Bull, geoL soc. Ametnca, H, p
Région des Appalaches. — I^e môme ordre de considérations a été appliqué par MM. Hayes et Campbell * à tout Tcnsemble de la <*ontrée des Appalaches. Avant le plissement de cette chaîne, qui a marqué la lin des temps primaires, la masse principale du continent se trouvait, comme nous Tavons déjà dit, là où est l'Atlantique, et les cours d'eau venant de Touest aboutissaient à la mer appalachienne. Le soulèvement de la réf^ion a eu pour effet de dévier la partie inférieure de ces cours cFeau, en les recueillant, au fond d'un grand pli synclinal, dans un tronc commun, dont les auteurs ont pu reconstituer le parcours, et qu'ils ont appelé rivière appalachienne. Jusqu à la fin des temps jurassiques, Térosion qui s'est exercée sur ce territoire en a entraîné les matériaux assez loin pour (|u'aujourd'hui ils ne soient plus visibles. Mais au début du crétacé, un relèvement s'est produit, après lequel les eaux courantes, achevant leur a»uvre, firent du pays une pénéplaine, dont les lambeaux, n^connaissables à la surface du plateau de Cumberland, peuvent se suivre aujourd'hui depuis 200 mètres d'altitude (Alabama central) jusqu'à plus de 1200 mètres (Virginie).
Dès l'ère tertiaire, cette pénéplaine a subi à la fois un exhaussement et un gauchissement, lesquels, sans détruire tout à fait l'ancien synclinal, ont obligé l'activité fluviale à parcourir un nouveau cycle. Ce dernier était à peine achevé que la fin de la période éocène amenait un affaissement, suivi d'un nouveau soulèvement avec lequel a commencé un troisième cycle. Le gauchissement ainsi produit ayant eu pour efl'et de donner un grand avantage aux rivières qui arrosaient Touest de la contrée, celles-ci ont réussi à pousser leurs eaux de tète vers l'est, capturant peu à peu les éléments de la rivière appalachienne au profit du Mississipi. La gorge sinueuse de Chattanoga, qui aboutit au Tennessee en traversant les montagnes par une série de cluses, serait le résultat d'une suite de captures ainsi opérées par les eaux tributaires de l'ouest. Le réseau hydrograi)hique actuel des Appalaches présente donc une grande complication. On y trouve un petit nombre de cours d'eau antécédents^ c'est-à-dire ayant gardé leur situation originelle, <omme le New Kanawha et quelques affluents orientaux du Tennessee et de l'Alabama. Peu nombreuses aussi sont les rivières conséquentes^ encore logées dans des synclinaux à la suite d'un plissement; quelques tronçons des tributaires des rivières Tennessee et Coosa seraient seuls dans ce cas. En revanche beaucoup
1. National geogr. Magazine, VI, p. 65 : Appalachian Gcomovphotogy,
CYCLES D'ÉaOSION SUCCESSIFS 185
de cours d'eau, tout en ^^ardant une réelle indéj)en(lance vis-à-vis de la structure initiale, se sont ajustés à une déformation postérieure de la surface. Très peu ont le caractère de rivières surimposées, comme TOcoee à la traversée des montagnes; cependant le Tennessee conserve des tronçons qui doivent leur allure à d'anciennes conditions de pente et de niveau, contradictoires avec les circonstances actuelles.
Il serait hors de propos d'entrer ici dans plus de détails ; mais nous avons jugé nécessaire d'indiquer, par ce bref résumé, à quelle finesse d'analyse les auteurs américains avaient su parvenir. On s'en convaincra sans peine en recourant au travail original, et surtout en jetant les yeux sur les cartes consacrées à la reconstitution des pénéplaines successives, avec ces courbes de niveau qui mettent si bien en évidence le synclinal de l'ancienne rivière appalachienne.
Ce qui est particulièrement instructif, c'est le diagramme (fig. 76)
^— --JII i;iV-i.v.J
i- 2? Cycle.- J-i.3* Cycle. J
l -.. Premier Cycl
Fig. 76. — Dtagrannne dos rvdos d'ôroslon de la conirt^o dos Appalarhcs (d'après MM. Ilayos et Campbell). — I, opoqiio procrétacéc ; II, époque crélacée; III, époque éogène; IV, époque ncogèno; V, époques plcistocèno. — 1, pénéplaine précrctacéc; '2, pénéplaine crétacée; 3, pénéplaine tertiaire; 1, niveau de la rivière du Tennessee.
dans lequel MM. Hayes et Campbell ont cherchée résumer l'œuvre des trois cycles, de manière à rendre sensible, non seulement l'importance de chaque opération de creusement, mais les durées relatives probables des diverses phas(\s. La courbe en plein ligure, par ses parties descendantes, l'abaissement progressif des thalwegs ; par ses parties montantes, les soulèvements du sol; chaque courbe en ponctué correspond à l'une des pénéplaines, et donne une idée, par sa terminaison, de la hauteur à laquelle il en faut aujourd'hui aller chercher les restes.
Plaine côtière des États-Unis. — Les circonstances géologi(iues
sont encore plus simples dans la plaine côtière des Etats-Unis, qui enloure à distance et conlourne les Appalaches, s'étendant depuis THudson jusiprau Mississipi. Cette plaine, sur la([uelle les rivi(^res coulent à peu près normalement au rivage, s'appuie au {gneiss qui forme le pied des montagnes, ou au terrain primaire. On y voit affleurer successivement, en discordance anjarulaire, d'abord les couches crétiicées, puis Féogène, ensuite le néogène, lui-même recouvert par les limons pleistocènes dits de Columbia *. La plaine n'a subi que de faibles oscillations, les unes desc*endantes, produisant le remplissage des collines basses et des thalwegs par des sédiments, les autres ascendantes, avec creusement de vallées d(H)t quelques-unes ont dû s'étendre au delà du rivage
* I 4 n ^ ni 4 IV ^v
Mheau actuef de^la mer ^^ ^ x—^v^ /\
Fig. 11. — Dingraiiiiuo des oscillations \\\i sol au voisiiiafro \\o reinbouchuro du Mississipi (d'après M. Mac Geo). — I, lin de ré|»o«iuc triasico-jurassiquo; II. ôpoquo crètaciquc : III, ôpoquo (^o«rèno: IV, cpoquo néopcnc ; V. époque pleistocène.
actuel. De là trois et même quatre cycles d'érosion, dont M. Mac Gee résume la représentation proportionnelle dans le diagramme ci-joint (fig. 77).
Californie. — La Californie fournit un intéressant exemple de deux réseaux hydrographiques successifs, l'un appartenant à la fin de l'époque tertiaire, et caractérisé par le dépôt des graviers aurifères de la région, l'autre moderne, et séparé du premier par les éruptions volcaniques de la période pliocène. Ce sont justement les épanchements de laves andésitiqucs et de tufs qui ont oblitéré les rivières pliocènes et déterminé le cours actuel du Yuba ainsi que de l'American River.
M. W. Lindgren *, profitant des nombreuses recherches exécutées dans les graviers aurifères, s'est attaché à la reconstitution de l'ancien réseau fluvial, en somme assez concordant avec le nouveau. En construisant les profils, il a constaté, dans les courbes représentatives des rivières tertiaires, certaines convexités que n'explique en aucune façon la résistance des roches sous-jacentes. Ces parties convexes sont d'autant plus significatives, que les cours d'eau modernes, quoique bien moins avancés dans leur œuvre que ne l'étaient ceux du pliocène, ont déjà conquis un