‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 189 sur 216 · Baker et Reade m Reclus, le Bassin du Nil, p · texte numérisé non relu

Baker et Reade m Reclus, le Bassin du Nil, p

tandis que l'autre se relevait jusqu'à atteindre une altitude moyenne de 2200 à 2700 mètres, formant une immense falaise, au parcours jalonné par des volcans et des solfatares. Certaines cimes dépassent 4500 mètres. Au milieu du groupe éruptif ancien, à 1733 mètres d'altitude, a subsisté un lac, le Tana, entouré par de fertiles campagnes. On croit que son émissaire, contournant l'énorme massif culminant de Tschok (4150 m.), alimente le Nil bleu.

L'active décomposition des roches volcaniques d'Ethiopie, sous l'influence du soleil et de la pluie, engendre une terre rouge très analogue à celle qui couvre le Dekkan. Le trait essentiel du pays est le morcellement du plateau supérieur, causé par la facilité avec laquelle les eaux courantes, disposant d'une grande hauteur de chute, ont pu se tailler des lits à travers les fissures des massifs de laves. Ainsi le bloc éruptif a été découpé à diverses altitudes en compartiments nombreux, aux parois escarpées, les uns d'étendue considérable et bien peuplés, les autres réduits à de simples piliers, dont le sommet est occupé par des forteresses, des prisons, des monastères ou de simples ermitages.

DislocatioxiB de l'Afrique orientale. lAgne des grands volcans. — Le trait fondamental de la géographie, dans la partie orientale de l'Afrique, est l'existence de grandes lignes de dislocation, dirigées en moyenne selon les méridiens, et sur lesquelles se succèdent une série de lacs, ainsi que des volcans, dont plusieurs actifs.

La plus importante est celle qui, partant de la Mer Rouge, suit pendant plus de 600 kilomètres le pied de la haute falaise abyssinienne, dont il vient d'être question. Cette falaise domine d'une façon majestueuse la dépression sans écoulement du pays des Afar, au nord de laquelle s'étend, sur 30 kilomètres, la steppe salée d'Asale, tout entière au-dessous de zéro, et dont un point descend à — 60 mètres. Vers le 9* degré de latitude nord, la falaise abyssinienne dévie au sud-ouest et une ligne de hauteurs, détachée du golfe d'Adon, vient lui faire face dès le Choa, laissant s'établir dans l'intervalle un chapelet de cavités lacustres.

On arrive ainsi à un grand lac allongé, le lac Rodolphe, à la pointe méridionale duquel fume le volcan Teleki. Là commence à se dessiner la remarquable série de dépressions encaissées dont l'expédition du comte Teleki a défini l'allure \ Des escarpements,

1. Voir Hôhnel, Rosival, Toula et Suess, Denkschriften der Akad. d, Wissenschaften, Wien, 1891.

dont U cn^te môntie' à âlN>^ ou âi^OO iiiMrvs. JoniiiUMit un ft^SM*^ sinueux. capaMr Je se rétrécir par pUoe> jusqu'à une largeur tle 15 kilomètiv>- I>* fon-l Je ce fo>5ê. qui au lac Rti^Jolphe ftait à FaltituJe Je 7Mt m^tiv^. monte à IStîn au \^*u\i Je |^rtaire« jH>ur re«le5cenJiv- à ^1 au lao Natn:»n. La ilèprv>siMn ce>M\ ver^ le 5* JesTTv Je latituJe au>lrile, à rextrvniîtê Ju lae Manjani. Mais il est proUable que la «lisK^calion ne sVn |H*ur^uît |v;is moins, jus^p'au Zaml«e. jvir le lac Xyassa et la valUv «lu Chirt^: car celle-ci est encaJré^- entre Jeux escar|»emenls an.'htvns très raiJes, distants l'un Je l'autre Je ^} à S«) kilomèlivs.

La lèvre orientale Je la ^nuiile cassure jwirte une série Je ViJcans éteints, {wirmi K^s*iuels les :ri£rantest]ues cOuies Ju Kenia ioSOO m.< et Ju lîilimanJjan> 6130 m.». Ce Jernier s'élève J'un jet au-Jessus «l'un plateau «le S0«) à UhH) mètres «l'altituile. et sa base elliptique couvre un esjiace «le 110 kilomètres sur 80. IVe même, plusieurs volcans éteints, à 200i) mètr^^s J'altituJe. couronnent la lèvre occiJentale ; et à [«eu Je ilîstance, sur une cassur»* parallèle, se «Iress**. tout près Ju lac Victoria Nyanza, 1 ancien volcan El«ron 420<) m.i.

U y a Jon<* là une banJe «le terrain tout [karticulièrement Jisloquée, et le fait que l'un île ses LkidIs Jétinit Tarète Je |vartaire entre l'océan InJien et l'Atlantique montre l*ien «{u'il s'airit J'une zone soulevée, coramr si elle avait olw^i à une pression venant Jes Jeux cùtés à la fois, et qui. tout en la relevant, l'aurait p«irtatrée en nombreux compartiments.

On a fait remaniuer que l'hippopiJame et les cn>co<liles vivent Jans les eaux Je la Jépression, et les quelques coquilles recueillies sur les bonis Ju lac RiMkJphe sont analo^es à celles Ju Nil, ce qui établit une irranile parenté entre les circonstances hyfln^srraphiques Je toute l'Afrique orientale.

Ijîgne dn Tanganyika. — Ci's caractères ne sont pas moins nettement marqués Jans une autn^ liîrne Je Jislocations, qu*il paniit léjritime Jattribuer à une bifurcation Je la pn^mière: c'est celle qui compreml les ^ranJs lacs allongés, aux bonis escarjH^s, Xyassa et Taniranyika, profonJs, le premier Je plus Je 2lH), le seconJ Je plus Je 6WJ mètres. f)n a reconnu récemment ' qu*un volcan Je 3000 mètres, le RungAve, au cratère actuellement occupé par un petit lac, se dresse à l'extrémité noni <lu Nyassa, au milieu «l'un cercle de sources chauJes et de plus petits cratères

!. Ker CrosS. GeographicalJoumaL !*y5, p. Il(.

ri20 LEÇONS DE GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

«l'une grande fraîcheur. Des bouillonnements, accompagnés d'émissions de bitume, ont eu lieu en 1862 sur le Tanganyika. Mais ce qui est surtout significatif, c'est la découverte, faite en 1894 par M. de Gotzen, d'un grand volcan actif, le Kirunga, au bord du lac Kivou, intermédiaire entre le Tanganyika et le lac Albert- Kdouard, à 1200 kilomètres de la mer *.

Quand on vient de l'est, on s'élève peu à peu, sur le plateau admirablement cultivé de Ruanda, de 2000 à 3000 mètres d'aliilufle, pour arriver au sommet d'un escarpement, d'où Ton des- 4end tout d'un coup de ISOO mètres dans la fosse où le lac Kivou est dominé par le cône d'éruption du Kirunga, plus haut que celui du Vésuve.

La mi^me dépression occidentale se poursuit au nord, par les lacs Albert-Edouard et Albert, jusqu'au Nil. Mais entre les deux lacs, reliés par la vallée du Semliki, se rencontre une montagne lie 5000 mètres, le Rouwenzori, qui définit bien le caractère de la fosse. En eflet cette montagne, allongée sur 80 kilomètres et située sur le bord oriental de la dépression, s'incline à Test sous un angle de 4 degrés, tandis que son versant ouest offre une inclinaison de 22 degrés *. Or, contrairement aux indications qui la représentaient comme un massif volcanique, elle est, jusqu'au sommet, formée de gneiss.

Cette dislocation, comme la précédente, répond donc à un effort 4lont la composante verticale a eu pour effet d'amener un lambeau du fond archéen de l'Afrique à une hauteur extraordinaire, ilominant de près de 4000 mètres le sillon du Semliki. C'est pourquoi l'on peut dire que la dépression correspond à un pli monoclinal rompu ^.

Entre les deux fosses de l'est et de l'ouest s'étend, par 1200 mètres d'altitude, l'énorme cavité lacustre du lac Victoria Nvanza, entretenue par les pluies équatoriales, et se déversant dans le haut Nil, grâce à une cassure qui va rejoindre l'extrémité du lac Albert.

Prolongements septentrionaux des dislocations africaines. — Ainsi l'Afrique, surtout dans sa partie orientale, est un pays où abondent les cassures avec dénivellation des parois; et ces frac-

1. Verhandlimuen dcr Gesellschafl fiir Erdkunde, Berlin (1895), XXU, p. 103.

2. Scoll Elliol et Gregory, Quarlerly Journal of the GeoL Society of Londonj LI p. f.no.

3. Los slraligraplies donnent ce nom il une brusque inflexion, véritable marche «l'iîscalier, i\\n raccorde, par un versant unique, deux parties, l'une élevée, Tautre abaissée, d'une même plate-forme.

tures, dirigi>es à peu près suivant les mériiliens, servent encore, ou ont seni récemment, à la sortie des matières fluides internes. Or l'importance de ces accidents s'accroît, quand on considère ([ue la coupure si rectilifrne et si récente de la Mer Roupre ', sillonnée de manifestations volcaniques, prolonjre, avec une léîrère déviation au nord-est, la falaise abyssinienne. Cette coupure elh^ même est ouverte au centre dun dôme archéen, sur les deux ver-

sants duquel, en Egypte comme en Arabie, s\ippuient les sédiments inclinés du secondaire et du tertiaire. Elle se poursuit en se bifurquant des tleux côtés de la presqu'île du Sinaï, et sa branche orientale, continuée par le Hhor de Palestine, est reliée directement aux cassures du nord de la Syrie, qui viennent buter à anele presque droit contre la chaîne plissée du Taurus •. La longueur totale de cette bande de cassures est de plus de c//i// mille kilomi^fres^ et son extrémité septentrionale définit le point où la grande plate-forme africaine entre en contact avec la zone plissée méditerranéenne. En outre, c'est sur cette dislocation, dans la Mer Morte, que se trouve Tombilic le plus profond qu'il paraisse v avoir sur la terre ferme; car le fond du lac Asphaltite est à environ SOO mètres au-dessous du niveau de la mer.

L'unité primitive du grand territoire de tlislocations apparaît |dus clairement encore si l'on tient compte des faits suivants : Certaines coquilles du Nil se retrouvent disséminées dans l'Arabie PétriM». l'n poisson caractéristique de ce fleuve vit encore dans le lac de Tibériade, comme une tortue égyptienne existe aux environs de IJeyrouth. Enfm le crocodile du Nil s'est conservé jusqu'à nos jours dans un petit fleuve qui aboutit à Césarée de Palestine '.

Plate-forme de l'Arabie. — Ij'Arabie est une plate-forme, que la ligne transversale de hauteurs du Nedjed ou du plateau de Kasin) ilivise en deux parties. Un fond tle granité et d'archéen, bien visible dans les collines de Nedjed, sur les bords de la Mer Rouge et en quelques points du rivage méridional, supporte tles calcaires et des grès en couches sensiblement horizontales. Les calcaires apparaissent sur une assez grande hauteur à Test d'Aden, dans les monts Hadramaout, où ils sont découpés en terrasses et entn*mèlés de basalte.

Relevée vers le bord tle la Mer Rouge, ainsi que vers le golfe d'Aden, enfin sur la côte d'Oman, de manière à être entourée d'un

I. L'ouverture d»* c»*tte mer |»amil avoir inauguré la périod»» pliocène. t. Blanckenhorn, Hichthoferis Feslschrift. 3. Suess, Antlilz, I, p. 495.

rempart presque continu, qui dépasse parfois 2000 mètres d'altitude, la péninsule s'incline doucement vers le golfe Persique et vers les plaines de TEuphrate. C'est assurément le territoire le plus massif de tout le globe, et celui dont le modelé est le plus rudimentaire. L'extrême pauvreté des précipitations atmosphériques n'a pas permis aux cours d'eau de découper le littoral, où on n'observe que des échancrures insignifiantes, d'un type spécial aux plates-formes d'assises horizontales, et appelées scherm '.

Divisions de l'Arabie. — De cette manière, les deux régions que sépare le Nedjed sont, presque en entier, dépourvues d'écoulement vers la mer. Ce sont donc des déserts. Celui du sud ou Dehna est absolument infranchissable. C'est une mer ondulée de sable blanc, sur laquelle règne un silence de mort, avec absence complète de végétation. Le terrain tertiaire en forme à peu près seul le substratum. Un grand nombre d'oasis émaillent la partie la plus basse du Nedjed , à l'ouest duquel se développent les coulées noires de basalte des Harra, qui s'élèvent en terrasses successives, à surface déchirée, découpée d'une façon sauvage et couverte de cratères éteints, faisant pendant aux volcans éthiopiens. Le désert du nord ou Nefoucl, où l'altitude intérieure est d'environ 900 mètres, est assis tout entier sur des grès rouges crétacés, suite des grès de Nubie, avec quelques calcaires. Aussi le sable, (fui s'élève en dunes de 200 à 300 mètres, olTre-t-il une teinte rouge bien tranchée. Des ravins très caractéristiques, de 30 à 50 mètres de profondeur, aux parois perpendiculaires, accidentent cette plate-forme de sables, descendant jusqu'au roc solide. On les a[q)elle fouldj et il semble que leur origine soit due à la circulation souterraine des eaux d'averses.

La côte méridionale de l'Arabie laisse voir les mêmes assises» crétacées et tertiaires, en couches sensiblement horizontales, que la vallée du Nil. La cote du pays des Somalis indique la même constitution, et en plus d'un point l'archéen apparaît comme le substratum direct de cette série sédimentaire. Donc la Mer Rouge d'un côté, le golfe d'Aden de l'autre, sont des fentes ouvertes dans un massif qui faisait corps avec la plate-forme africaine; et l'effondrement résultant explique les volcans d'Aden, comme ceux de la région comprise entre Taïr et Perim *.

Syrie, Mésopotamie. — Le Nefoud confine au tlésert de Sipue^

Page 1