‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 177 sur 216 · Suess, Anilitz · texte numérisé non relu

Suess, Anilitz

vers le Pacifique, se poursuit sur près de 20 degrés de latitude, jusqu'à la jonction des îles Kouriles avec le Japon.

Tandis que le contour occidental de la presqu'île, où un peu de tertiaire s'appuie contre un arc archéen et primaire, est d'une remarquable régularité, la côte orientale, entièrement volcanique, est accidentée de nombreuses découpures et bordée par une véritable chaîne de volcans. (On en compte 38, dont 12 actifs.) L'un d'eux, le Klioutchewskoï, s'élève d'un jet à la hauteur du Mont Blanc (4804 m.) On remarque que cette activité volcanique commence seulement au point où la courbe des Aléoutiennes vient toucher la péninsule, dont la partie nord est exempte de ce genre de manifestations. D'ailleurs des fosses maritimes exceptionnelles ne cessent pas d'accompagner ces chaînes de volcans, notamment celle des îles Kouriles, au pied desquelles la sonde descend plus bas que partout ailleurs dans le Pacifique. Nous verrons que cette allure se poursuit bien loin vers le sud, et qu'ainsi tout le bord occidental de ce grand océan est marqué par des écroulements de premier ordre.

Les îles qui jalonnent les cassures forment en avant du massif asiatique une véritable cordillère en grande partie submergée ; et il est actuellement impossible de dire si c'est le prélude d'un effondrement partiel de la côte orientale du continent, ou si au contraire c'est un mouvement provisoire de bascule, devant aboutir à la surrection d'une chaîne côtière. Auquel cas les mers d'Okhotsk, du Japon et de la Corée se transformeraient un jour en bassins déprimés, comme ceux que nous verrons bientôt si développés en Mongolie.

Bassin de l'Amour. Mandcliourie. — Nous ne saurions séparer de ces régions la partie de l'Asie qui comprend le bassin du fleuve Amour et la Mandchourie, précisément parce qu'on voit s'y accentuer cette môme structure de plateaux disloqués, descendant au Pacifique par des plis brusques, plutôt que par des cassures. De cette façon, tandis que d'un côté ces compartiments de l'écorco terrestre apparaissent avec le caractère de plateaux, sur le versant du pli, où l'érosion les a découpés, ils prennent l'aspect de montagnes *. De ce genre sont les monts Jablonoï, Chingan, Stanovoï, etc.

Mais, en outre, des fragments déprimés se montrent dans l'intervalle des crêtes relevées; tels sont : le petit bassin lacustre où se perd l'Ouldcha, entre l'Argoun et la Chilka; le territoire abaissé

i. Sievers, Asien, p. 187.

de la Mandchourie, entre les monts Chingan et la chaîne de Boureja; le lac Chanka, encore plus voisin de la mer. Du même ordre est la dépression de la Mandchourie méridionale, avec les petits lacs ïschachan et Tansoutou. Il y a là un pays incomplètement modelé, parce que les vents du sud-est, abandonnant leur humidité sur les hauteurs de la Corée, arrivent trop secs en Mandchourie pour favoriser le travail de Térosion. Mais ce travail progresse aux deux extrémités, d'un côté par TOussouri, de l'autre par les affluents du f»^olfe de Liautoung, et un jour viendra où tout le pays trouvera ainsi son écoulement régulier vers la mer *.

En résumé, les régions voisines des mers d'Okhotsk et du Japon accusent le morcellement d'un terrain ancien, et il faudrait bien peu de chose pour que la mer pénétrât dans le bassin de l'Amour, changeant la chaîne bordière «le Tatarie en une chaîne d'îles analogue au Japon. De môme, une submersion de moins de 300 mitres isolerait complètement la Corée de l'Asie continentale. Le cours, si souvent décroché, de l'Amour et de ses affluents, montre l'influence que les dislocations ont exercée sur le tracé des rivières.

Pamir. — Quittons maintenant les régions septentrionales, et essayons de nous faire une idée de l'orographie du massif asiatique. Pour cela il nous faut nécessairement partir du Pamir ^ ce € toit du monde », qui est comme le nœud commun d'où divergent toutes les hautes chaînes du continent.

Le Pamir est une sorte de plan incliné montagneux do 90 000 kilomètres carrés de surface, encadré entre VAlaï au nord, Y Hindoukouch au sud, et qui est divisé, par une série d'ondulations parallèles à grand rayon, en sillons où descendent l'Oxus (Amou-Daria) et ses affluents. Mais avant de pouvoir s'échapper à l'ouest, ces sillons viennent se heurter contre un bourrelet transversal, qui domine comme une muraille le pays de Badakchan, et oblige le haut Oxus à se rejeter au nord avant de pouvoir s'ouvrir la gorge profonde du Darwaz, par où il trouve accès dans la grande [daine des Turcmènes.

Du côté opposé, toutes les vallées pamiriennes viennent aboutir par l'amont à la crête du Sarykol, qui, dans le sud, se relie à la fois, par 5000 mètres d'altitude, à l'Hindoukouch à l'ouest, au Karakorum à l'est ; tandis que, dans le nord, elle rejoint le Transalaï contre le pic Kaufmann (7000 mètres), de manière à se relier au Thian-Chan. Enfin, en arrière du Sarykol, une autre crête

i. Sievcrs, /l«i>/2. p. 188.

encore plus importante, dont le centre porte le Moustag-ata (7864 mètres), et dont deux autres sommets dépassent 7000 mètres, descend d'un seul bond à 1300 mètres dans la fosse de la Kachgarie^ laissant passer par des brèches immenses le Yarkand-Daria et le Kachgar-Daria, en môme temps qu'elle envoie au Tarim une foule de torrents, que les sables du désert absorbent rapidement.

Tout ce qui est connu du Pamir appartient aux terrains primaires et à Tarchéen. Les formations plus jeunes y font complètement défaut, sauf des dépôts tertiaires ou quaternaires localisés sur les bords des fleuves et des lacs. C'est donc un territoire de très ancienne consolidation, qui a dû avoir le temps d'être façonné en pénéplaine, et qui sans doute avait atteint cette condition lorsque son équilibre a été troublé par de nouvelles dislocations.

C'est très probablement à cette cause que la région doit le profil en dos d'àne des croupes séparant les larges vallées ou pamirs qui lui ont valu son nom. La constitution du terrain, généralement exempt de roches dures, y a aussi contribué. Ënlin l'aspect des versants, encombrés d'éboulis à faible pente, semblables à ceux qui d'ordinaire accompagnent le pied des glaciers suspendus, donne à penser que la contrée a dû être récemment façonnée par les glaces, lesquelles se seraient ensuite retirées sur les hauteurs, faute d'une suffisante humidité. Cette conclusion concorde avec tout ce qu'on sait de la diminution progressive des chutes de pluie dans l'Asie occidentale, où tant de déserts ont définitivement pris la place de l'ancienne nappe d'eau aralo- Caspienne.

Les vallées pamiriennes ont leur cours principal entre 3800 et 4300 mètres d'altitude. Par leur végétation, ce sont de véritables steppes: mais il est des parties où la sécheresse engendre des déserts avec dunes de sable, et cela même aux alentours du lac Karakoul, par 4380 mètres au-dessus de la mer *.

Hydrographie pamirienne. — Quand le Pamir s'est trouvé porté à la hauteur qu'il atteint aujourd'hui, des efibndrements locaux y ont fait naître plus d'une cavité lacustre. Mais la dislocation capitale du massif est la fente orientale qui le limite et le long de laquelle s'est efibndré le bassin du Tarim ; de sorte que la chaîne de la Kachgarie, qui couronne la lèvre soulevée de cette cassure, domine de cinq à six mille mètres les bords du bassin plat adja-

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