‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 42 sur 216 · U$ Formes du terrain, p · texte numérisé non relu

U$ Formes du terrain, p

caractc'^re hypothétique de ces conceptions. En particulier, à propo (le la vallée de la lleuss, qui avait été considérée comme appartenant à cette catég'orie, on a fait remarquer que le souterrain du Saint-Gothard, bien qu'il passe trois fois sous le cours supérieur de la rivière, n'a rencontré aucune fracture pouvant correspondre à son tracé.

Il ne faudrait pas cependant aller trop loin dans cette réaction. On ne doit pas oublier que les fractures de Técorce sont, en général, des accidents relativement superficiels; car c'est à la surface, du côté où les terrains sont libres d'obéir aux efforts qu'ils subissent, que se produisent les plus grandes dislocations. Il est donc très possible que les couches extérieures, fortement crevassées, d'un massif montagneux, aient préparé le travail de l'érosion par des cassures dont la trace ne se retrouverait pas en profondeur. En particulier, sur le territoire suisse, les vallées du Rhône, de la Reuss et du Rhin coïncident avec des dislocations importantes, le long desquelles il y a eu déplacement horizontal relatif des massifs en contact. Si donc il n'a pas existé, dès le début, de cassures aux lèvres béantes, il a pu y avoir au moins des zones fracturées et faibles, offrant une moindre résistance aux agents d'érosion.

Pays de Bray ; vallée de la Seine. — Le pays de Bray, en Normandie, fournit l'occasion d'apprécier, dans des conditions de structure très simple, jusqu'à quel point les dislocations peuvent influer sur l'emplacement des cours d'eau. C'est un soulèvement qui forme, sur l'un de ses versants, celui du sud-ouest, un dôme

SW Epta fi. Thérm/nK. NE

Fi^. 59. — Los vallées du pays do Bray. l, calcaires kimcridgicns; 2, portlandion; 3, couches infracrêtacéos ; 1. craie ; F, grande dislocation.

allongé et régulier (fig. 39), tandis que, sur l'autre, il est limité par une dislocation absolument rectiligne, tantôt pli brusque, tantôt faille, qui se })Oursuit sur au moins 80 kilomètres, sans parler de son prolongement au delà du Bray, vers le sud-est.

A partir du faîte topographique, entre Serqueux et Formerie, deux rivières s'échappent en sens inverse, suivant exactement le sillon qui jalonne la dislocation brusque, au pied de la falaise craveuse. L'une, la Béthune, coule vers la Manche sans dévier un

seul instant de sa direction. L*autre, le Thérain, chemine en ligne droite, dans le même sillon, pendant 15 kilomètres, et si elle rabandonne vers Songeons, c'est pour reprendre ensuite, avant Beauvais, une direction exactement parallèle.

Au contraire, sur le versant régulier du dôme, on voit naître deux rivières, TEpte et TAndelle, qui cheminent assez longtemps, surtout la première, dans des vallées monoclinales d*érosion, jusqu'à ce qu'elles réussissent à sortir du Bray par des coupures transversales. Il est aisé de voir que le tracé de ces deux rivières, déterminé dans l'origine par la pente du dôme, a dû subir plus d'une modification, à mesure que l'érosion déblayait la partie culminante du soulèvement, d'où il a disparu, depuis le début du mouvement, plusieurs centaines de mètres de couches. Si l'Epte a gardé, surtout entre Haussez et Gournay, une direction beaucoup plus constante que l'Andelle, c'est qu'elle a pu appuyer son tracé sur la croupe solide formée par l'affleurement des calcaires kimeridgicns, au centre du dôme, au point où cette croupe s'enfonce sous les couches portlandiennes.

La vallée de la Seine, entre Mantes et Rouen, jalonne aussi une ligne (le dislocations, le long de laquelle les couches de la lèvri» sud-ouest sont souvent tombées à plus de 200 mètres au-dessous de celles de la lèvre opposée. Aujourd'hui le fleuve décrit des méandres autour de cette direction movenne ; mais ces méandres, dont l'encaissement atteste la descente du lit à travers le plateau normand, ne s'écartent que très peu, à droite et à gauche, de la direction moyenne; et là encore, il paraît impossible de méconnaître l'influence directrice exercée par cette ligne de rupture sur l'écoulement des eaux du bassin.

GlenB écossais. — Un exemple incontestable de lignes de fracture est celui que nous ofl'rent les vallées longitudinales linéaircîs ougkns d'Ecosse. La plus remarquable est le Glenmore ou « Val majeur », qui, sur 160 kilomètres, se poursuit sans la moindre déviation à travers toute la péninsule, depuis le golfe de Murray jusqu'à celui de Lorn. Sur le fond de cet étroit sillon, dont aucun point n'est à plus de 30 mètres d'altitude, s'échelonnent plusieurs lacs très allongés, dont le caractère tectonique ne saurait être mis en doute. Le plus remarc|uabh> est le Loch Ness, long de 30 kilomètres, uniformément large de 400 mètres, et dominé sur les deux bords par des escaq)ements qui s'élèvent d'un seul jet à 400 mètres, tandis que la profondeur du lac atteint 240 mètres (soit au moins 210 mètres aunlessous du niveau de la mer). L'extrémité sud-

ouest (lu Glenmore, ou Loch Linnhe, est divisée en deux par une longue île, exactement alignée comme Taxe du glen, direction qui d'ailleurs se répète à plusieurs reprises dans les vallées et les crêtes de la région avoisinante, et se reproduit de façon très nette dans le Jura Sound.

Il n'y a pas le moindre doute que le Glenmore, ainsi que les coupures qui lui sont parallèles, ne soit une cassure se rattachant, comme celle qui limite au sud-est Tîle de Skye, aux dislocations qui ont morcelé Tancienne terre écossaise, lors de l'ouverture de l'Atlantique septentrional. Même les tremblements de terre qu'on ressent de temps à autre à Inverness attestent que cette région n'a pas encore atteint un équilibre définitif.

Vallées des Qords norvégiens. — Pour être moins exactement rectilignes, les vallées qui aboutissent aux fjords de la Norvège méridionale n'en traduisent pas moins avec une grande netteté l'influence exercée par les dislocations sur le modelé du terrain. Certains districts se montrent divisés en compartiments à peu près quadrangulaires (fig. 60), par des cassures que suivent des fjords, des lacs étroits, des vallées profondes ou de simples cluses rectilignes. Ces cluses font communiquer ensemble deux ou plusieurs vallées voisines, ne laissant parfois subsister de l'une à l'autre que des cols insignifiants. Plus d'un de ces cols, dominé à droite et à gauche par des escarpements dépassant 1000 mètres, n'atteint pas cent mètres d'altitude. D'ailleurs les déchirures, au lieu d'accuser une moindre résistance du terrain, sont ouvertes justement dans les roches les plus dures, et si l'érosion en a façonné les parois, ce n'est pas elle qui les a engendrées. Kjerulf les a qualifiées de traits d'incision et a essayé de donner un schéma du réseau qu'elles forment dans tout le pays.

Il est vrai que la fraîcheur avec laquelle ces formes se présentent aujourd'hui tient en partie à ce que la glace les occupait encore il y a quelques milliers d'années ; de telle sorte que, débarrassées par ce puissant outil de tous les matériaux meubles qui en adoucissaient plus ou moins les flancs, les déchirures norvégiennes n'ont pas encore eu le temps d'être oblitérées par le jeu naturel des eaux courantes. Mais ce qui se trahit par-dessus tout dans leur allure, c'est l'état de dislocation du sol, causé par l'effondrement assez récent de l'Atlantique nord. Cet effondrement a fait naître une série de cassures au bord du massif Scandinave, depuis longtemps raboté par les agents atmosphériques, et relevé vers l'ouest par ce mouvement. Pour cette cause, les cassures en ques-

tion n'ont, dans leur tracé, aucun rapport avec la constitution ^éol<^ique du massif qu'elles découpent; et c'osl surtout par ce caractère, combiné avec le morcellement si complet de la surface tenninale du terrain, qu'elles s'écartent des vallées d'érosion normales.

Pour le même motif, cliea offrent des inégalités dont les cours d'eau n'ont pas encore eu le temps de triompher. De là vient que

ffrtaines vallées aboutissant à des fjords sont moins des vallées proprement dites que des chapelets de lacs retenus par di's seuils Wheux, et dont quelques-uns. résultat d'un eirondreinent, descendent à des profondeurs notables au-dessous du niveau de la mer. l^ taçon dont les cours d'eau s'enchevêtrent en quelque sorte les "nadans les autres, ajoutée à rabondance des rapides et des casfaites, (lit assez qu'il s'apit d'une tiipo^'raphie à peine ébauchée, '*ns doute parce {[ue les dislocations sont de ilate trop récente.

Effondrements locanz. — Lors îles frninds mouvements oropé- ""lues, il paraît inévitable que certaines parties des réfriuns plisséesct disloquées viennent à se trouver dans des conditions de ip[ ui-PAiiEST. — Lttotu de géugr. [iliyn. 9

pcnle indécise, qui n'en permettent pas le façonnement rapide par les eaux courantes. 11 en peut résulter la formation de cols lectom'ques. et en même temps des portions de ces cols, plus déprimées, abriteront de petits lacs à fond de rocher, (jui se maintiendront s'il ne leur vient pas, du voisinage, d'apports susceptibles de les combler rapidement. Telle pourrait être, selon M. Delebecque ', l'origine de la série des lacs en escalier qu on observe dans l'Isère, aux Sept-Laux. L'un d'eux, le lac de Cotepen, situe a 2151 mètres, a

10 mètres de profondeur. Il est dominé à 2182 mètres par un lac de 42 mètres, à 2217 par un troisième qui a 1 1 mètres de fond.

A côté de ces cavités sans importance, il en est d'autres, plus étendues, qui se forment par effondrement dans les synclinaux d'une chaîne plissée, lorsque plus tard cette chaîne vient à subir une dislocation qui la morcelle. Si de plus il s'agit de massifs calcaires, où les cavités produites se maintiennent mieux que dans une autre nature de terrains, cette combinaison de circonstances en^ndrera de grands lacs.

II paraît à propos de ranjrer dans celte catégorie ce qu'on appelle

I. mbi. unir, de Cenfee, At-chU-es tle> ichnces. 1«02, p. iSî.

les lacs dessaréêiques d'Albanie \ lacs situés au cœur de la région plissée et disloquée qui prolonge les Alpes dinariques, à proximité des effondrements caractéristiques de la Serbie et de la Macédoine. Il en existe deux principaux, occupant ensemble une surface égale i celle du lac de Constance, le lac d^Okrida et le lac Presba ou Preswa (fig. 61), situés le premier à 690, le second à 850 mètres d'altitude. Une étroite arête calcaire les sépare, s'élevant à 2043 mètres, et tandis que le lac d'Okrida s'écoule au nord par le Drin, l'autre ne peut se vider que par des fissures invisibles. On suppose que cet écoulement souterrain alimente les sources puissantes qui se font jour à la pointe sud de rOkrida. Ce dernier lac est remarquable par la forme presque rigoureusement rectiligne de sa rive occidentale, située exactement dans le prolongement de la Tallée du Drin, tandis qu'au sud du lac, mais avec un seuil intermédiaire, s'étend dans la même direction une goi^e aboutissant au lac Malik, dans le centre du bassin qu'arrose le Devol. L'abondance des émanations sulfureuses et des sources thermales le long de cette ligne plaide en faveur d'une dislocation de date relativement récente.

Tout contre le lac Presba, et au même niveau, séparé do lui par une langue de terre qui a moins de 40 pas, un autre lac, le Ventrok, au lieu de se réunir au précédent, contourne une crête étroite et se vide au sud-ouest dans le Devol [»ar un canal en partie souterrain. Tout près de ce canal, le massif calcaire est traversé par une très curieuse fente, dite la Gorge du Loup, qui, avec des parois de 800 mètres de hauteur, n'offre que 4 à o mètres de largeur au fond. GirqueB. — La plupart des régions plissées de haut relief ont un noyau généralement formé par des roches cristallines et massives, qui résistent mieux à l'érosion que les terrains de la périphérie. Aussi, quand le travail du creusement des vallées atteint ce noyau, l'approfondissement du lit devient-il beaucoup plus difiîcile; et c'est dans une cascade verticale que se dépense la force de l'eau courante. D'autre part, le hasard fait apparaître, au caMir de la chaîne, certaines couches particulièrement compactes et résistantes, comme les calcaires crétacés et tertiaires qui, au-dessus de Gavamie, viennent recouvrir presifue horizontalement les micaschistes. Minées par la base, ces roches s'écroulent par tranches verticales, jusqu'à ce que le thalweg en atteigne le pied. Alors c'est un cirque qui se forme, comme c'est le cas à Gavarnie, h Estaubé,

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