Voir plus haut, p. 2i2 et Og
;ent. Une pareille différence de niveau, se produisant d'un seul et, ne pouvait manquer d'exercer une grande influence sur Tactiâté des cours d'eau.
En effet, quand on remarque la façon dont le Yarkan<l Daria mrvient à recueillir, par des gorges profondes, des rivières longiudinales qui, coulant bien en arrière de la crête de Kachgarie, iomblaient destinées au bassin de l'Oxus, on se rend compte que î'est l'excès de la pente vers l'est qui a dû donner à l'érosion, de te côté, un pouvoir suffisant pour repousser la ligne de partage rers l'intérieur du Pamir, parfois môme au delà du Sarykol.
Chaînes divergentes. Thian-Chan. — Du Pamir s'échappent, rers l'est, trois arêtes principales : à l'angle nord-est, c'est le rhian-Chan, qui, par une série de chaînes, se rattache aux monts le Sibérie, et atteint le cap Oriental contre le détroit de Bering; lu sud-est c'est le Kouenlnn, qui se dirige vers l'Orient et se pourjuit jusqu'au cœur de la Chine; enfin l'ensemble du Karakorum et le VHimalaya, se prolongeant en Indochine. L'immense éventail linsi défini, qui ne comprend que des montagnes et de hautes )laines, a pu être comparé à un gigantesque camp retranché, 'orméde deux parties inégalement élevées, et dont le Pamir serait a citadelle.
Tandis que le Pamir se présentait comme un cap au devant des ners de l'époque secondaire, celles-ci ont pu passer au nord et y léposer leurs sédiments, que les poussées orogéniques ont ensuite élevés, avec les terrains primaires sous-jacents , en longues et lautes chaînes dirigées à l'est-nord-est. Ainsi s'est constituée la égion du Thian-Chan ou des Monts Célestes. C'est une suite, parois large de 300 kilomètres, d'arêtes grossièrement parallèles, [ue séparent des vallées longitudinales, et qui s'abaissent par legrés depuis la crête méridionale dominant le Tarim, avec ses ►ics de plus de 7000 mètres comme le Chan-Tengri, jusqu'à la haîne de VAlaiaou, située dans l'axe de la dépression de Dzotinarie, où l'altitude devient inférieure à 230 mètres.
Le tertiaire est développé dans les vallées et sur le bord mériional du Thian-Chan, où il affecte surtout la forme de grès et de onglomérats, fournissant une proie facile au vent qui souffle sur 3S déserts du voisinage. Souvent aussi la chaleur y détermine inflammation spontanée de gisements de combustible d'âge jurasique *.
i. Suess, AnlUtZy p. 60!.
Zone d^effondrements. — Le Thian-Chan n'est pas seulement une zone qui a été plissée à différentes reprises; les effondrements y ont joué un rôle considérable, faisant naître, soit des vallées lonj^itudinales presque rectilignes, soit des fosses sans écoulement. La plus remarquable de ces vallées est le profond sillon qui sépare le Transalaï de TAlaï, et que dominent des crêtes de plus de SOOO mètres d'altitude. Cette coupure, qui ne laisse pas à la chaîne orientale du Pamir la possibilité d'arriver comme telle au Thian- Chan, envoie à Kachgar le Kyzyl-Sou, et à TOxus le Surchab. Plus loin, c'est l'Ili, qui va se perdre dans le lac Balkasch. Quant aux bassins d'effondrement, le plus remarquable est celui qui abrite le grand lac Issyk-Koul.
Cette allure continue au nord-est, quand au delà du Thian-Chan on rencontre successivement les monts Tarbar/ataï, avec les lacs Saisan et Kysylbasch, la chaîne de VAIfaï, masquant en arrière des dépressions semblables, comme celle du lac Oubsa, enfin les monts Sayaii, reliés aux crtMes du lac Baïkal. C'est toujours cette zone de crevasses que nous avons vue en Sibérie, et qui se poursuit au travers de l'Asie entière, jusqu'au Turkestan et môme au delà. Elle paraît s'expliquer par ce fait, que de l'Alataou à la Sibérie orientale tout le terrain est formé d'assises très anciennes, qui ont dû être beaucoup plus disposées à se rompre qu'à se plisser sous les efforts orogéniques.
Bassins du Tarim et du Gobi. — Entre le Thian-Chan et ses prolongements sibériens, d'une part, le Kouenlun et sa continuation chinoise d'autre part, s'étend sur près de 45 degrés de longitude une large bande de plaines sans écoulement maritime, qu'un seuil, formé par des arcs intérieurs subordonnés aux chaînes en question, divise en deux bassins : celui du Tarim à l'ouest, celui du Gobi à l'est.
Le Tarim est un immense désert au fond de sable, où des rivières considérables, descendant des plus hautes montagnes du globe, finissent par se perdre dans les marécages du Lob-Nor, à moins de 800 mètres d'altitude. Au nord le Thian-Chan, à l'ouest la gigantesque muraille de la Kachgarie, au sud le Kouenlun et l'Altyn-Tagh, tels sont les remparts qui limitent ce bassin d'effondrement, presque complètement fermé du côté de la Mongolie, grâce aux nombreuses chaînes secondaires que le Thian-Chan envoie à l'est-sud-est. Si, du côté méridional, la chute se fait tout d'un coup, de sorte que moins de 100 kilomètres suffisent pou passer du Lob-Nor à la crête de l'Altyn-Tagh (6000 mètres), au nor
il se produit comme une série de sillons parallèles sur près de 3 degrés de latitude. Mais les plus afïaissés de ces sillons ne sont pas ceux de Tintérieur. C'est tout contre le Ïhian-Chan, au pied d'une arête de 4000 mètres, entre Liouktchoun et Tourfan, que se trouve la fosse la plus profonde, descendant à 160 mètres au dessous de la mer; et à peine a-t-on franchi Tarète du Bogdo-Ola qu'on retombe dans la Dzoungarie, sur un fond plat de 600 à 700 mètres d'altitude, avec un ombilic au lac Ebinor, à 210 mètres seulement.
Tout cela dénote d'importantes fractures de l'écorce, qui font comprendre la présence de volcans et de champs de laves sur le bord méridional de la Dzoungarie.
Nous avons déjà dit comment, grâce à cette énorme chute, h' Yarkand-Daria avait repoussé la crôte de partage au delà de la muraille de Kachgarie. C'est de la môme façon que son affluent le Karakach, dépassant la crôte du Kouenlun, est parvenu à étendre son domaine en arrière jusqu'au lac tibétain ïhaldat, à 3000 mètres d'altitude.
Si le bassin du Tarim, grâce aux cours d'eau que lui envoient ses hautes murailles, peut garder quelques espaces cultivables, d<» sorte qu'on y voit les oasis alterner avec les sables, le Gobi, avec son fond d'argile et de cailloux, favorisé d'un climat un peu moins sec, est plutôt, surtout dans le nord, c'est-à-dire dans la Mongolie, une steppe qu'un désert.
Les deux dépressions corrQs\)ondei\i k la mer desséchée ou Han-haï des Chinois. Les eaux tertiaires paraissent s'y être élevées jusqu'à 1200 et môme 1500 mètres; mais, dans les dépôts qu'elles ont laissés, on n'a encore trouvé aucun fossile marin. En tout cas, le fond sur lequel re[>osent ces couches paraît exclusivement archéen et primaire.
Kouenlnn et ses prolongements. — Le Kouenlun occidental, entièrement composé de terrains primaires, forme une cliaîno gigantesque, couronnée de neige, s'élevant de 6300 à 7800 mètres sur la frontière du Tibet, et s'abaissant par terrasses successives vers le bassin du Tarim. Plus loin vers l'est, l'orographie devient plus complexe, et comporte une série de chaînes plus ou moins parallèles.
La sécheresse de l'air fait que la limite des neiges, qui est de 8200 à 3520 mètres sur le versant septentrional, monte au delà de 6000 mètres sur le flanc opposé. Aussi, sur 1200 kilomètres, M. Bogdanowitch n'a-t-il constaté que quatre glaciers, tous de second ordre et localisés sur le versant nord.
De même qu'au delà du Pamir les grandes chaînes asiatiques divergent en éventail, ainsi, un peu avant le méridien du Lob-Nor, le Kouenlun se sépare en plusieurs branches. La plus extérieure, VAltj/n-Tagh, se dirige d'abord au nord-est, puis se recourbe à TE.-S.-E. sous la forme des monts Nan-Chan, dont la chaîne principale a reçu de M. Obroutcheff* le nom de Monts Richthof en. Cette chaîne se poursuit jusqu'au fleuve Jaune, passant de 4000 ou 4300 mètres d'altitude à 2100 ou 2400.
Cette région, aujourd'hui si haute, doit son relief à un phénomène orogénique récent. Selon M. Obroutchefî, le dessèchement du Han-haï aurait été suivi par la formation d'un pli de 3350 mètres d'amplitude verticale, et c'est ainsi que le lac Koukounor se serait trouvé isolé.
Tibet. — On croyait autrefois que le Kouenlun était simplement l'arête d'un haut plateau désert, le Tibet, que limitait de l'autre côté la chaîne encore plus haute de l'Himalaya. Les voyages de MM. Przewalsky, Bonvalot, le prince Henri d'Orléans et Bogdanowitch, ont complètement modifié cette conception. C'est toute une série de chaînes divergentes qui vont s'écartant du nœud pamirien, autour de la masse imposante du Dapsang (8619 m.), cime culminante du Karakorum. Plusieurs de ces chaînes conser\^ent, sur plus de dix degrés de longitude, une hauteur de 6000 à 8000 mètres, et si le Tibet a passé longtemps pour un plateau, c'est que généralement, à l'ouest comme à l'est, la sécheresse du climat y a empêché le jeu naturel de l'érosion. Dans le Kouenlun occidental aussi bien que dans son prolongement mongolien, le Bajankara-Oula, on a souvent de la peine à voir la roche en place. Le principal élément du relief consiste en de petites chaînes aux arêtes vives, ne dominant le terrain que de quelques centaines de mètres, et à demi enterrées sous les produits de leur démolition séculaire *. Gelés une grande partie de l'année, ne dégelant d'ailleurs en été que durant la journée, les fleuves n'ont guère la force de creuser leur lit ni de transporter des débris. Et la contrée, haute en moyenne de 4800 à 5300 mètres, demeure un désert de pierres, presque absolument dépourvu de toute population animale.
Au contraire, dans la partie orientale du Tibet, les eaux courantes, grâce à la diminution de l'altitude de leurs vallées, acquièrent une grande puissance, et la vie apparaît de tous côtés. Mal-
i. Peterm. Milteilungen^ 1891.
2. Bogdanowitch, Bull, soc, géoL de France, [3], XIX, p. 700.
heureusement ces vallées sont très étroites, ne laissent pas se développer de plaines d'alluvions sur leur fond, et les versants en demeurent trop raides. Le passage de Tune à l'autre est très difficile et s'effectue par des cols situés entre 4000 et ÎJOOO mètres. Le pays, quoique beaucoup plus riche, demeure donc essentiellement fermé.
Non seulement tout le Tibet est ainsi un territoire plissé, dans la partie méri<lionale duquel les terrains secondaires atteignent un grand développement; mais c'est aussi un district disloqué par de nombreuses fractures, sur le bord des(juelles l'activité volcanique s'est fait jour par des altitudes de 3000 et même 6000 mètres. C'est ce dont témoignent les volcans Ruysbroeck et Reclus, trouvés par M. Bonvalot entre le Kouen-Lun et le Ïengri-Nor, ainsi que les sources thermales qui, en hiver, donnent au centre de la région, par 3300 mètres d'altitude, le curieux spectacle de geysers gelés. De la même façon, des sources chaudes et des dépôts de borax existent près du lac Tengri-Nor, et parmi les nombreuses cavitj^s lacustres du Tibet méridional, il en est probablement plus d'une qui doit son origine à un effondrement, tandis que d'autres résulteraient simplement de l'insuffisance du modelé, causée par l'impuissance des eaux courantes.
Karakorum, Himalaya. — Au point où YHindonkouch se soude au Pamir, le Karakorum s'en détache vers le sud-est; mais cette chaîne, malgré les cimes de IfiOO à 8600 mètres qu'elle porte, ne se relie pas à l'Himalaya. Elle va se perdre au loin dans le Tibet, ne contribuant même <|ue pour une petite part à l'alimentation de riudus. Ce fleuve, qui vient des profondeurs de la lisière tibétaine, est contenu entre une chaîne détachée (hi même nœud que le Karakorum, la chaîne de Leh, et la puissante muraille de VHimalaifa, commençant à la brèche de l'Indus pour se poursuivre en arc convexe vers le sud jusqu'à la coupure du Brahmapoutra. Débutant par le Nangal (8H3 m.), et interrompu un moment par la brèche où le Satledj se fait jour entre des cimes de 6300 mètres, l'Himalaya acquiert ses plus grandes hauteurs (8840 et 8383 m.) sous le méridien du Lob Nor, après avoir subi un abaissement assez notable, au passage de cette vallée du Kurnalli, dont l'origine vient toucher les sources presque confondues du Brahmapoutra et de l'Indus. Dans l'ensemble, sa ligne de crête se tient aux environs de 3000 à 5500 mètres.
Précédée, du côté de l'Hindoustan, par le ruban des collines de
Siwalik, qui appartiennent au tertiaire le plus récent, et jouent par rapport à la grande chaîne un rôle analogue à celui de la mollasse alpine, la série de THimalaya laisse ensuite apercevoir une bande peu épaisse de terrains paléozoïques. Ceux-ci s'appuient contre une large zone archéenne, qui porte toutes les cimes culminantes, et en arrière de laquelle, du coté tibétain, apparaît une série sédimontaire, très variée, comprenant même du tertiaire marin.
Himalaya central. — Comme exemple de cette constitution si régulière, on peut donner la coupe de l'Himalaya central.
Si de la plaine de Tllindoustan, on s'élève vers les sources du Gange, situées dans cette région, on traverse successivement : la chaîne des collines Siwalik, puis en arrière la dépression dite />ww, à 600 ou 700 mètres d'altitude, après quoi on atteint une zone, large de 100 à 130 kilomètres, qu'on rappelle le Bas Himainya, et qui est entièrement formée de roches métamorphiques. L'altitude moyenne de cette bande, morcelée par de nombreuses vallées, est de 1800 à 2400 mètres.
Au delà de ce premier gradin s'élève d'un seul jet Taxe archéen de la chaîne, avec ses montagnes grandioses, comme le Nanda- Devi (7820 m.^, d'où descendent en rayonnant de superbes glaciers, quelques-uns longs de 19 kilomètres *, et offrant un remarquable contraste avec la végétation subtropicale des vallées.
Régime hydrographique. — Dans cette rangée de cimes géantes, on devrait s'attendre à trouver la ligne séparative entre les eaux do l'Hindoustan et celles du ïibet. Il n'en est rien. Les deux hautes branches du Gange, le Gori, et le Girthi qui aboutit au Dhauli, entourent complètement le Nanda-Devi. C'est en arrière qu'il faut chercher le faîte de partage, dans une chaîne dont aucun sommet ne dépasse 6000 mètres, et qui appartient à une grande zone calcaire d'âge triasique, précédant les schistes jurassiques de Spiti. Au delà de ce faîte secondaire coule le Satledj, affluent de l'Indus.
Cette circonstance s'explique i)ar la grande supériorité que donnent au travail de l'érosion, sur le versant méridional, d'abord la rapidité de la chute, ensuite l'abondance des précipitations. Ainsi favorisés, les cours d'eau qui arrosent ce versant ont fait reculer la ligne de partage, découpant le massif culminant dans ces vallées profondément encaissées, aux pentes exceptionnelle-
1. Dicncr, Verhandlungen der Gesellschaft fur Erdkunde, Berlin, 1893.
ment raides, qui en sont le Irait caractéristique. Au contraire, les sommets de la chaîne secondaire, où Tair est plus sec, portent peu de neige; la contrée qu'ils dominent est un vrai désert, et les débris provenant de leur destruction la recouvrent comme d'un manteau, si bien qu'on ne parvient à distinguer la roche en place que sur les cimes ou dans les ravins *. Ces caractères, qui sont exactement ceux du Kouenlun, prouvent que d'un bout à l'autre du Tibet occidental régnent les mômes conditions.
Il y a longtemps du reste que M. Oldham a expliqué de cette façon * la capture, opérée par les cours d'eau indiens, d'aires de drainage qui auparavant appartenaient aux rivières sans issue du plateau tibétain. C'est ainsi, sans doute, que le haut Indus et le haut Brahmapoutra sont devenus tributaires de la mer des Indes. En général, on observe que les rivières longitudinales sont établies suivant l'affleurement des terrains peu résistants, et que les cluses transversales ou tanfji s'ouvrent dans les chaînes anticlinales de calcaires durs. Selon M. Oldham ', plusieurs de ces cluses sont très anciennes, et ont dû se former par creusement continu pendant la surrection du pli.
La grande «juantité d'eau qui s'abat sur le flanc méridional de i'Himalaya fait que les cimes, abondamment couvertes de neige. Se détachent au-dessus de pentes magnifiques, couvertes de forêts. I^es rivières y coulent toutes dans des gorges extrêmement profondes, et l'absence de lacs, ainsi que la rareté des cascades, témoignent de l'activité exceptionnelle (jue les (»aux courantes ont 5^u déployer. C'est un contraste complet avec le versant nord, où 1^ sécheresse n'a pas permis l'enlèvement des débris provenant ^le la destruction des sommets.
Hindookouch et ses prolongrements. — En sens inverse du iCarakorum .et de l'Himalaya, Vllindoukoiich dirige sa crête vers i^ouest. Très dîflérent du Pamir, il se distingue par un relief xlrèmement accusé, conséciuence d'une plus grande activité des :!iours d'eau, mieux alimentés. La chaîne s'abaisse progressivement iisqu'au col de Hadocbikak (371"» m.), où elle se soude à une suite e chaînes parallèles, dessinant un arc convexe vers le sud entre aboul et la Caspienne. C'est le Par(tpnmise des anciens, duquel 'écartent trois séries de rides, l'une, reman|uablement rectiligne t continue, qui suit le bord de la steppe des Turrmènes et aboutit
i. Dioner. Utc. cil.
2. (Citation «l«» M. Davis, Annales de fjdographic^ octobre 1895.