‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 187 sur 216 · Barrât, op. cil · texte numérisé non relu

Barrât, op. cil

LBS PLATES-FORMES IXDO-AFRICAIXES 517

passe dans le haut Ogoué. Mais quand Térosion a atteint le substratum archéen ou primaire, Tintluence directrice des roches de ce dernier s'est fait sentir, obligeant les cours d'eau à suivre pendant quelque temps les bantles granitiques ou les arêtes schisteuses, pour les franchir enfin à angle tlroit, par des décrochements successifs.

La part que les dislocations ont prise à rétablissement de ce F'égime hydrographique ne saurait être niée, quand on constate que le lac dit Stanley-Pool, situé sur le pan'ours du Congo, offre des f profondeurs de 900 mètres (ce qui le fait descendre à 600 mètres ^u-<lessous de la mer), et que dans Testuaire si remarquablement m^ectiligne du fleuve, la sonde accuse 609 mètres.

Dans l'intérieur des massifs de grès blanc, friable, l'érosion a

msolé des rochers où les couches horizontales, en retraite les uns

*a3ur les autres, dessinent des escaliers de f^éanls. Et l'altération de

-«•es grès engendre des dunes, qui chez les Batékés atteignent 200

-^>u 300 mètres de hauteur.

Afrique australe. Aperçu général. — L'Afrique australe, considérée au .sud du Zambèze, est essentiellement constituée par un ]>lateau qui a légèrement fléchi en son milieu. Presque nulle part «ce plateau n'arrive jusqu'à la mer. A l'ouest, il en est séparé par l'important bourrelet archéen des Namakoua, formé d'une série -de rides de gneiss progressivement croissantes. Au sud, il laisse se |)Oursuivre, dans la colonie du Cap^ un assez large ruban de roches frimaires disloquées, à surface sensiblement aplanie, qui reparaissent sur le bord des pays de \atal et des Zonlous.

C'est en arrière fie cette bordure que surgit, comme une falaise

intérieure, la tranche du plateau sétlimentaire, constitué par une

puissante série, à peu près horizontale, tle dépots terrestres en

majeure partie gréseux, appartenant à la fin des temps primaires

-et au début de l'ère secondaire. Plongeant au nord, où il a laissé

-se former en son centre le vaste bassin quaternaire du lac Ngami

(900 m.), le plateau s'incline aussi un peu vers l'ouest, où il

-est dominé par les rides gneissiques de la côte. En revanche, il

s'élève au sud, où sa crête atteint des altitudes de 2000 et môme

^ie 3000 mètres, et plus encore à l'est, dominant la côte de Cafrerie

«ous la forme d'un rempart dont quelques cimes dépassent

-iOOO mètres.

Plates-formes du Gap. — La série des sédiments horizontaux de ^^tte plate-forme se dessine dès Le Cap, où sa base apparaît, Couronnant de ses assises gréseuses régulières, aux parois verti-

cales en escalier, un socle archéen de formes beaucoup plus adoucies. C'est la Monlafpw de la Table^ type d'un genre de formes orographiques spécial aux plateaux de roches dures bien stratifiées, les éminences tabulaires [TafeWerge des Allemands).

Le même grès se montre dans la montagne de Bokkeveld, et forme le premier gradin escarpé qui domine le rivage méridional de la colonie, s'élevant au-dessus des rides primaires du littoral.

Ce gradin se termine par une plate-forme très nettement dessinée, d'une altitude moyenne de 1330 mètres; c'est la plaine de Karou*, plaine ondulée sèche, couverte de buissons, assise sur un massif de grès supérieur au précédent, et comme lui en couches sensiblement horizontales, quelquefois découpées par l'érosion en cimes tabulaires.

Après cette plaine, on voit se dresser le second gradin, dont l'arête, haute de 2400 mètres au plus, est le bord de la Terrasse de Nienweveld. C'est encore une plate-forme presque absolument unie, assez sèche, où le grès dit de Karou domine, et qui descend progressivement au nord vers le fleuve Orange, aux bords duquel reparaît le substratum archéen. Si cette plate-forme s'isole de la précédente, c'est parce que des nappes éruptives sont intercalées à diverses reprises dans les grès de Karou, et deviennent, en raison de leur meilleure résistance, la cause de la division topographique du massif en terrasses successives. Chacune de ces terrasses prend pour base une des napi>es dures, dont la tranche fait le rebord abrupt du gradin, et se découpe parfois en colonnades naturelles d'un aspect monumental.

Pays d'Orange et de Natal. — La plate-forme du Nieuweveld se prolonge au nord-est dans l'État d'Orange, le Transvaal et le pays de Bechouana. Toujours elle se relève fortement vers Test; de sorte que son arête orientale se dessine, dans la colonie de Natal, par les Monts des Dragons (Drakenberge) ou Kouatlamba, hautes crêtes dont l'altitude se tient souvent entre 3000 et 3500 mètres, et qu'accidentent des vallées profondément encaissées. Généralement les crêtes, ainsi que les plus hautes cimes de la région, sont formées par l'aftleurement des nappes éruptives résistantes, subordonnées aux grès : ceux-ci ont été découpés comme partout en nombreuses montagnes tabulaires et quelquefois en apparences de forteresses, comme le Giant'sCastle (2944 m.).

1. Ce nom est dérivé d'un mot hultentot qui signifle sol aride (Reclus, l* Afrique méridionale, p. 439).

D'ailleurs, des ilolomies viennent prendre part à la constitution

ile la chaîne des Drairons et engendrent par leur altération des

formes très pittores<|ues.

Les hautes crêtes en question forment, sur les pays de Xatal et des Zoulous, tantôt un, tantôt plusieurs rem|»arts, qui alors sont rectilignes et parallèles, marquant sans doute des cassures en ochelons sur le hord île la plate-forme de grès. En effet, tpiand on ^B. dépassé la zone de roches primaires qui s'étend à la hase du i*em- |~»art le plus extérieur, on revoit au pied dr cette zone, tout contrt* 1^ rivage de Natal, un ruhan disloqué des mêmes grès de Karou, €^n couches plongeant vers la mer. En c<miparant la situation de czret affleurement littoral à l'altitude du Mont aux Sources (.*U90 m.i, on apprécie bien l'importance de la dislocation t|ui a ainsi mis ^:*n saillie le hord oriental de la plate-forme sud-africaine.

Transvaal, Kalahari. — Les grandes plaines de Kan»u viennent ftinir au nord-est dans le Transvaal, où Ton revoit affleurer la partie inférieure du massif sédimentaire, celle qui correspond au givs MÛc la Tahle du Cap. Cet affleurement se produit ilans le célèhre

W'itwatersrandy chaîne de hauteurs qui sert de ligne île partage ^ntre le Limpopo et le Vaal, et dont les flancs recèlent les riches ^conglomérats aurifères découverts en 188*7. I^e mol de rami. c'est-

lire //Ofv/, qui lui est appliqué, (*t qui revient souvent dans la désignation des hauteurs de IWfrique australe, mcmlre qu'on a île siuite bien afiprécié le caractère dominant îles lignes de relief de la montrée. Ce .sont bien en eflel les bords, tranchés par des cassures ^t découpés par l'érosion, des massifs sétiimeiitaiivs qui s'étaient étalés sur le socle primaire.

Au sud du Witwatersrand, et par conséquent dans des couches supérieures, appartenant au grès de Kan»u proprement dit, sont Jes gisements de charbon de la contrée.

Les grès du Tran.svaal s'appuient contre un massif granitique, qu*on voit se dévelo[q»er au nord, dans le pays de Matabele. Mais à l'ouest, la plaine gréseuse s'abaisse, souvent accidentée île dépressions salines où séjournent les eaux de pluie, jusqu'à ce qu'on arrive à la stejtpe de Kalahnriy (jue bonle au ni^nl la cuvette dont le Ngami occupe le fond.

Tous ces hauts territoires, dépourvus de relief extérieur, en majeure partie perméables et placés sur le parciKirs des vents alizés, seraient condamnés à devenir des tléserts, si le voisinage de l'océan Indien ne les faisait bénéficier d'une certaine quantité tle pluie. La chute annuelle, supérieure à 60 centimètres sur la

côte orientale, ne s'abaisse au-dessous de 20 que sur le méridien du Ngami. De la sorte, tandis que les plaines des Boers se prêtent bien à Tagriculture, et que la partie sans écoulement du Kalahari et du Ngami demeure une steppe, c'est seulement sur la côte <les Namakoua, là où pourtant les vallées aboutissent à la mer, que se montrent les conditions désertiques, c'est-à-dire les sables et les dunes. Les plis concaves du gneiss y abritent de grandes nappes de sable quartzeux, provenant de la désagrégation même du terrain *.

Quant à la partie du sud-est, que le haut relief des Drakenberge, en absorbant les vapeurs de l'océan Indien, défend mieux contre la sécheresse, elle est arrosée par le fleuve Orange, au débit d'ailleurs très irrégulier. Ce fleuve qui, en certaines saisons, a de la peine à ne pas tarir complètement après la traversée des plaines gréseuses, a dû, pour déboucher à la mer, s'ouvrir une gorge profonde et sinueuse, semée de cascades, dans le granité de la côte occidentale.

Régime des côtes de TAfrique australe. — Les cartes hypsométriques font ressortir ce fait très intéressant, que de tous les pays du monde, l'Afrique australe est celui où la courbe de 1000 mètres d'altitude est le plus rapprochée du rivage. De la même façon, la courbe de 1000 mètres de profondeur est extrêmement voisine de la côte, sauf au large du cap de Bonne-Espérance. Si, au lieu de considérer l'altitude de 1000 mètres, on se borne à celle de 500, on peut dire que, depuis la Guinée jusqu'en Egypte, en passant par le Cap, la courbe de 500 mètres accompagne constamment le littoral, sans jamais subir de ces profondes et larges échancrures qui sont la règle dans les autres continents.

Ainsi, au lieu de reposer sur un large socle sous-marin, l'Afrique presque tout entière s'élève d'un seul jet à partir des profondeurs océaniques; et cependant la rareté des volcans sur le rivage, et l'absence des longs promontoires rocheux, comme des courbes concaves qui trahissent des cirques d'elTondrement, empêchent d'attribuer cette structure à quelque dislocation récente. Il semble plutôt que le bloc africain^ si l'on peut s'exprimer de cette façon, soit depuis longtemps dessiné dans sa forme actuelle, et n'ait dû subir, dans les dernières périodes géologiques, que de faibles modifications de son contour.

i. Voir plus haut, p. 2ii.

C'est ce que tend à confirmer la géologie ; car si, dans TAfrique équatoriale et australe, toute trace de dépôt marin, secondaire ou tertiaire, fait défaut à Tintérieur, on a reconnu, dans la province d'Angola, comme aux îles Elobi (Gabon), enfin sur la côte de Natal, des lambeaux de crétacé marin absolument collés au littoral. Ce sont des bandes extrêmement étroites, appuyées contre une falaise de terrains plus anciens, qui semble s'être relevée depuis leur formation, mais en emportant avec elle, de façon <à l'amener au jour, un ruban de la frange sédimentaire déposée à ses pieds. Sur le rivage de Natal, ces couches crétacées recouvrent horizontalement les assises inclinées du grès de Karou, tombées par paquets au pied de la grande falaise des monts Kouatlamba. Cela prouve évidemment que les dislocations qui ont donné à FAfriqucî australe sa forme actuelle sont de date antérieure à l'époque crétacée '.

Dans la province d'Angola, le contraste est remarquable entre les assises si régulières du crétacé marin, qui occupent exclusivement la bande côtière basse, souvent cachées sous une couche épaisse de latérite, et le haut massif archéen qui domine ce ruban, élevant quelques-unes de ses cimes au-dessus de 2000 mètres.

Madagascar. — L'île de Madagascar offre des conditions très différentes de celles du plateau africain. Son bord oriental absolument rectiligne, la pente très raide du versant correspondant, qui descend à la mer en trois gradins, isolant parfois des forteresses naturelles, le grand nombre des anciens volcans qui jalonnent la crête d'un bout à l'autre; tout cela indique avec certitude une fracture, accompagnée d'écroulement sous les eaux de l'océan Indien. Mais ce phénomène ne s'est pas produit aux dépens d'une plate-forme semblable à celle de l'Afrique australe. Plus de la moitié de l'île est un dôme archéen, atteignant 2000 mètres d'altitude dans rEmyrne, et contre lequel s'appuient, dans l'ouest, des bandes régulières de terrains jurassiques, crétacés et tertiaires, tous d'origine marine et inconnus dans l'Afrique australe.

11 est donc certain que la séparation de l'île et du continent voisin doit remonter au milieu des temps jurassiques. Il y avait alors, dans le massif indo-africain, une grande brèche qui s'étendait jusqu'au voisinage des bouches de Tlndus. Mais le territoire archéen se poursuivait vers Test, dans la direction de l'Hindoustan et de l'Australie. Les formations volcaniques des îles

Page 1