‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 62 sur 216 · Bull. geol. soc. of America · texte numérisé non relu

Bull. geol. soc. of America

profil régulièrement concave, et d'ailleurs plus raide que celui des anciennes rivières. M. Lindg-ren en a conclu qu'après la fin des épanchements volcaniques, il s'était vraisemblablement produit un mouvement orogénique qui, en déformant le flanc occidental de la Sierra Nevada, en avait augmenté la [)ente.

Variété des systèmes hydrographiques. — Après tout ce qui vient d'être dit, quand on considère à quel point sont compliquées la structure et la composition de l'écorce terrestre, et combien de vicissitudes en ont tour à tour aflecté l'équilibre, on se rend aisément compte de la multiplicité des formes que peuvent revêtir les systèmes hydrographiques du temps présent.

Il y a des rivières primitives ou originelles *, correspondant à un seul cycle d'érosion, accompli dans un pays homogène de composition et de structure ; d'autres sont composites, traversant plusieurs territoires géologiquement distincts, dont chacun imprime au réseau fluvial une physionomie propre au tronçon considéré. On appellera composés (compound) les cours d'eau formés par la réunion de plusieurs tronçons d'Ages divers et, par suite, inégalement avancés dans leur travail. Enfin certaines rivières sont dites complexes ', parce qu'elles sont entrées dans un nouveau cycle d'activité, dont les eflets se superposent à ceux du précédent et ne les ont pas encore fait entièrement disparaître. D'ailleurs les événements géologiques peuvent, ou réunir autour d'un tronc commun des réseaux primitivement indépendants, ou séparer au contraire en bassins distincts ce qui, dans l'origine, formait un ensemble unique. De là l'extrême variété que met en lumière l'analyse rationnelle de l'hydrographie terrestre.

On comprend sans peine qu'un réseau de cours d'eau sera d'autant plus simple, et se montrera entouré d'une topographie d'autiint plus uniforme, que le bassin correspondant sera plus homogène. Si ce bassin est composite, et que de grandes difl'érences de résistance ou d'allure se manifestent parmi les affleurements, non seulement, durant l'évolution du cycle, la topographie sera très difliérente d'aspect selon les points; mais certaines parties, moins rebelles à l'érosion, ofl'riront déjà les caractères de la maturité,

i. Ces qualifications et colles qui vont suivre ont été créées i>nr MM. Powell. Gilbert, Daris, etc. MM. de la Noë et de Margerie restreignaient l*épithète iVorif/inf[f aux cours d'eau dont le tracé était déterminé dés le déhut par les pentes structurales, le mot de subordonnés étant appliqué aux affluents.

2. Nous ne pouvons considérer ces diverses dénominations que comme provisoires, attendu qu'elles dénaturent plus ou moins le sens de mots déjà fixés dans notre langue.

<|uan(l d'autres en seront encore à la jeunesse. C'est une considération qu'il ne faut pas perdre de vue, lorsqu'on se sert de l'aspect topographique comme d'un critérium pour apprécier le degré ^révolution d'un cvcle.

Cela posé, nous allons passer successivement en revue un certain nombre de types de cours d'eau ou de réseaux fluviaux, de manière à nous faire une idée des diverses combinaisons qui peuvent se présenter.

Rivières à pente rapide et discontinue. — Nous commencerons pardonner les profils de cours d'eau qui peuvent servir d'exemples au point de vue de la régularisation encore fort incomplète de la courbe du lit.

Ainsi le Kohlbach, qui descend du Tatra pour se jeter à Gross Lomnitz, après 17 kilomètres de parcours, dans un affluent delà Vistule, a sa pente brisée par deux rapides (fig. 78). Le tronçon de tète (marqué 1. 2), essentiellement torrentiel, a une pente de 'i'ô^ 18' sur environ l'JOO mètres. Puis la traversée de la dépression

Pointe de l'Eiathalerf'^.foo'^y

Chaudière 1, des Cinq Lac« .G^«?

ZMW'^

iooo

Lomnitz

Xio^iLL de la mer

o b jo i5 tjJSSlonv.

Kl}.'. IH. — Prolil »Iii KohII)a<'Ii. dans lo Taira ( hauteurs non fxajîon'rs:.

dite ('haudière dos Cin([ Lacs (2. *{) se fait avec une inclinaison de T)" V.\\ à laquelle succède un rapide (3. 4) de WSi sur 400 mètres. Alors, dans le tronçon (4. ">), la pente devient de D" 33', jusqu'à un autre rapide (o. (>) de près de COO mètres avec 1(? 20', h la suite tluquel la pente «leviont de 3° 10' jusqu'à l'embouchure, sur une longueur totale de 10 kilomètres et demi. Le Kohlbach n'est (ju'un torrent. Mais la même ru[»ture de pente

Sandfîrn

tffSo

Glarit

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noo

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.. 3o JCiionùtres

V'xis. 'i\K - Profil *W la l.intli outre \o San«lfirn ot (llaris (tlapros M. Itodincr).

par deux rapides se retrouve dans le cours supérieur de la Linth, entre le Santlfîrn et Glaris (fig. 79). Seulement, dans ce cas, tant

TYPES DB RÉSEAUX HYDROGRAPHIQUES 18l>

par suite de la nature des roches que par Tinsuffisance des eaux de tête, le premier tronçon à partir du haut commence par une courbe convexe.

Bassin de la Somme. — A Textrémité de Téchelle tout à fait opposée doit être placée la rivière de la Somme. D'abord son bassin, remarquablement homof^ène, est formé de craie, presque exclusivement même de craie blanche, avec une légère couverture de limon et de bief à silex sur les plateaux. Le peu de ruissellement qui est susceptible de se produire par l'effet de cette couverture argileuse n'a pas assez de puissance (en dehors du cas exceptionnel de trombes) pour se faire sentir jusque dans la vallée. Aussi, de tous les cours d'eau connus, la Somme est-elle un de ceux dont le débit est le plus constant, la différence n'étant que de 1 à 4 entre le volume d'étiage et celui des crues. Sa limpidité ne se dément jamais, et les suintements du pied des versants, assez analogues à ceux de la Champagne, ont engendré une puissante végétation tourbeuse, dont la culture a seule arrêté le progrès.

D'autre part, la Somme coule au fond d'un synclinal qui demeure

absolument rectiligne sur près de 80 kilomètres. La rivière mérite

donc bien le titre de cours d'eau conséquent, et les quelques

affluents qu'elle reçoit tombent en général à angle droit sur sa

direction, disposition que quelques auteurs, en particulier M. Dau-

brée, ont attribuée à un réseau de diaclases ou cassures ortho-

g-onales, tandis que MM. de la Noë et de Margerie n'y voient que

l'ari'angement ordinaire des cours d'eau envoyés par les versants

du svnclinal.

Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas de l'extrême régularité fie la courbe du lit (fig. 80), qui ne commence à s'écarter sérieuse-

Abbeville

i&XH

Amiens

Péronna

J^ivetuL de lajther J

Fig. 80. — Prortl du lit do la Soimin*.

Ham

S^Quentin

ifoK. 7^/r; tobJOL

ment d'une droite (|ue dans le tronçon tout à fait supérieur. La pente moyenne totale, étant de loo ouu> se subdivise en un tronçon inférieur de 76 kilomètres, avec îôiHûô, un tronçon moyen de 61 kilomètres avec rôTTôu, un autre de 51 kilomètres avec roiroo» ; enfin le dernier, de 11 kilomètres, où la pente atteint tôVwû. On remarquera en môme temps que la pente moyenne (i pour 2250) est loin d'être négligeable, et que la courbe très tendue de

la Somme s'écarte sensiblement «le celle qu'affectent beaucoup de rivières moins tranquilles, mais où pourtant la pente du cours inférieur est bien plus faible. Cela tient à ce que la craie de Picardie est un terrain perméable par sa masse, à la façon des éponges, et non par des fissures où les infiltrations puissent facilement descendre : de sorte que Teau n'est arrivée au niveau de base que progressivement, en débitant la craie sur son passage. Mais un premier cycle l'avait amenée plus bas qu'aujourd'hui, et c'est par de la tourbe qu'elle a remblayé son lit en conformité des conditions actuelles, sous l'empire de circonstances météorologiques bien différentes de celles qui présidaient autrefois à la formation des nappes de cailloux roulés, étagées à diverses hauteurs au-dessus du thalweg.

Bassin du Pô. — En opposition complète avec la Somme, on peut citer le bassin du Pô. Entièrement entouré de hautes montagnes, où l'œuvre de l'érosion est loin d'être achevée, le fleuve reçoit de tous côtés des affluents torrentiels convergents. Mais la pente des versants est si rapide, que le niveau de base est bientôt atteint, de sorte que, depuis les environs de Turin jusqu'à l'Adriatique, il s'est constitué une immense plaine alluviale, qui a gagné peu à pou sur la mer par la réunion des deltas de tous les cours d'eau.

Cette plaine n'est pas l'œuvre du fleuve principal tout seul. Ses affluents y ont aussi largement contribué. En amont de Turin, la force des cours d'eau alpins étant de beaucoup prépondérante, le Pô est constamment repoussé vers le sud, et c'est ainsi qu'il vient ronger les collines de Moncalieri et «le la Superga. Mais plus loin le Tanaro, qui vient des Apennins, est assez fort pour rejeter le fleuve au Nord, en attendant que la Sesia et le Tessin le repous- .sent de nouveau au sud.

Un sondage entrepris à Porto-Vecchio, dans le Modenais, c'està-dire au sud du Pô, a été poussé jusquà plus de 180 mètres audessous du niveau de la mer sans sortir des alluvions fluviales, et, à 80 mètres de profondeur, les cailloux rencontrés étaient incontestablement «l'origine alpine. Il est donc à croire qu'à l'époque où les torrents issus do grands glaciers «lébitaient d'abondants cailloutis, le Pô était rejeté au sud dans cette région. Mais depuis que la charge «les cailloux alpins s'arrête dans les grands lacs de bordure, les cours d'eau venant de l'Apennin ont repris l'avantage et ramené le fleuve au nord '.

1. Th. Fischer in KirchhofTs LUndeikunde von Europay II. 2, p. X\'.

De Chîvasso à Plaisance, la i)eiito totale moyenne de la plaine Ju Pô est un peu inférieure à 1 pour 1000, et de Plaisance à la mer, elle est à peu près de 1 ])our 2000. C'est-à-<lire que grâce au r^me torrentiel des affluents, une plaine alluviale partiellement conquise sur la mer a juste la même pente que le tronçon supérieur de la Somme entre Péronne et Saint-Quentin. Mais la comparaison serait surtout instructive avec la plaine finale du Mississipi, dont Tinclinaison, entre Memphis et Tembouchure, n'est que de i pour 10 000 (soit cinq fois moindre que celle du Pô), ;rràce à l'absence de tout affluent torrentiel.

Bassin de Paris. Partie moyenne. — Les exemples que nous

venons de citer sont relativement très simples. Le bassin de Paris,

«lans sa partie moyenne, celle qui est comprise entre TOise et

I' Tonne, va nous oflrir des circonstances plus variées, mais d'une

^'ârieté très régulièrement onlonnée. Le système fluvial y est à la

f^^k composite et complexe; mais ces caractères s'y présentent

« vec le minimum admissible de complications.

I^^en-semble de cette partie du bassin peut être considéré comme

•"'i «ecleur d'un vaste entonnoir aplati, plongeant de tous côtés

^'^^rn Paris. Mais à mesure (pi^on s'éloigne du centre, dans une

«'■l'eclion quelconque, les versants de l'entonnoir se montrent

I**m*tagés en bandes concentriques, dont chacune répond à Taffleu-

■^•^iTient de l'un des étages tertiaires ou seccmdaires, lesquels for-

nt, comme on sait, autant de cuvettes superposées, dont les

rflsse relèvent vers TArdeime, les Vosges et le Morvan.

dhacune de ces bamles se limite en amont par une falaise, que

* •*i*cision a créée en débitant une roche tendre, sous-jacente à une

^^Hîse plus dure (revoir la figure 18), suivant le procédé dont il a

^^•* antérieurement question *. Telles sont, de l'aval à Tamont : la

f^^/^iêede nie de France, du pied de laquelle sortent les plaines

'^ra.yeuses de la Champagne, progressivement relevées à l'est: la

t^t^ise de Champagne^ constituée par la craie, druninant les

w^mes et arçriles facilement dénudées ilu crétacé inférieur; la

falaise de CArgonne^on la ijraize se dresse en rempart au-tlessus du

jrrèji vert sous-jacent; enfin la falahe comllu^nnp de Verdun, <|ui

il^jà n'appartient [dus au bassin liydnigraplii<|ue «le la Seine.

Zones hydrographiques du bassin. — A cette disposition, qui •^manifeste si nettem«»nl ilans h» jindil en travers ilu bassin, se joint un arrangement s[MVial du rés<Mu liy<lni«rraphic|ue en zones

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