Reclus, VEurope méridionale, p. i
de 1000 mètres, il a, mieux que toute autre partie du noyau ancien de la péninsule, gardé les caractères d'une pénéplaine.
Balkans. — Mais les dislocations qui ont créé les Balkans et la mer Noire ont fortement modifié l'équilibre du massif. Une cassure est-ouest s'y est ouverte, le long de laquelle la partie septentrionale a fait la bascule, tournant au sud sa tranche fortement relevée, dont le bord constitue l'arête du Balkan, au nord de laquelle les sédiments sont fortement plissés. De l'autre côté de la cassure, c'est le massif du Rhodope qui a vu se relever son hord en un escarpement moins considérable de gneiss et de granité, celui de YAnti-Balkan, faisant face à l'autre à 20 kilomètres de distance. Entre les deux arêtes, sur l'emplacement de la cassure, s'est dessinée une vallée longitudinale étroite, et qui est jalonnée par des éruptions volcaniques récentes, ainsi que par des sources thermales. La haute Toundja suit cette vallée, sans cesse rejetée contre l'Anti-Balkan par les torrents qui descendent de la haute crête opposée.
Le Balkan tombe à la mer au cap Eminé, au nord duquel apparaissent, autour de Varna, des dépôts tertiaires offrant de grandes analogies avec ceux de la Crimée *, où les montagnes de la Tauride doivent être considérées comme la suite de l'accident balkanique.
Très abrupt au sud, le Balkan s'incline beaucoup plus doucement au nord, où l'archéen disparaît de suite sous une couverture de sédiments secondaires fortement plissés, dont l'élément principal est le calcaire crétacé. Cette formation redevient horizontale «Dus la plaine de Bulgarie^ reposant sur un fond disloqué de trias ^t de jurassique. Elle descend au Danube par un versant assez J^aide, de 130 mètres de hauteur verticale, et à 40 ou 50 kilomètres "^U fleuve, tout disparaît sous le limon, non sans laisser percer, <le temps à autre, quelque petit pointement basaltique *, qui semble -■ràdiquer qu'entre la Bulgarie et la Roumanie, il y a autre chose ^Vi'une simple vallée d'érosion.
La grande différence de niveau dont disposent les eaux, entre
'^ Danube et la crête du Balkan, fait que les rivières descendant
^'^ cette chaîne sont de suite très encaissées. Même à Tirnova, la
ntra franchit dans le calcaire crétacé un défilé aux murailles
rticales. Aussi les routes, ayant trop de difficultés à vaincre pour
s. Toula, Eine rjeologische Reise in der Dobrudscha, Wien, 1893. ^. M. Toula en a compté 8 sur iO kilomètres.
suivre les vallées, se tiennent-elles de préférence sur les plateaux intermédiaires. Cependant Tlsker est la seule rivière qui, à la faveur d'un col, ait pu faire remonter son lit au delà de la crête, opérant à son profit la conquête d'une partie du bassin de Sofia.
Bassins d'effondrement. — Comme contre-partie du relèvement des Balkans, trois bassins d'effondrement se sont formés : au nord-ouest, sur le flanc du massif, à sa jonction avec la chaîne dérivée du Banat, le hassin de Sofia, avec ses sources chaudes; entre TAnti-Balkan et le Rhodope, le bassin de la Haute Mariiza ou de Philippopoli ; enfin, vers l'extrémité de la Thrace, et sur le cours inférieur de la même Maritza, le bassin d'Andrinople, que deux petites chaînes bordières, dont l'une archéenne, isolent de la mer Noire comme de la mer de Marmara.
Les deux dernières cuvettes consistent en de grandes plaines d'alluvions, ne laissant apparaître le tertiaire que sur leurs bords. La première, dont le fond est parfois percé par son substratum cristallin, est un pays de ten^e noire \ la seconde est une vraie steppe, avec des bruyères recouvrant un terrain de sable et de cailloux *.
Dobroudja. Roumanie. — Un très curieux territoire est celui de la Dobroudja, qui oblige le Danube à faire un double coude rectangulaire, avant de pouvoir édifier son delta. Au sortir des plaines d'alluvions, le fleuve heurte tout d'un coup le bord d'un plateau calcaire; et quand il réussit à en sortir, c'est en contournant la petite montagne de Matschin, qui s'élève à 340 mètres. La Dobroudja consiste en un plateau de calcaire crétacé compact, recouvert d'une couche épaisse de loess, ce qui ne l'empêche pas d'être une véritable steppe, où les eaux s'infiltrent sans pouvoir ruisseler.
Cette plaque calcaire bute à Matschin contre un îlot disloqué d'archéen, de granité, de trias et de jurassique, couronné par du crétacé horizontal. M. Suess a fait observer que cet accident n'avait rien d'alpin ni de carpathique; que la dislocation paraissait y avoir précédé le jurassique supérieur (circonstance également réalisée en Crimée), et que la direction générale était celle du Caucase.
En Roumanie, la Valachie présente un grand développement des derniers sédiments du miocène, notamment des couches sarmatiennes qui, redressées au bord des Alpes transylvaines,