‹ Lec̦ons de géographie physiqueChapitre 76 sur 216 · Petermann*s MiUeilungen · texte numérisé non relu

Petermann*s MiUeilungen

platle) (le la région baltiquo, complètement analogue au Kettlerange de rAmérique. Mais au nord, où les eaux J trouvaient un facile écoulement vers la mer, le niveau de base de la Baltique*a déjà tout régularisé. On voit d'ahord une bande de collines, où des vallées assez profondément découpées traversent le dépôt erratique et atteignent parfois 1(> terrain tertiaire sous-jacent; puis une zone côtière d'environ 40 kilomètres de largeur, où le terrain, plat et fertile, est arrosé par des cours d'eau à faible pente, dont les vallées sont marécageuses ; après cpioi on arrive à la zone des lagunes littorales.

De l'autre ciMé de la bande morainique culminante, le dépôt glaciaire s'étend encore jusqu'à une certaine distance au sud, et sa surface a conservé une multitude <le petits lacs capricieusement découpés, mais déjà réunis en un réseau par des ruisseaux au parcours indécis. Les quelques milliers d'aimées qui paraissent avoir passé sur cette surface ont à peine sufli pour en altérer le caractère originel.

En revanche, la nappe de dépôts glaciaires provenant d'une extension plus ancienne, et qui s'est fait sentir beaucoup plus loin vers le sud, est déjà si bien modelée qu'on en reconnaît difficilement les caractères primitifs. Les lacs ont entièrement disparu, les éléments du terrain sont oxydés, le ruissellement a partout fait son œuvre et façonné des pentes continues. Il suffit de jeter les yeux sur une carte de la Russie, où cette nappe ancienne occupe le centre du pays, ainsi (jue tout le nord à l'est du lac Ladoga, pour y constater, avec un aplanissement presque parfait, un drainage exactement défini, en contraste absolu avec les circonstances hydrographiques de la Finlande, et notamment du Pmja aux mille Lacs.

Particularités de la topographie morainique. Œsar. Drumlins. — Une particularité du paysage morainique, qui se manifeste surtout près de la limite inférieure de ce que nous avons appelé la région centrale, consiste dans le développement de traînées de sable et de cailloux, dessinant sur la surface de longues collines, connues en Scandinavie sous le nom d'œsar, en Ecosse sous celui de /{nmes, en Irlande sous la dénomination (Veskers.

Les œsar, très étroits et toujours dirigés suivant le sens dans lequel se mouvait la glace, ont de 15 à 50, parfois 68 mètres de hauteur, et leurs talus se tiennent, en moyenne, sous un angle de HO degrés. Ces traînées se poursuivent sur des longueurs de 30 à 40, parfois de plus de 100 et même 110 kilomètres, et on voit plu-

Kipurs i]v, ces digues luiigitudinalcs et légèrement sîiiueuscK traverser à impie droit le lac Miilar. En Ecosse, où les kames «ni habituellement de 10 à 20 mitres de hauteur, la letnte verte des mousses et des herbes qui les recouvrent tranchent sur la couleur brune des mai-éca{res tuurlieux au-dessus desquels ils surfrissent. On est aujourd'hui d'accord puut* considérer ces accidents de la surface comme des traînées il'alluvions, dessinant le lit de torrenls qui sillonnaient autrefois les lohes de f^lace au voisinage de leur extrémité libre. Ce qui justifie cette hypothèse, c'est le fait que les principaux œsar sont rejoints sur le côté par d^mlres, exactement dans les conditions où une rivière est rencontrée par ses afiluents

(fig. 94). A l'époque où ces {^raviers se sont formes, ils occupaient le fond de sillons creusés dans la masse de la glace. Le départ de celleH;i les a laissés en saillie; de sorte que, par un renversement du relief comme nous en avons déjà rencontré plus d'un exemple, c'est sous la forme de bourrelets saillants que se révèlent aujourd'hui les thalwegs des torrenls de l'époque friarîaire.

Dans certains pays, notamment dans l'Amérique du Nonl, la lone périphérique pr(!iscnte une catégorie toute spéciale d'accidents topographiques. Ce sont des collines elliptiques, «lites drumlins. qui s'étendent, les unes à côté des autres, dans une môme direction, per|iendiculairc à. la chaîne des moraines tei-minales. (!)es collines atteignent rarement 100 mètres de hauteur, et offrent, entre les deux axes de leur ellipse, un rapport qui ne dépasse jamais G. Leurs contours sont parfaitemcnl arrondis, et la masse

«les éminences est constituée par une argile glaciaire tenace, qui porte les traces d'une énergique compression.

Il y a lieu de les considérer comme des portions de moraines, qui ont dû rester emprisonnées sous la calotte glaciaire, à la manière des lentilles d*alluvions surgissant dans le lit d'une puissante rivière, de sort6 qu'elles ont subi reflet du* poids de la glace. Des collines analogues, avec petits étangs parsemés tout autour, ont été signalées dans la Haute-Bavière, ainsi qu'au-devant du lac de Constance, entre l'Untersee et Ueberlingen *, là précisément où le dépôt des moraines glaciaires est venu intercepter l'ancien cours du Rhin.

Altération des moraines. Ijoess. — En dehors du modelé proprement dit, les dépôts glaciaires subissent, par le fait de l'action subaérienne, dos modifications qu'il est très intéressant d'étudier, parce qu'elles réagissent sur le paysage comme sur la culture.

Les dépôts provenant de la dernière extension des glaces gardent encore presque toute leur fraîcheur originelle. La couche externe, altérée par les agents atmos[)hériques, a rarement, au nord des Alpes, plus de 0"',30 à 0'",50 d'épaisseur. Elle est un peu plus puissante au sud, où le climat se prête mieux à l'attaque du terrain.

Les moraines de l'avant-dernière extension laissent voir dans leurs cailloux un commencement d'altération bien accusé. Les éléments calcaires ont disparu, et les matériaux cristallins, kaolinisés, se laissent couper au couteau. La boue s'est oxydée, donnant en Italie le manteau ferrugineux rouge-brique des anciennes moraines, connu sous le nom typique de ferretlo, et capable d'atteindre plusieurs mètres d'é[)aisseur. Tel est aussi le drift atténué des Etats-Unis, où les cailloux granitiques ont déjà si bien perdu leur cohésion (ju'ils se brisent entre les doigts.

L'altération est encore mieux marquée avec les dépôts glaciaires de la plus ancienne extension. Sur le plateau de Lannemezan *, ces formations paraissent exclusivement argileuses : mais, dans des tranchées fraîches, on distingue encore le contour des cailloux, aujourd'hui complètement décomposés, qui s'y trouvaient contenus. En Suisse, le cailloutis des plateaux ou Deckenschottei\ qui appartient à la même époque, se montre criblé de trous qui lui avaient fait donner le nom de nagelfluh trouée [lOcherige nagelfluh). En revanche, ce même dépôt a subi, par l'intervention d'eaux agglu-

\. Siéger, Richthofen's Festschrift, 1893, p. 53. 2. Boule, Soc. géol. de France, 3 déc. 1894.

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linantes, une consolidation qui a préservé ses cailloux de la destruction.

A cet ordre d'altérations se rattache la production des nappes de limon fin ou loess^ qui accompagnent souvent le bord des nappes glaciaires largement étendues, et résultent de Tentraînement, par les eaux de ruissellement, de vases fines que le contact de Tair et de la lumière ont portées au plus haut degré d'altération. Ainsi se foraient, sur les parties plates et dans les remous, d'excellentes terres de culture, contrastant avec la stérilité des bruyères qui marquent le bord des [principales moraines terminales.

Modifications géog^raphiques produites par les extensions glaeiaires. — La grande étendue des surfîices que les glaces boréales ont couvertes, et l'épaisseur parfois considérable du dépôt moraioique, capable de dépasser 200 mètres, ont eu [)our conséquence ^'introduire, dans la géographie des pays du nord, des modifications d'une sérieuse importance. Nulle part ces changements ne *oiil mieux accusés que dans la région des Grands Lacs de * Amérique septentrionale. Cette série de mers intérieures, qui ^ou^ un si grand rôle dans les destinées de la contrée, est tcMit "'itîère un héritage des temps glaciaires, et loin quVIle dérive, ^>nrime les lacs alpins, de causes tectoniques profondes, elle doit ^>ii existence à des mcMlifications essentiellement superficielles, ^>tit le peu d'ampleur contraste avec l'énorme étendue des nappes ^«'iistres ainsi engendrées.

^vant l'invasion des glaces, la région des Grands Lacs formait

»ï ensemble de vallées, dont les détails ont [>u être reconstitués

>"^c assez d'approximation, grâce aux nombreux sondages pour

^Mîlierches de pétrole dont cm peut dire que le terrain a été criblé.

W. Spencer * a mcmtré qu'alors deux rivières, partant Tune du

^OF-d, l'autre du sud de la contrée <lu lac Michigaii, venai(»nt s«»

"^iinir sur l'empLicement du la<* Huron et, par ce (|ui forin«»

aujourd'hui la baie de (iéorgie, traversaient le territoire de TOn-

^rio pour suivre enfin le cours actuel du Saint-Laurent.

liurant les invasions dt»s glanas, toute» la contrée aurait subi une

<lépression considérable, (|ue M. S[»enc(»r évalue à .'îOO mètres. Elle

était alors noyée sous les eaux douces, dont la calotte glaciaire

arrêtait l'écoulement vers le nord. Quand cette calotte eut disparu,

en même temps que les accumiilaticms rnorainiques dont elle avait

V^voqué le dépôt interceptaient en certains points le cours des

*• Quarterly Journal of the geol >'o*-. of London, XLVI. p. 524.

anciennos rivières, il se produisit une déformation en masse du sol canadien. Cette déformation, consistant en un relèvement nordest, se trouve attestée ]>ar la situation |)résente d'anciennes plages marines, dont l'altitude croît constamment «lans la direction indiquée.

Le mouvement survenu faisant barrage au-devant des eaux, la nappe lacustre de l'époque glaciaire dut subsister en partie, et il en resta les grands lacs actuels, qui sont de larges vallées submergées et partiellement barrées par des moraines. A la place du lac Érié se trouvait autrefois une rivière, aboutissant à l'extrémité occidentale de l'Ontario, après avoir traversé par un véritable canon, la gorge de Dundas, l'escarpement formé par le calcaire du Niagara. Ce chenal ayant été obstrué par les dépôts morainiques, le lac Erié, engendré par l'inondation de la vallée primitive, dut chercher un émissaire, lequel s'établit à la pointe de Bufifalo, et alla se déverser par-<lessus rescar}>ement de Queenstown. De là est née la chute du Niagara.

11 est à remarquer (pi'ici l'action glaciaire proprement dite n'a pas été seule en jeu, et qu'une part des modifications survenues dans la topographie serait imputable au mouvement qui a relevé la région canadienne après le départ des glaces. Mais si, comme plusieurs inclinent à le croire, il y a une relation de cause à effet entre la disparition des glaces et le relèvement survenu, c'est bien au modelé glaciaire que devrait être attribuée, en totalité, la création des Grands Lacs.

L'un des premiers effets de l'invasion des glaces boréales en Amérique a été de renverser le sens de plusieurs rivières qui couhiient au[)aravant vers le nord. C'est ainsi que la rivière Nelson, au lieu d'envoyer ses eaux dans la baie d'IIudson, a dû les diriger vers le Mississi[)i. Un peu plus tard, les eaux des lacs Supérieur et Michigan ont été contraintes pendant quelque temps de prendre la même direction. A partir de Fort-Snelling, immédiatement en amont de Saint-Paul, le Mississipi actuel occupe un chenal récent, <le date post-glaciaire. La vraie continuation du fleuve serait le chenal du Minnesota, où le fond de roche n'est atteint qu'à 45 mètres au-dessous du thalweg actuel. Le Minnesota était alors continu avec la Rivière Rouge du Nord, dont le sépare aujourd'hui un col insignifiant, occupé par les lacs Rig Stone et Travers. Et (!e sont des diflérences de niveau presque négligeables dans le ilépot (îrratique qui déterminent le partage entre le bassin du Mississi[)i et celui du lac Michigan, tributaire du Saint-Laurent.

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Des changements analogues se sont fait sentir bien au sud du lac Erié. Les nombreux sondages entrepris pour la recherche de l'huile minérale ont montré que, dans toute la [)artie nord-ouest deTEtat d'Ohio, les dépôts glaciaires avaient modifié la topographie, moins par la création de nouvelles éminonces <jue par le comblement des vallées. Ces sondages ont permis de reconnaître un très grand nombre d'anciens lits fluviaux, ensevelis aujourd'hui sous des épaisseurs de 43 à 50 mètres de dépôts glaciaires. Les chutes de TOhio résultent de ce que la rivière n'a phLs retrouvé son ancien chenal, ce qui Ta amenée à couler sur un seuil résistant*. Les chutes de Saint-Anthony, à Minneapolis, et de Minnehaha, ont la même origine.

En Pensvlvanie, M. J.-C. Whitc a (h'^crit 23 lits fluviaux aujourd'hui comblés par le terrain erratique. Le plus remarquable Mi celui de la crique de Wallenpaupack, en amont de laquelle un ancien chenal est enseveli sous 100 mètres de dépôts.

Toundras. — Une des conséquences de l'action du froid, là où les glaciers proprement dits ne peuvent pas se développer, est la formation de plaines glacées, oii la seule végétation est celle des herbes, des mousses et des lichens. Ainsi les côtes sibériennes de rOcéan glacial sont bornées par une zone de toundras, plaines ondulées, couvertes de mousses, où l'on ne voit guère que deux teintes : la teinte jaune-sale du polytrichnm et la couleur blancfané de la mousse des rennes.

Le froid empêche le développement des essences forestières ; d'autre part il fait obstacle à l'écoulement régulier des rivières. l* -sol reste constamment gelé dans la profondeur, et il ne s'accomplit pas de modelé proprenient dit; le terrain gardant la forme qui lui avait été imprimée à l'époqui» où l'action du froid ^teil moins intense.

'- Ncwberry in F. Wright, The Ice âge in norih America, 189».

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