VINGT-TROISIÈME LEÇON
Déânitioii des plates-formes indo-africaines. — L'Europe nous a offert l'exemple crun territoire où, du nord au sud, se succèdent régulièrement des zones de moins en moins anciennes, dont chacune, au cours des âges, est venue s'accoler à la précédente sous la forme d'une série de bourrelets. En Asie, nous avons vu prédominer les hautes chaînes, tour à tour divergentes et convergentes, enfermant une série de massifs elliptiques, les uns de haut relief, les autres déprimés et sans écoulement vers la mer, mais tous essentiellement plissés. Avec les terres africaines, un nouveau type apparaît : celui d'une plate-forme qui, de bonne heure, s'est montrée réfractaire à la sédimentation marine comme aux plissements, de sorte que son relief offre partout une indécision que le seul tracé des cours d'eau suffît à mettre en lumière.
Ce caractère n'est pas exclusivement propre à l'Afrique. L'Arabie, la Syrie, l'Hindoustan, l'Australie, y participent élément. Aussi, comme la géologie nous autorise à y voir d'anciens appendices, aujourd'hui isolés, d'une grande terre équatoriale, réunirons-nous ces contrées avec l'Afrique dans une même description, sous la rubrique de plates-formes indo-africaines.
Aperçu général sur TAftique. — L'Afrique, lorsqu'on en sépare, comme nous l'avons fait, la région de l'Atlas, forme un immense plateau, dont les côtés ne présentent aucune échancnire, et sur la surface duquel n'apparaissent nulle part des chaînes de sédiments récemment plissés. Pour ce motif, le relief du continenL est très mal défini. Les dépressions privées d'écoulement extérieur y occupent une grande étendue, et les cours d'eau, n'ayant pas à subir d'influences directrices qui commandent leurs tracés, affec-
tont des allures très capricieuses, plusieurs d'entre eux tournant longtemps le dos à la mer où ils doivent aboutir, et ne Tatteignant qu'après avoir décrit de longs circuits compliqués.
En outre, la presque totalité du sol de l'Afrique, au sud du 13' degré de latitude nord, est constituée par des sédiments à peu près horizontaux, qui ne remontent pas sensiblement au delà du début des temps secondaires et paraissent être de formation exclusivement continentale. Ce sont en majorité des grès de couleur claire. Mais cette couverture n'est pas assez épaisse pour ne point laisser apparaître, en maint endroit, son substratum primaire ou archéen \ de sorte que l'Afrique est, de tous les continents, celui où les aftleuremonts anciens sont à la fois le plus régulièrement éparpillés et le plus restreints en étendue (voir la figure 114, page 309). On sent qu'il s'agit d'un plateau primaire, qui devait être à peu près façonné en pénéplaine et devenu tout à fait rigide, lorsqu'il a été soustrait pour toujours à toute invasion marine. De la sorte, ses creux se sont tapissés de dépôts d'origine terrestre, et les efforts ultérieurs de dislocation se sont bornés à y ouvrir des cassures, dont plusieurs ont ramené au jour la base sur laquelle reposaient les sédiments secondaires.
Par l'effet de ces mouvements, la surface a éprouvé un gauchissement, qui y a fait naître un certain nombre de bassins déprimés ; et ceux que leur latitude condamnait à subir l'influence desséchante des vents alizés sont devenus des déserts ou des steppes. Pour beaucoup d'entre eux, l'insuffisance du modelé par les eaux courantes n'a pas permis la constitution d'un drainage régulier aboutissant à la mer.
D'autre part, le plateau africain tend manifestement à se disloquer suivant des fractures linéaires, généralement alignées du nord au sud, et dont le parcours est marqué par des volcans. Ce sont <le véritables bourrelets de rupture, accidentés de fosses d'écroulement, sur le fond desquelles les pluies équatoriales entretiennent un certain nombre de grands lacs; et il en est une, la fosse de la Mer Rouge, qui a été envahie par les eaux de l'Océan.
Pour garder un ordre aussi logique que possible dans les descriptions qui vont suivre, nous distinguerons en Afrique quatre régions : 1** la région du nord ou Saharienne; 2** l'Afrique équatoriale à l'ouest des grands lacs; 3° l'Afrique australe; 4^ l'Afrique
!. r/eîit UvingsUiiic qui a dit que, <lans l'Afrique australe, l'ossature de granilo, quoique cachée, perce çà et là sous la peau.
orientale, qui va des bouches du Nil à celles du Zambèze, el qui servira de trait (runion pour passer aux plateaux de l'Asie méridionale.
Divisions de la régrion saharienne. — L'orographie, d'accord avec la géologie, enseigne à distinguer dans le Sahara deux parties, séparées par une ligne un peu sinueuse, qui va du Cap Ghir au Darfour. L'ossature do cette limite est constituée par deux massifs culminants, Tun et Fautre archéens, celui de l'Aha^ar (plus de 1000 mètres), au sud du Sahara algérien, et celui de Tibesti (cimes du Tarso à 2400 mètres) au sud-ouest du désert libyque. Tous deux portent des volcans éteints et cette même particularité distin- \i\xQ le massif également archéen d'Aïr, situé à la limite du désert et de la steppe méridionale. L'alignement très net de l'Ahaggar et du Tibesti, au sud-est, est encore accentué par les plateaux ou tassili de grès dévoniens qui les bordent au nord, et contre lesquels est venu mourir, d'El Goleah au Darfour, l'effort des mers crétacées. Seulement, entre l'Ahaggar et le Tibesti, un épanouissement du terrain primaire détermine un grand croissant, que contourne, au sud de la Tripolitaine, VHamada el Homra, grsinde plateforme crétacée dont la continuation fait tout le fond du désert libyque jusqu'au Nil.
Au nord-ouest de la limite ainsi définie, le fond de la région saharienne est formé par des sédiments crétacés ou tertiaires; de l'autre côté, on ne voit plus que des couches primaires.
Caractères du Sahara. — Le caractère essentiel du Sahara est de former d'immenses plateaux, où les couches sont sensiblement horizontales, et qui, traversés par des vallées ou oueds, se limitent par de grandes lignes de falaises découpées, au profil souvent assez accentué pour recevoir le nom de djebel ou montagnes.
Ces plateaux, qui sont les hamada des Arabes, les tassili des Berbères, sont tantôt de calcaires, tantôt de grès de couleur foncée. Les terrains primaires occupent presque seuls le Sahara occidental ou mnrovain, tandis que les hamada du Sahara central, algérien et tunisien, sont surtout de calcaires crétacés, parfois de grès, et que les calcaires nummulitiques du tertiaire dominent dans la partie septentionnale (hi Sahara oriental ou Hhi/ffue,
Les ondulations à très grand rayon, que dessinent les couches sédimentaires de ces plates-formes, ont leurs parties synclinales occupées par des nappes très étendues d'alluvions anciennes, qui attestent à quel point le régime du Sahara différait, à la fin îles temps tertiaires, de ce qu'il est aujourd'hui. Des cours d'eau y
circulaient, qui ilécoupaîent les plateaux, isolant parfois des témoins ou gour, aussi bien dans les plus anciennes alluvions ellesmêmes que dans les sédiments de divers âges.
L'Ei^ oriental, au sud de la Tunisie, les déserts d'Edejen et de Mourzouk, enfin le ^rand désert de Libye, représentent Teflet du rlimatsurces énormes surfaces où tant de matériaux, provenant soit des grès, soit des alluvions anciennes, s'olTrent aux actions éoliennés. Le passage répété des grains de sable sur les hamada calcaires les rend unies et glissantes comme du marbre, et les dunes s'accumulent en montagnes contre tous les obstacles dressés en t.ravers de la direction du vent dominant.
Les oasis du Saliai^ algéri«»n sont de deux sortes * : il v a les ^uasis de rivières, situées sur le lit même ou sur les bords des oueds, <:!'esl-à-dire de ces cours dVau sabariens, où l'eau ne coule à ^iécouvert que par moments, mais (|ui sont pres<|ue toujours le ^^ièjre d'un certain écoulement souterrain à lravei-s les sables et graviers du fond. La seconde catégorie est celle des oasis à sources -^naturelles (Zab occi«lental, Djériil, Oued-Rir), où l'eau peut appav*aître, soit après un plus ou moins long parcours à travers les :fissures des hamada, soit sur la lisière des grandes dunes, dont le ^ied emmagasine souvent d'assez foiies quantités d'eau.
Bordure septentrionale du Sahara. — La bonlure septenlrio- Miale du Sahani résulte d'un alTaissemenl, d'une amplitude de ^[uelques centaines de mètres, qui s'est produit après Tépo^pie plio- ^::ène contre le boni du massif plissé de l'Atlas sabarion. Les ^'oupes de M. Rolland * montrent qu«» |»artout ce massif s'abaisse brusquement au sud, soit par une série de plis, soit par des cassures, affectant les assises crétacées, qui disparaissent sous les alluvions anciennes, pour reparaître beaucoup plus loin au jour, mais cette fois aver une allure sensiblement liorizoïitale, ilans les Jiainada du Sahara.
Rien n'est plus ranictérislique que res murailles, parfois [iresque verticales, qui s^* dressent en ligne droite devant l'immensité du désert. Tel le rocher sur lequel est bâtie la ville de Laghouat, et où les bancs calcaires plongent de 4;î degrés au sud-est '.
Cette ligne d'alTaisseinent, qui en somme rorrespond à un pli synclinal plus ou moins rompu au boni, est du reste d'ancienne date dans son dessin primitif: car un lai^e ruban de terrain ter-