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ilc Jura suisse, où plusieurs plis successifs du crétacé laissent entre eux des vallées que les fleuves franchissent par des cluses, toujours sur le versant oriental. Un instant, cette chaîne enferme une haute plaine, celle de Bogota, arrosée par un seul émissaire, qui la quitte par une cascade de 146 mètres.
A la chaîne orientale fait suite, dans le Venezuela, la haute Sierra Nevada de MeHda^ où Tarchéen sert d'appui aux couches plissées du crétacé et du tertiaire, et dont le flanc nord tombe d'un seul coup, en escarpements grandioses, jusqu'au bord de la lagune de Maracaybo. Puis, après un vaste territoire d'alluvions recouvrant le terrain secondaire, on est tout surpris de voir se dresser, contre la mer Caraïbe, le puissant relief archéen de la Sieim Nevada de Santa Marla^ dont la cime atteint 5100 mètres. Des gorges d'une extrême profondeur en accidentent le versant nord.
Ce sont encore des promontoires archéens qui entourent le golfe de Venezuela, et la môme formation reparaît sur la côte de Caracas, servant d'appui à la CordiUèi^e Caraïbe. Celle-ci descend à la mer j)ar un escarpement très imposant de 2800 mètres. Des lacs d'effondrement tectonique longent son flanc méridional, contre lequel apparaît du crétacé. Mais c'est encore l'archéen qui forme la péninsule rectiligne de Paria, ainsi que le bord de l'île Trinidad, où reparaissent les émanations d'huile minérale.
Inflaence d*un massif ancien. — Ainsi la courbure de la Cordillère, entre la Colombie et le Venezuela, semble s'expliquer non seulement par la forme du grand territoire oriental que la chaîne contourne, mais aussi par l'influence extérieure d'un massif ancien résistant, dont on ne voit plus que le bord, le reste s'étant elTondré dans la mer Caraïbe. Au contraire, entre cet obstacle et l'antique terre des Guyanes, s'étend le synclinal tertiaire au bord duquel coule rOrénoque. Sur ce versant méridional, plissé et à courbure continue, il n'y a plus de volcans parce qu'il ne s'est pas produit de cassures. En revanche, sur le versant opposé, le littoral caraïbe est sujet à des oscillations, des volcans de boue s'y succèdent et les tremblements de terre ont bien souvent dévasté la contrée tle Caracas.
Résumé de la structure des Andes. — En résumé, l'allure générale des Andes, par rapport à la plate-forme orientale, semble pouvoir être interprétée comme il suit: un bourrelet continu de chaînes plissées aurait, dans l'origine, fait le tour entier du massif stable des Guyanes et du Brésil, se dilatant au sud en éventail, de manière à entourer la dépression pampéenne et patagonienne. Ce bourrelet
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laissait d'ailleurs, entre lui et Tobstacle contre lequel il se dressait, un sillon continu, celui qui va de TOrénoque à La Plata, et aucune fracture importante n'aurait eu lieu de ce côté, ce qui explique l'absence d'accidents éruptifs.
Mais, sur le côté extérieur de la chaîne, vers le Pacifique, depuis Téquateur jusqu'au iO* parallèle, de grandes cassures avaient ouvert une issue à des niasses volcaniques, qui, sans interrompre la sédimentation, étaient venues se superposer, sur ce versant, aux assises du jurassique inférieur. C'est cette bande qui, servant d'a|>pui aux sédiments du crétacé et du tertiaire, s'est soulevée plus tard par paquets successifs, pour former la Cordillère actuelle, avec sa crête relativement plane et ses deux bords culminants : celui de l'est, appuyé contre les anciens plis, relevés par le même mouvement avec leur novau archéen; celui de l'ouest, front de la cassure principale, à partir de laquelle s'est effectuée la dislocation du versant Pacifique par paquets de plus en plus abaissés.
Sur cette grande ligne tle cassures se sont établis les volcans, toujours échelonnés, d'une façon générale, suivant le méridien, et ne s'interrompant que là où les coudes formés par les plissements péruviens et ceux du Venezuela obligeaient la dislocation littorale à abandonner cette direction du nord au sud.
Quant au rôle qu'a pu jouer, dans cet ensemble de mouvements, l'étroit ruban de schistes cristallins qui se poursuit si régulièrement tout le long du Pacifique, il serait imprudent d'essayer de le définir, avant que la question, encore très controversée, de Tâge de cette bande ait été résolue. Toujours est-il qu'au large, dans le Pacifique, aussi bien aux Galapagos qu'à San Ambrosio, on n'observe que des formations volcaniques, qui parfois pointent en pleine mer sous la forme de colonnades basaltiques pareilles à des cathédrales.
Terres américaines. — Les descriptions qui précèdent, destinées surtout à fournir un cadre général aux études de géomorphogénie, n'avaient pas la prétention d'être complètes, et bien des points de la surface du globe ont ainsi passé inaperçus, qui auraient
mérité une mention spéciale dans un travail plus étendu. A ce titre, nous pourrions nous arrêter ici. Cependant il semble utile d'ajouter quelques brèves considérations sur les terres circumpolaires des deux hémisphères.
L'ensemble des terres qui bordent TAmérique du Nord, à partir du cercle polaire, accuse la dislocation d'un territoire primitivement continu, aujourd'hui morcelé en de nombreux fragments, où prédomine nettement la direction nord-ouest de la côte de Labrador et des bords de la baie de Baffîn. Les terres de Baffin, de North-Devon, de Lincoln et d'EUesmere, avec leur bord oriental si uniformément plus élevé que le reste, accusent un mouvement de bascule avec inclinaison au sud-ouesl.
Ce mouvement a affecté une ancienne pénéplaine, mais où les affleurements archéens ne semblent pas dépasser, sinon en quelques points isolés, le 70® parallèle. Ce sont les terrains primaires qui prennent alors leur place; et même, au nord, dans le groupe des terres de Grinnel, on voit apparaître des formations marines d'âge secondaire, qui montrent que la mer a le plus souvent, sinon toujours, occupé ces parages septentrionaux.
Groenland, Spitzberg, Nouvelle-Zemble. — Le Groenland forme une terre à part. Ce qu'on connaît de ses rivages est exclusivement archéen, bien que l'île de Disco témoigne d'incursions marines venues do l'ouest. Mais ce qui est capital, et sans doute en relation avec les dislocations dont les bords du détroit do Davis portent les traces, c'est l'altitude acquise par ce compartiment de l'écorce terrestre, où l'immense plateau neigeux de l'intérieur s'élève parfois à 2700 mètres; si bien que, quelque épaisseur qu'on se plaise à attribuer à la calotte glaciaire de Vinlandsis, il n'est guère possible de donner moins de 2000 mètres d'altitude à la croupe archéenne sous-jacente.
Pour le Groenland comme pour les terres de Baffln, ce maximum d'altitude est obtenu tout près de la côte orientale ; de sorte que, là encore, il semble qu'on ait afl'aire à un compartiment qui a basculé en s'inclinant à l'ouest. Les fractures dont ce mouvement a dû être accompagné auraient déterminé les épanchements basaltiques de la côfe occidentale.
La forte altitude du Groenland, combinée avec la rencontre dt» divers courants, atmosphériques et marins, assigne à cette contrée un régime météorologique exceptionnel, cause de l'immense accumulation de neige qu'on y observe. Seuls, quelques pics isolés, aux formes sauvages, dits nunaiaks, émergent de la partie de
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Vrniandsis la plus voisine du littoral occidental. Cependant cette (îalotte ne paraît pas devoir être considérée comme un reste d'une couverture plus étendue, qui se serait constituée, avant Tépoque actuelle, lors des temps dits glaciaires.
En effet, les voyages de MM. Chamberlin et RoUin Salisbury * ont établi ce fait curieux, que les formes topographiques caractéristiques du récent passage de la glace font très souvent défaut sur la côte du Groenland. En beaucoup de points, les contours des montagnes côtières sont heurtés et découpés en dents de scie. Loin de s'exagérer avec le voisinage du pôle, les conditions glaciaires sont plus prononcées entre 74 et 76 degrés de latitude qu'entre 76 et 79. Ainsi, sous le 76° parallèle, la limite des neiges descend à 300 ou 400 mètres plus bas que sous le 78°. Souvent aussi le peu d'importance du dépôt erratique et la profonde altération superficielle de l'archéen excluent toute idée d'un long séjour antérieur de la glace.
Les mêmes caractères se font remarquer de Tautre côté de la baie de Baffin, sur les terres de Devon, de Lincoln et d'Ellesmere. C'est beaucoup plus au sud que devait se trouver le centre de dispersion des glaces quaternaires. Ajoutons que, d'après les indices recueillis par l'expédition Peary, le régime de V inlandsis ne s'étend pas indéfiniment au nord, et que le Groenland, comme les terres de Grinnel, est probablement une île contournée par la mer polaire.
La Nouvelle-Zemble d'un côté, le Spitzberg de l'autre, confirment ce que laissaient entrevoir les terres septentrionales de l'Amérique. La part qu'y prennent les sédiments marins, non seulement primaires, mais secondaires et même tertiaires, plaide en faveur d'une mer polaire de tout temps indiquée, peut-être avec îlots archéens. D'autre part ces pays sont des plateaux, disloipiés par des failles, et ne laissent pas voir de couches plissées *.
Islande. — L'Islande ne montre au jour que des terrains volcaniques. Mais à la base se trouvent des tufs à lignites tertiaires, de formation continentale. Par là, comme par sa situation sur un socle sous-marin bien accusé, qui la relie, d'un côté au Groenland, de l'autre par les îles Feroë à l'Ecosse, l'Islande se révèle comme un reste du pont qui unissait autrefois tous ces parages en fermant l'Atlantique au nord. C'est la rupture récente de cet obstacle qui a tléterminé les abondants épanchemenls volcaniques dont l'Islande,