LA CHAINE DES ALPES ET LES CARPATHES
Aperçu général. — La chaîne des Alpes est un immense bourrelet, qui s'est dressé, pendant la seconde moitié des temps tertiaires, entre les anciens massifs de l'Europe et cette zone méditerranéenne, où le régime de haute mer avait si longtemps prévalu. Sous rinfluence d'une énergique poussée venant du sud, la puissante série sédimentaire qui s'était déposée à cette place a été relevée et disloquée en plis serrés. Son substratum archéen l'a crevée, réussissant à former l'axe culminant de la chaîne.
Mais la poussée n'était pas symétrique, et tandis que le revêtement du flanc méridional de l'axe s'écroulait en grande partie, les plis et les dislocations se succédaient nombreux sur l'autre versant, engendrant une série de zones parallèles, de hauteur progressivement décroissante. La dernière de ces zones consiste en un sillon préalpin, qui fait presque le tour entier de la chaîne, et dont le bord externe se relève parfois en ondulations régulières contre le bord des anciens massifs.
Les géographes ont coutume de faire commencer la chaîne des ^/pes sur le golfe de Gênes, au col d'Altare (495 mètres), qui lui servirait de limite commune avec les Apennins. A partir de ce point, la chaîne se développe en un croissant continu où l'on distingue successivement : Alpes liguriennes, Alpes maritimes, Alpes CoUiennes, Alpes Graies, Alpes Pennines, Alors la direction cesse d'être courbe et tend à l'est-nord-est, par les Alpes Bernoises et Glaronnaises d'un côté de la coupure Rhône et Rhin, les Alpes Ijépontines et celles des Chrisons, de l'autre. Puis, tandis que l'Inn sépare les Alpes bavaroises du massif de l'Œtzthal et de l'Ortler, re nœud devient l'origine des Alpes orientales, lesquelles s'épa-
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nouissentde plus en plus entre le Danube et la Save, venant buter contre la dépression hongroise. A Vienne, tout a disparu ; mais la chaîne orientale émerge bientôt dans les Petits Carpathes^ puis dans les Beskides, par lesquels elle se soude au grand arc des Carpathes proprement dits, eux-mêmes continus avec les Alpes de Transylvanie^ qu'une rapide inflexion ramène en sens opposé vers les Balkans.
Distinction des Alpes occidentales et des Alpes orientales. — Cet axe orographique de TEurope a une histoire compliquée, et si sa dernière forme résulte surtout de mouvements survenus à Tépoque miocène, plus d'un effort antérieur les avait précédés, dont la trace demeure plus ou moins distincte et trouble souvent l'ordonnance des plissements récents.
Tout d'abord, il importe d'établir une distinction fondamentale entre les Alpes orientales et le grand arc qui entoure l'effondrement piémontais. La coupure du Rhin, du lac de Constance au Splûgen, prolongée au sud par la Maira et le lac de Côme, n'est pas seulement une ligne remarquable au point de vue topographique. Elle correspond à un changement considérable dans la nature des roches affectées par le soulèvement. Si, de part et d'autre, on voit bien se poursuivre une bande archéenne, qui fait le noyau culminant de la chaîne, à l'ouest de la coupure cet axe ancien apparaît seul en face du Piémont qu'il domine fièrement, tiindis que, dans la partie orientale, il est flanqué au sud par une série sédimentaire suffisamment symétricjuo de celle qui se développe sur le flanc nord. Vax outre, alors que presque tous les sédiments plissés de l'occident appartiennent à des formations déposées non loin des rivages, ceux de la région orientale témoignent d'un régime de haute mer, et sont beaucoup plus uniformes sur de grandes étendues. Aussi, après le trouble qui s'introduit à la jonction des deux territoires, la chaîne de l'orient oflVe-t-elle une bien plus grande simplicité de structure que l'arc occidental. Ce résultat est dû d'abord au développein(*nt des assises du système triasique, dont le vrai type marin ne commence à se prononcer qu'à partir du Rhaîtikon d'un côté, du lac de Côme de l'autre; ensuite à ce que le flanc nord des Alpes orientales ne présente nulle part de ces apparitions soudaines de massifs cristallins, qui sont la caractéristique des Alpes occidentales.
Alpes occidentales. Arc cristallin. Rôle des Alpes liguriennes.
- La cliaîne «les Alpa^ occidentales fait face au Piémont par un
croissant très homogène d(î hautes cimes, formées de terrain
archéen depuis la base jusqu'au sommet. Ce n'est pas seulement
Tarête médiane et le substratum cristallin d'un bourrelet sédimen-
taire, qu'une violente poussée aurait fait arriver au dehors en
crevant la couverture du dôme dont toute la partie orientale,
effondrée et ensevelie sous les alluvions, ne serait plus visible
nulle part; c'est aussi une ancienne chaîne d'îlots, qui depuis
longtemps étaient émergés à cette place et servaient de noyaux à
la sédimentation. La superbe pyramide de serpentine du Mont
Viso (3843 m.), le Grand Paradis (4061 m.) , et le Mont Rose
(4638 m.) sont les sommités principales de cet amphithéâtre, un
peu abaissé en son milieu par la dépression du Mont Cenis, et
qui, contemplé du Piémont ou de la Lombardie, produit, avec
les neiges éternelles de ses sommets, un si merveilleux effet.
L'arc cristallin ne règne pas uniformément sur toute la longueur des Alpes occidentales. Il disparaît aux environs de Cuneo, et ne prend point part à la constitution des Alpes liguriennes. Ces cîernières sont formées par un massif de roches permiennes (c'est-àdire de la fin de l'ère primaire), d'ailleurs profondément modifiées, et flanquées des deux côtés de couches triasiques, tandis que sur le versant méridional affleurent le crétacé et le tertiaire inférieur. Ce qui est remarquable, c'est que les sommets de cette chaîne, les Monts Gioje (2625 m.) et Schiavo, formés de trias, correspondent à des plis concaves^ tandis que les vallées sont ouvertes sur des plis convexes ou anticlinaux \
Or les Alpes liguriennes ne sont que l'épanouissement d'une bande sédimentaire qui, venant du nord, où elle est collée d'ordinaire contre la partie convexe du croissant archéen, s'était laminée à la rencontre du massif du Mont Viso, comme serrée entre cet obstacle et les Alpes maritimes. 11 est donc permis de penser que, dans cette partie de la chaîne, l'arc cristallin a été interrompu par un effondrement, qui l'a suffisamment abaissé pour que les alluvions piémontaises le masquent entièrement.
Et alors on peut admettre que c'est ce prolongement souterrain qui, remontant au jour, devient visible dans le massif archéen littoral, compris entre le col d' Al tare et celui do Giovi. A ce dernier col seulement, selon M. Sacco ", devrait commencer l'Apennin. En effet, un changement radical s'introduit en ce point dans la composition du terrain, en même temps qu'il s'y produit une