de cet hémisphère, avec un maximum d'épanouissement non loin du cercle polaire arctique. ^Vlors que, d'une manière générale, la superficie des mers est à celle de la terre ferme comme 232 est à 100, ce rapport, pour l'hémisphère en

question, s'abaisse à ISO p. 100, tandis que, pour la partie australe (lu globe, il est voisin de 480 p. 100.

Cette inégalité de distribution peut être encore mieux mise en évidence si Ton choisit pour pôle un point situé aux environs de Cloyes (Eure-et-Loir), par 48** lat. N., et 0*^ oO lonjr. 0. de Paris \ Dans ce cas, on forme autour de ce pôle un hémisphère continental^ où le rapport de la surface de la mer à celle de la terre ferme est 1,1, et un hémisphère océanique, où la proportion atteint 9. Le premier contiendrait, à lui seul, 120 millions de kilomètres carrés, sur 145 au maximum qu'en renferme le globe entier.

Rien n*est plus propre à faire ressortir combien la figure de Técorce solide est éloignée de ce qu'en géométrie on ap{)elle une figure centrée, c'est-à-dire telle que ses points se correspondent deux à deux par rapport à un point intérieur, à des distances égales de ce dernier. Au contraire, on peut dire que le caractère essentiel de la surface de Técorce est Vopposition diamétrale des saillies et des dépressions. Un vingtième seulement <le la terre ferme voit ses antipodes coïncider avec des surfaces contiiu^ntales. Tout le bloc formé par l'Europe, l'Asie et l'Afrique a ses antipodes en plein océan, à l'exception de l'Espagne, qui correspond à la Nouvelle-Zélande, et d'un triangle correspondant à l'extrémité méridionale de rAméri([ue du Sud, lequel triangle a sa pointe au lac Baïkal, et sa base étalée entre le Siam et Pékin. C'est pourquoi on a pu comparer l'écorce solitle à une sorte de [)yramide à quatre faces triangulaires |dus ou moins déformées, dont trois pointes feraient saillie dans les hautes latitudes de l'hémisphère boréal, tandis que la quatrième irait sortir au pôle austral sous la forme du continent antarctique, diamétralement opposé à la mer Glaciale» arctique. On peut ajouter que cette vue (l'ensemble trouve une remarquable confirmation dans le fait que les unités continentales, largement épanouies dans le nord, se terminent toutes en pointe vers le sud.

Un fait non moins frappant est la déviation vers l'est qui affecte tous les prolongements méridionaux des masses continentales. Très sensible dans le Nouveau Monde, où le méritlien de Panama, qui n'empiète pas sur l'Amérique du Sud, n'isole du môme côté que la pointe nord-est de l'Amérique <lu Nord, cette déviation est manifeste en Afrique, mais surtout en Asie, <lont le [>rolongemenl australien est tout entier à l'est du méridien passant [lar la pointe nord du lac Baïkal.

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