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Penck, Morphologie, 11, p

Importance relative de rérosion par les glaciers. — L'énormité dos accumulations morainiques dues aux anciens glaciers a pu quelquefois faire illusion, au point rraccréditer Tid^^e que les fleuves de glace avaient eux-mt^mes entièrement creusé leur lit. Mais il est aisé de s^assurer que le volume des matériaux d'origine glaciaire est généralement infime en comparaison du vide survenu dans les massifs correspondants. Ainsi M. Penck a calculé * que tout le terrain glaciaire de la haute plaine bavaroise, entre riller et rinn, représentait seulement une ablation de 36 mètres pour les 15 000 kilomètres carrés que comprend le bassin. Encore pourraiton prétendre qu'une partie notable, enlevée par les fleuves à Tétat de vase ou de sable, échappe à cette évaluation. Mais il n'en est pas de même pour les anciens glaciers qui, en Amérique, descendaient sur le flanc oriental de la Sierra Nevada ; car les produits de cette érosion ont été forcés de demeurer en entier dans la dépression (kl Grand Bassin. Or, M. Russell a constaté que ces matériaux ne représentaient pas la soixante-quinzième partie du vide des vallées correspondantes.

Calottes glaciaires. — Si importante que soit l'action topographique des glaciers de montagnes, elle ne s'exerce que sur une .surface très limitée ; mais quand les glaces couvrent de vastes territoires, au point de les masquer presque complètement sous une masse dont les mouvements généraux peuvent n'avoir aucun rapport avec l'état du terrain sous-jacent, il en résulte un mode spécial de modelé, applicable à de grandes étendues. Ce modelé par les calottes glaciaires est d'autant plus important à étudier, qu'on en retrouve la trace, encore parfaitement nette, sur une vingtaine de millions de kilomètres carrés dans l'hémisphère boréal.

Le type actuel des calottes glaciaires se trouve au Groenland, où ïmlandsis couvre tout le pays d'un manteau uniforme, à peine ondulé et ne présentant de crevasses que sur ses bords. Sa surface^ y compris les calottes des terres arcti(|ues avoisinantes, a été évaluée à 2 500 000 kilomètres carrés V A quelque distance de la côte, on voit encore surgir des pics rocheux ou nunataks, qui pointent au-dessus de la ])laine glacée; mais plus loin tout disparaît, et la glace, dont M. Nansen estime l'épaisseur entre 1600 et 1900 mètres, atteint des altitudes de 2700 mètres.

Seulement sur le rivage occidental, Vinlandsis laisse une bande de terre habitable de 20 ou 25 kilomètres. Tantôt cette bande est

{. Verrjletscherufnj der deutschen Aipen, 1882, p. 330. 2. Penck, Morpholor/ie, I, p. 387.

ofieombrée de matériaux morainiques meubles ; tantôt elle montre la. roche à nu, striée, polie et moutonnée par le récent passage de la glace, en même temps que balayée par les eaux qui s^échappent Au front rie cette dernière. D'un rocher à Fautre s'étendent des flaques d'eau et de tourbe, et l'ensemble constitue un paysaire spécial, dit paysage morainique.

Topographie glaciaire. Zone centrale. — Les effets topographiques des glaces largement étalées doivent être étudiés de préférence dans les régions que les glaces boréales ont recouvertes au début de l'ère actuelle. Il convient d'y distinguer deux zones : la lone centrale^ où la glace a longtemps stationné, agissant surtout par érosion, et la zone péripliéiique, où se sont fait sentir principalement les effets de transport et de dépôt.

Dans la zone centrale, le paysage revêt l'aspect caractéristique que nous avons déjà vu se manifester au voisinage immédiat de Unlandsis groenlandais. La puissante action de la glace a poli toutes les aspérités. Çà et là surgissent des roches moutonnées, particulièrement fréquentes dans les districts de granité et de gneiss, où l'inégale cohésion des roches a engendré, ici des [)rotubérances bientcM arrondies et rayées, là des dépressions, d'où la glace a fini par éliminer les matériaux meubles, et (|ui se sont transformées en lacs ou étangs tourbeux à fond de rocher. Les surfaces rocheuses abondent, la glace ayant pour ainsi dire décapé tout ce qui faisait saillie sur son passage. Tels sont les barren grounds {fonds stériles) <lu Canada.

En dehors des montagnes, les territoires de la zone centrale n'offrent pas de vallées proprement dites; les cours d'eau affectent des tracés tout à fait capricieux, et sur le sol gisent des blocs erratiques de toutes dimensions. Partout se révèle une puissante érosion glaciaire, qui s'est exercée sans aucun souei de la topo- P^phie préexistante, impuissante à lutt(»r contre une pareille f*^rce. La Scandinavie, la Finlande, les alentours de la baie d'Ifud- *^n, offrent le type de ce genre de ])aysage ; et la direction des *Wes, sur les roches en place, montre que la glace a souvcMit cheminé en sens inverse des pentes locales. Aussi, pesant de tout ^n poids sur certaines crét<'s secontiaires, a-t-elle réussi par endroits à les abaisser en créant des cols glaciaires.

Ce qui rend plus frappante encore l'uniformité de ces parages, c'est que toute la zone centrale, du Canaila à la Finlande, présent(* à peu près la même constitution géologique, avec prédominance des schistes cristallins et du granité; de sorte que la même action

s'y osI oxorccM» sur un mémo foml, ot, on pout aussi ajoutor, sous (lc»s inlluonces métrorologiciues à |)eu pivs iilentiquos.

Les cavités lacustres, (juand elles ne résultent pas (raclions tertoniqu(»s, témoif»nent, avons-nous dit, iVune moindre résistance de la roche au sein de laquelle elles sont ouv(»rtes. Il en est plusieurs on Scandinavie, dont la place était orifrinairement occupée par des lambeaux de terrains sédimentaires, pinces au milieu des plis des schistes cristallins. Ces ])aquets étant moins résistants, Térosion iïlaciaire les a débités et entraînés, mettant à nu leur substratum (»t semant leurs débris en aval. Les lacs Wetter, Hjelmar, Mâlar et Wener auraient été formés de cette façon *.

CVst aussi à ranV)uillement par la jzlace qu'on a attribué les cavités en roche vive ou rock-basins, aujourd'hui transformées en étants, (]ui se rencontrent dans certains districts du nord de TAn- ,îrlet(»rre. Mais nous avons déjà vu que beaucou[> de ces étangs ou tarns pouvaient être de simples lacs de barrages niorainiques.

Zone périphérique. Topographie morainique. — La topographie glaciaire revêt un caractère diflérent dans la zone périphérique^ celle où les grands glaciers ont accumulé et dispersé les matériaux qu'ils chassaient devant eux dans leurs périodes cravancement. C'est là surtout, en raison de la prédominance des moraines, que règne \e paysage morainique^ caractérisé par le relief peu considérable, mais absolument capricieux, d'une surface parsemée de mares, d'étangs ou de petits lacs, avec blocs erratiques disséminés, et isolés à la suite de l'entraînement des boues. La figure 92 «lonne un excellent ty[)e de ce genre de modelé, tel qu'il apparaît dans l'île de Skye, à la jonction entre la région centrale et la zone péri- [»hérique. Le profil accentué des cimes, souvent travaillées parla gelée, contraste avec les formes doucement arrondies que le poli glaciaire a imprimées aux premières hauteurs, tandis qu'en avant s'étend l'ancienne moraine, affouillée par les cours d'eau.

Lors de leur formation, ces moraines, dues au stationnement prolongé du bord des grands lobes glaciaires, consistaient en un enchevêtrement confus d'amas de boues et de pierres plus ou moins volumineuses. Ces monticules interféraient les uns avec les autres, chacun d'eux correspondant à une des nombreuses oscillalions d(î la glace autour de sa position d'é(|uilibre relatif; de telb» sorte qu'un jour le glacier jetait sa moraine en travers du talus formé par les amas antérieurs, laissant dans l'intervalle des creux

1. Holm, Nalhorst ul Brogger, in Penck, Morpholof/ie, 11, p. 261.

sans ('•(■iiulemont. En outrr d'autros entonnoirs devaient s tout naturellement dana la moraine, par la fonte do gros blocs de g'iace qui pouvaient y avoir été emprisonnés. L'ensemble finissail par former une plaine hérissée d'inégalités de détail, avec d'innombrables cavitiïs superficielles. De là une topo{;raphie essentiellement confuse, non sans analog^ic avec celle qu'engendrent les monticules de sable à la surface des grandes dunes, mais plus capricieuse encore; car les dunes subissent en général l'action directrice du vent dominant.

ExempleB de topo^aphie mondniqu«. — La topographie que nous venons de décrire s'est conservée avec très peu d'altération suites moraines de la plus récente des^invasions glaciaires. Ainsi au

voisinage des Grands Lacs, en Amérique, notamment sur les bords de la Rivière Rouge du Nord, le drainage du sol occupé par le drift ou dépôt erratique est tout à fait dans l'enfance. Les croupes de'

partage s'y garnissent de petits lacs pendant la saison des pluies.

^Villeurs les mares encaissées ou les entonnoirs à sec subsistent en grand nombre. Aussi leur ressemblance avec des chaudrons ou Kettles a-t-elle fait donner le nom de Kettle-range à la ligne de collines qui manifeste cette structure, bien mise en évidence par la figure 93, empruntée à un travail de M. R. Salisbury *.

En avant de la chaîne à topographie superficielle confuse, marqua^nt la place où l'extrémité des lobes glaciaires a dû stationner le |dus longtemps, se déploie aux Etats-Unis une plaine de gravier, (le sable et de limon, due à l'accumulation des matériaux, charriés par les eaux qui s'échappaient sans vitesse appréciable du front de la glace. C'est Yoverwash plain ou plaine de lavage superficiel de M. Salisbury. Le parallélisme des courbes de niveau y rontraste avec l'allure tourmentée des lignes hypsométriques de la région précédente.

Le même genre de paysage prévaut dans la Prusse orientale, sur la ligne de hauteurs qui finit à Dantzig, formant une arête de partage entre les eaux qui vont directement à la Baltique et celles ^|ue reçoivent au sud l'Oder et la Vistule. M. Keilhack * a bien fait ressortir les caractères de cette bande, longue de 300 kilomètn^s, ^l'une largeur comprise entre 200 et 3000 mètres, où, sur un fond <Vargile àblocaux, abondent les cavités sans écoulement, occupées par de la vase, de la tourbe et de l'eau. Ces cavités sont arrondies -et de très petites dimensions. Le pays, fortement ondulé, est fertile et la population y est dense.

Par contraste, au sud de cette bande s'étend une zone infertile, dépourvue d'ondulations, avec faible inclinaison vers le sud, et où -dominent les graviers ou les sables de bruyères. Là, les cavités lacustres sont allongées et étroites, souvent réunies en chapelets. Tandis que la première bande trahit le stationnement prolongé des moraines frontales de la dernière extension glaciaire, la seconde représente, comme Yoverwash plain des États-Unis, le remaniement opéré, par suite des mouvements oscillatoires de l'extrémité libre des lobes glaciaires, dans les amas d'alluvions qu'engendraient les courants d'eau issus de cette extrémité. Par suite do ces remaniements, nombre de rigoles qui avaient commencé à s(» former se sont trouvées plus tard interceptées et changées en lacs allongés, lesquels ont réussi plus tard à se réunir en chapelets.

Sous cette double influence s'est formé le plateau des lacs {Seen-

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