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I. Wohigemùlh, lov. cit

Saint-Remy, à la base même de la boucle, atteste un passage fluvial abandonné de bonne heure. A un moment, la rivière a dû chercher à s'échapper vers la Woëvre, comme en témoigne le curieux col de Troudes, qui fait si directement suite à la branche occidentale de la boucle. Du reste, en dehors des conditions générales du terrain, des mouvements particuliers du sol ont pu contribuer au résultat, et une faille, qui passe précisément à Toul, relevant le massif calcaire de Test, a peut-être agi dans le même sens.

Réseau hydrographique rhénan. — Aux divers exemples qui viennent d'être passés en revue, il convient d'en ajouter un où se trouvent réalisées les conditions les plus multiples, celle d*un réseau à la fois composé, composite et complexe. Nous le trouverons dans le système hydrographique du Rhin.

Fip. 86. — Le réseau hydrographique rht^nan.

La seule inspection d'une carte des cours d'eau tributaires de ce fleuve (fig. 86) suffit à faire deviner la complication du bassin.

comme structure et comme histoire. C'est ainsi qu'après avoir eml)rassé presque toute rhydrographie de la Suisse, réunie en un seul tronc au débouché de TAare dans le Rhin, le réseau, jusquelà si épanoui, se rétrécit de telle sorte, qu'à Bâle sa largeur trans*versale, de la ligne séparative du Doubs à celle du Danube, tombe au-dessous de 100 kilomètres. Après quoi le fleuve ne reçoit plus, ni à droite ni à gaucho, aucun affluent sérieux jusqu'au Neckar, tandis qu'un peu plus bas le Main et la Lahn à droite, la Moselle à gauche, lui apportent le tribut de régions largement étalées, dont tout le drainage s'est îa\i parallèlement au Rhin, avant de lui parvenir par des affluents qui ont tout recueilli au passage. Encore à considérer la façon dont le sillon de la Nahe prolonge celui du Main et de la Kinzig, mais surtout l'alignement remarquable de la Moselle inférieure et de la Lahn, est-il permis de soupçonner qu'une influence tectonique de premier ordre est intervenue dans la formation de cette partie du réseau.

La symétrie et le développement en éventail, qui éclatent si bien dans le dessin de certains réseaux, comme ceux de la Garonne et du bassin de Paris, font ici complètement défaut. On pressent de suite un territoire hétérogène, où des tronçons d'âge et d'histoire divers ont fini par se réunir en un tout compliqué. Et cette impression se confirme quand on constate, sur une carte orographique, que le Rhin traverse successivement : le pays des hautes montagnes suisses, la dépression de Constance, le plateau jurassien du pied de la Forêt Noire, le grand efTondrement alsacien, le bassin plat de Mayence ; après quoi, au lieu de continuer par les trouées de la Fulda et du Weser, qui semblaient lui ofl*rir une voie plus directe que toute autre, ce fleuve s'impose la rude traversée du haut plateau dit rhénan du Hunsrijck et du Westerwald, pour arriver ainsi laborieusement aux plaines de la Westphalie et à celles des Pavs-Bas.

Profil du Rhin. — La diversité de structure et d'histoire des régions tour à tour visitées par le Rhin est telle, que le fleuve n'a pas encore pu conquérir un profil d'équilibre. Au lieu d'une pente continue, se traduisant par une courbe régulièrement concave, le lit du Rhin ofl*re une suite de ressauts (lîg. 87). Au milieu de ces inégalités s'intercalent doux parties de très faible inclinaison, l'une entre le lac de Constance et Schaflouse, l'autre s'étendant de Spire à Mayence, dans cet ancien bassin que le fleuve a fortement aflbuillé, avant d'établir son lit dans le défilé de Bingen à Coblence. L'ensemble forme une ligne brisée dont les éléments se groupent

bien autour d'une courbe, mais en dessinant une concavité beaucoup plus progressive que dans la plupart des rivières, où la cour- Imre ne commence à se prononcer que dans les parties hautes du bassin. Aussi peut-on dire que le cours du Rhin, long de 1000 kilomètres, se compose de deux portions presque égales, Tune de 4î)0 kilomètres, entre la source et Kehl, où la pente d'ensemble est supérieure à tôVô» Tautre de TiSO kilomètres, de Kehl à IVinbouchure, où la pente moyenne est de 0™,24 pour 1000. La première partie elle-même se divise en deux tronçons, séparés par le lac de Constance, et dont les pentes sont respectivement de 2 pour 1000 et de 0'",9 pour 1000. Si Ton réfléchit qu'une pente d'un mil-

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Fig. 87. — Profil «lu Khin.

iième est en général la limite au delà de laquelle une rivière rj^sse d'être navigable, et que cette pente se retrouve par endroits entre Bâle et le Kaiserstuhl, on appréciera combien le Rhin est encore éloigné de son état d'équilibre définitif. C'est ce dont témoignent les nombreux changements, survenus de l'époque romaine au XVI* siècle, dans la situation de Vieux-Brisach; et sans doute le travail mécanique du Rhin serait encore plus efficace, si l'homme ne s'était appliqué à en diminuer le danirer par toutes sortes de travaux ayant pour objet de fixer le sol du territoire traversé par le fleuve et ses affluents.

Ce qui peut surprendre au premier abord, c'est de voir la pente de Bille à Kehl si notablement supérieure à celle du tronçon précédent. Mais cette anomalie s'explique si l'on réfléchit que ce tronçon est établi sur le massif sédimentaire, ta peu près Iiorizontal et perméable, qui forme au pied de la Forôt Noire ce qu'on appelle le Jura tabulaire (Tafeljura), de sorte que le fleuve, à partir de la chute que lui impose l'éperon granitique de Laufenburg, a trouvé de suite à descendre jusqu'au voisinage du niveau de base. Au contraire, au delà de Bàle, il lui a fallu s'accommoder de la déjiression

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alsacienne, telle que Tavaient faite les effondrements de Tépoquc tertiaire, et sans doute aussi les apports des glaciers quaternaires.

Histoire du fleuve. — L'histoire du fleuve est d'ailleurs très complexe. D'ahord la dépression alsacienne sVst produite au milieu des temps tertiaires, lors de Tépoque oligocène, et elle a été occupée par une mer qui venait de la région de Cassel et du Weser. Après le départ de cette mer, il a dû y avoir un fleuve qui s(» vidait à Test, du côté du Danube, si bien que les géologues suisses ont donné le nom i\ anti-Uhin à ce précurseur du fleuve actuel. Pendant ce temps, les éruptions volcaniques du Vogelsgebirge venaient intercepter l'ancien golfe de la Hesse.

Après le soulèvement des Alpes, tandis cpie le Rhin supérieur continuait à se diriger vers Ulm, il y a eu en Suisse un fleuve qui passait par Sargaiis, Wallenstatt, Zurich et le lit de la Limmat, creusant une rigole au bord méridional de la Foret Noire. Ensuite le Rhin a changé de route et s'est rendu dans la dé[)ression de Constance, d'où il s'écoulait à l'ouest, d'abord par la branche* d'I'eberlingen, puis par l'Untersee, empruntant au delàle sillon déjà creusé au sud de la Forêt Noire, mais en modifiant son cours d'aval après chaque extension des glaces.

De la plaine rhénane, le Rhin a passé dans la dépression do May(Mice,(piià l'époque pleistocène a subi un affaissement marqué, pendant qu'au contraire le massif rhénan se soulevait peu à peu, comme nous l'avons vu antérieurement *, ce qui fait que les anciennes alluvions du Rhin, d'origine nettement fluviale, atteignent 8?) mètres d'épaisseur devant Bingen. Ce mouvement pourrait d'ailleurs n'être pas entièrement terminé, car les tremblements de terre ([ui se sont fait sentir à Darmsiadt témoignent d'une certaine instabilité dans la plaine fluviale.

La traversée de Bingen à Coblence est loin d'être définitivement régularisée. Elle oflVait autrefois plusieurs seuils dangereux. Le lit y perd par moments les i/o de sa largeur, et la profondeur de l'eau s'élève jusqu'à 27 mètres. Quant à la Moselle, nous avons déjà eu Toccasion de parler de son enfoncement progressif au sein du massif schisteux.

En résumé, la constitution du réseau hydrographifiue rhénan est à la fois com|)li(iuée et inachevée. Encon^ l'exposé qui précède n'en peut-il donner qu'une idée insuffisante; car nous n'y avons

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