Penck, Morphologie, U, p. 55G
«l'une plate-forme absolument plane, qui se serait constituée par abrasion marine à Tépoque miocène. Mais nous doutons que cette explication convienne aux plaines si régulières que dessinent la surface de TArdenne et celle du Plateau Central. Il est beaucoup plus simple d'attribuer le résultat à Térosion subaérienne, dont on sait que Taplanissement est le terme inévitable. L*action marine ne doit être invoquée en pareil cas que si Ton a des preuves directes de son intervention. C'est justement ce qui manque pour les plaines en question, où la géologie établit que l'aplanissoment constaté a été consécutif d'une période continentale prolongée.
Pour l'Ardenne et le Plateau Central, il est certain que la mer les a depuis très longtemps abandonnés. Tout au plus pourrait-on être tenté de faire appel à l'abrasion marine pour rendre compte de la surface remarquablement plane, parfois même presque polie, que présentent dans le Boulonnais, à leur contact avec le terrain jurassique, les couches primaires disloquées; car la couverture de dépôts secondaires (ju'elles portent atteste le retour de la mer après une longue émersion. Or, comme par un fait exprès, entre les calcaires marins du jurassique et leur socle primaire, se montrent des sables et argiles à lignites, qui n'ont pu se former que dans des estuaires tran(juilles. Le mouvement de transgression a été si lent, que la mer, dans son retour, a respecté ces couches essentiellement meubles. Ce n'est donc pas elle qui a produit Taplanissement de leur support.
Côtes plates. — Lorsque l'inclinaison du terrain aboutissant à la mer est moindre que celle de la plage immergée, la vag-ue ne peut plus atta((uer le rivage. Au contraire, elle y rejette, sous la forme d'un cordon littoral, les graviers, sables et limons que le courant longeant la côte peut charrier. Cette provision de matériaux fait d'autant moins défaut qu'une côte très plate est le plus souvent formée par une plaine alluviale, due aux anciens débordements d'une rivière. Le cas d'une pénéplaine aboutissant directement à la mer est fort rare, et en France on n'en pourrait guère citer d'autre exemple que celui de la côte plate de la Vendée auprès des Sables-d'Olonne. Le plus souvent donc, les lleuves arrosant la côte plate apportent des alluvions, dont les courants marins s'emparent, formant le long du rivage des traînées régulières, qui poursuivent leur route sans avoir égard aux sinuosités du littoral, si celui-ci en présente. Ainsi le long de la Hollande, on estime qu'il circule sur le fond de la mer, au moment
flot, jusqu^à 50 ou 60 kilosrrammes de sahle et de vase jMir re cube d^eau, ce qui représente la chanred'un tleuvo de mon- 'wie en crue *.
es courants littoraux contribuent par eux-mêmes, en dehors de
l^m 0^ bai^e qu'ils portent, à la régularisation du contour des rivages.
HZmtm effet, ils épatent les parties concaves, lesquelles deviennent
cl^^s^s. régions tranquilles, et se serrant contre les promontoires, ils
l^^ 2=* vongent en donnant à la cote, en ces points, un tracé convexe.
f^^^^^JB. à peu les conditions se rapprochent de celles d'un contour
d ^^^cjuilibre, dautant mieux que plus elles se simplilient, et plus le
«i^^ J'^^t des matériaux charriés par le courant intervient efticace-
^^K~it pour activer cette régularisation. En effet, c'est avec ces
^:^*^riaux que les vagues édifient le cordon littoral, et comme
force s'amortit à la moindre anfractuosité, le cordon n'atteint
le fond des anses. Il se dépose à leur entrée, à partir des
P ^^^^=>«Tiontoires qui les limitent, sous la forme de levées (jui ten-
"-^^'^■^* à se rejoindre et finiront un jour par y parvenir, rectifiant
■-^-^ '•-» t es les inégalités du tracé primitif. L'ampleur de cette barrière
^ ^^-c^^roît d'ailleurs des dunes, parfois très haut«'s, que U' v(Mit ne
P^^'^-i* manquer d'y superposer, en soulevant le sable de plage (|ue
*^^ '^^ xavons du soleil ont desséché et rendu incohérent à l'heuro
^*^^ la marée basse. Aussi le cordon littoral lînit-il par former une
8, séparant de la mer, tantôt des lagunes (\m conununiipient
^^^^ <^CDre avec elle par quelque ouverture, tantôt de vrais lacs isolés i^* ^^^^50 qu*> dans les climats humid(\s, cessent bientôt d'être salés ^ ^ ffi^^ comblent par l'apport du ruissellement.
es lagunes ou ces étangs, appartenant à une côte plate, ont
ours une faible profondeur, 10 mètres au plus. Souvent, plu-
s^^^vaxs étangs communiquent les uns avcM* les autres par un cha-
''t de cours d'eau parallèles au rordon littoral. (]'(»st le cas
r les landes de (lascogne. De la même fa<;on, un certain
ibre de lagunes maritimes peuvent se trouver reliées ensemble
*-\ ocnstîtuer une ligne de navigation intérieure, soustraites aux
citations de l'océan.
ELégime variable des côtes plates. — Les ronditions des côtes
plaies peuvent être fort différentes, suivant le réginuî de la mer
^ui les baigne et l'importance des lleuves (jni viennent y déboucher.
Si la marée est forte, le cordon littoral est souv(Mit nnnpu, et
la mer, au moiiis dans les grandes îuarées, prend possession du
»• Penck, Morphologie, U, p. 480.
'**E lapparext. — Leçons de géojn*. V^^)'*- ^^
territoire situé en arrière, en y apportant de la vase. Ainsi se forment (les territoires bas et humides, dont la culture peut s'emparer avec profit, en défendant la côte par des digues et en procurant par de nombreux canaux l'assainissement du sol. Ce sont les watten ou tvatteringhes, si développés le long de la mer du Nord, depuis Calais jusqu'au Danemark. En outre, les grands fleuves, chargés de limon, qui aboutissent à cette mer, sont susceptibles d'inonder leur cours inférieur sur de laides étendues. De cette manière naissent, en arrière <les watten, de grandes plaines d'alluvions limoneuses, humides et fertiles, qu'on désigne en iVllemagne sous le nom de marches.
Quand la marée est insensible, les dunes maintiennent généralement leur intégrité. Il n'y a plus de territoire inondable en arrière. C'est le cas du rivage allemand de la Baltique, à l'ouest du golfe <le Dantzig. Mais, à l'est, la côte prend une direction qui l'expose davantage à l'effort des vents d'ouest ; aussi le cordon littoral est-il interromj>u par des ouvertures, donnant accès à des lagunes. Comme, d'autre part, la Vistule, qui débouche à Dantzig, vient des Carpathes et est assez chargée de limon, on voit se reconstituer, en arrière de la côte, une marche ou ligne de terres marécageuses *.
Échancnires des côtes plates. — Nous avons vu que, sur une côte plate, le jeu normal de l'action marine devait tendre à rectifier le contour du rivage. Partout donc où il n'y a pas de marées excessives qui, aidées par les vents, puissent rompre fréquemment le cordon littoral, si la côte est découpée, c'est que les échancrures existaient au préalable.
C'est ce qu'on peut affirmer, en particulier, des fôrden de la côte baltique du Schleswig-Holstein. Ce sont des échancrures étroites, mais très capricieusement ramifiées, qui pénètrent au loin dans la terre et en facilitent l'accès par navires. En même temps ces échancrures, protégées par leur situation contre le vent de mer, participent au régime des lacs, (»t de beaux bois de hêtres se développent sur leurs bords. Leur analogie avec les chapelets de lacs de la Poméranie montre qu'il s'agit d'une bande d'anciens lacs moraini(iues, que la mer a partiellement envahie par suite
d'un léger affaissement du sol '.
D'une autre nature sont les bodden ou côtes échancrées, avec un grand nombre d'îles disséminées en face, ([u'on observe entre