OBJET JET PLAN DU COURS
étendues 9 très-éloignées les unes des autres, ont été assez explorées pour qu'on puisse en donner des descriptions d'une exactitude au moins approximative, établir des rapprochements entre elles, esquisser enfin ce qu'on pourrait appeler la géologie Comparée.
Ce sera par quelques aperçus en ce genre que je terminerai le cours, et je m'étendrai sur cette dernière partie autant que le temps pourra me le permettre.
TBoisiiaii: i^çoiv.
(16 décembre 1843.)
Instruments nécessaires aux géologues
voyageurs.
Messieurs,
Pour bien faire concevoir comment se font les observations qui servent de base aux sciences naturelles, il est avant tout nécessaire de considérer les différentes classes de savants dans leurs observatoires, dans leurs laboratoires, dans l'endroit où ils exécutent leurs travaux, où ils interrogent la nature, cbacun par des procédés qui sont particuliers à la brancbe qu'il cultive; la manière dont les savants voués à différentes branches sont obligés de coordonner leur existence à leur mode de travail, est même ce qui contribue le plus à les spécialiser, et à faire que les différentes branches des sciences d'observation se distinguent les unes .des autres.
^astronome, comme le disait Lagrange, est ^homme gui regarde dans les lunettes , qui consacre sa vie au genre d'observations qui se font au moyen des instruments astronomiques et à tout ce qui peut s^n déduire.
Le caractère (l^ine science
•e reconnaît à sa manière
d'interroger la nature.
L'astronome
Le chimiste. Lc ckimiste est celui qui travaille dans un laboratoire à dissoudre, précipiter, flllrer, calciner, peser.
Lemioérâiogi.te. Lc mînéralogîste est celui qui essaye les minéraux, qui constate leurs caractères, qui mesure les angles de leurs cristaux et calcule leurs fqrmes géométriques.
Le paléontologiste Lc puléontologiste est celui qui restaure les êtres organisés fossiles d'après quelques-uns de leurs débris.
Le géologue. Lé géologuc cst celui qui interroge la terre, les roches, partout où elles sont à découvert j qui analyse les formes du sol, des plaines, des vallées, des montagnes, et qui s'occupe de tout ce qui peut se déduire de ce genre d'observations. Les événements naturels dont la surface du globe a été le théâtre s'y sont enregistrés d'eux-mêmes par les traces qu'ils y ont laissées. Le géologue transcrit ce registre, le traduit en langage ordinaire, et, quand il croit le comprendre, il essaye de le commenter.
Son atelier Ccst cu rasc campaguc que ce livre est ouvert ,
en leincbam ^^ P^^ couséqucnt cc qui caractérise avant tout le Nécessité fîéolofiue, c'est que son atelier est en plein champ;
d> être tranquille. ? ^ P \ ^ • .„ • ' • •
il doit y être aussi tranquille, aussi a son aise, aussi maître de se livrer à ses réflexions, que l'est l'astronome dans son observatoire ou le chimiste dans son laboratoire. C'est pour lui une condition sine qiia non; autrement il ne fait pas de la science, il n'est plus qu'un promeneur ou un collecteur d'échantillons.
Ainsi, quand le géologue fait ses observations en plein air, la première chose à laquelle il doit s'appliquer, c'est d'être parfaitement libre, d'être
ions
là chez lui. Cela exige une petite industrie préliminaire, indispensable pour toute observation sérieuse.
Après les intempéries de Fair et les insectes in- 1 Précaut
"Il • •!'! >.i prendre
commodes, le premier ennemi du géologue, cest ponr éviter les le curieux, l'importun qui viendrait, au milieu î"p*>^»"°«de ses observations, lui faire des questions, quand \ même elles rouleraient sur des points de science. ^ Dès lors un des premiers soins auquel doit s'appliquer le géologue, c'est de ne pas attirer l'attention, de ne pas agglomérer les curieux autour de lui. Plus le géologue se donnera les apparences d un savant, plus il excitera cette attention incommode, et plus il diminuera les moyens qu'il aurait de servir la science en saisissant la nature sur le fait, et en faisant de chaque fait observé l'objet de ces réflexions immédiates qui conduisent d'un fait à un autre. Il faut donc qu'il passe inaperçu; que rien Avec dans son extérieur, dans sa manière d'agir, ne le ""^g'^^^i^^r'^ signale aux regards des importuns. Dans les contrées ?"•* i»«p«fç"sauvages, peu habitées, le nombre des curieux n'est pas grand, et cette condition n'est pas difficile à remplir : là tous les voyageurs européens ont un bagage qui parait également étrange aux habitants du pays , et rien à leurs yeux ne distingue le savant ; mais dans les contrées civilisées, où l'appareil ordinaire de voyage est connu de tout le monde, le voyageur scientifique serait désigné à une foule d'investigations importunes, et particulièrement à la curiosité des autres voyageurs , si les progrès de Fart d'observer n'avaient permis surtout au géologue de simplifier beaucoup son bagage spécial.
Il en est arrivé de la géologie comme de toutes ^i^^'les parties où Ion a des instruments à appliquer;
rrtmiTZidM ^^™™^ ^® ^^ guciTe ellc-même, qui se Êiit en parcourant le terrain avec des instruments de destruction, dont quelques-uns sont d'origine scientifique. Le bagage du soldat est aujourd'hui bien moins lourd que n'était celui du soldat romain ; les progrès de Fart de la guerre ont fait mettre de côté beaucoup de choses inutiles; on a renoncé, en général , à la cuirasse et à toutes les armes difficiles à transporter. On a rendu par cela même à la valeur, à la présence d'esprit du combattant, plus d'importance qu'elles ne pouvaient en avoir quand il était chargé de ces pesants &rdeaux. On n'emploie plus ces énormes canons dont les Turcs faisaient usage, qui lançaient des boulets de 260 livres.
Comme l'atûraii Lcs obscrvatcurs scientifiques ont de même trouvé raftroLme. i^ojcn dc sc passcF de la plupart des gros instruments. Vous connaissez les anciens observatoires , avec leui^ constructions immenses adaptées aux énormes lunettes qui fiirent quelque temps en usage. La plupart des observations se font aujourd'hui dans de très-petits bâtiments construits a côté, et avec des instruments peu volumineux. Le théodolite de M. Gambey , qui renferme à lui seul tout un observatoire, est un instrument qui peut se placer dans une très-petite caisse.
Le bagage du géologue a subi des réductions correspondantes. Les observations géologiques se font presque toutes avec des instruments très -simples, qui peuvent se porter inaperçus et dont le transport ne cause presque aucun embarras même dans un
voyage à pied. Aujourd'hui le géologue ne se reconnaît guère extérieurement qu'à l'exiguïté de son bagage, qui est une des conditions de la facilité de ses mouvements; et il ne faut, dans ceux qui le rencontrent, qu'une politesse des plus élémentaires pour ne pas avoir l'air de s'apercevoir qu'il voyage dans un autre but que celui de se distraire.
Le géologue a besoin de parcourir des distances n* cependant
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souvent considérables j ainsi sa premiei*e machine, detrân.port. et celle-là généralement n'a pas à craindre d'attirer une attention incommode, est la machine de transport. Il a quelquefois à sa disposition, dans les voyages maritimes lointains,, les bâtiments de TEtat; le plus ordinairement il se sert des moyens de transport à la disposition du public. Les bateaux à vapeur, les chemins de fer, les voitures publiques ou particulières , tout cela est bon pour se transporter d'un point à un autre.
Mais beaucoup d'observations ne peuvent se faire voyages à pied sans que l'observateur soit immédiatement sur le terrain; de manière qu'il entre toujours dans les voyages géologiques des espaces à parcourir à pied; et même, si l'on peut parcourir à pied de longues distances, le voyage y gagne en utilité, parce qu'on est plus libre de ses mouvements, qu'on est plus à même d'observer la nature que lorsqu'on est emprisonné dans un bateau à vapeur ou encadré dans une voiture.
On voyage aussi à cheval : mais ce n'est pas là pour le géologue la meilleure manière de voyager : on est esclave de son cheval ; on perd du temps à monter et à descendre; et, ce qui est plus fâcheux encore,
souvent nécessaires.
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4:eU ipMr Cfuelquefois od croit pooToir se dispenser de mettre pied a terre, et se contenter de Toir à distance des objets qu'on toocfaerait si on était à pied. f>pendant, dans les pays saurages on à demi sauirages, où il nV a ni routes, ni gites, et quel* €|uefois peu de sécurité, le géologue est souTent dans la néi'.es$ité d'employer ce moyen. Au reste, on ne peut pas prescrire de règles générales à cet ^ard; le choix de la manière de yojager dépend nécessairement beaucoup des circonstances, ainsi que de la constitution et des goûts des personnes»
Avant tout, le géologue doit être parfaitement renseigné sur tous les moyens de transport, pour pouvoir sen servir à volonté.
f^«r«fu-« Après le moyen mécanique de transport, le pre*
fi4/>«MpHNr» mj^Y instrument dont un géologue ait besoin pour "•p^'*v»»«'i«'» se diriger, ce sont des cartes géographiques. Il iniUtpmuhtcé. faut avoir de bonnes cartes routières pour l'en^* semble du pays qu'on veut parcourir j ensuite des cartes topograpbiques, au moyen desquelles on puisse se conduire partout, et autant que possible se dispenser de guide; car un guide est souvent un embarras très -incommode. Vous pouvez être sur que celui qui ne prend pas tous les moyens {)our bien coordonner entre elles les observations (|uil fait en difrérënts points, est plutôt un collecteur qu'un géologue; il néglige la stratigraphie, qui est la pierre angulaire de la géologie. Ainsi» dans les coutix'es dont il existe des cartes , c'est le premier instrument que doit se procurer le géo^ logue. 11 doit souvent avoir dans sa poche quatre ou cinq cartes collées sur toile; car si l'on se
trouve sur l'angle d'une carte, il faut pouvoir rapprocher les trois feuilles qui correspondent à ce point -là.
En Europe nous avons des cartes topographiques assez complètes de presque toutes les parties du territoire; cependant il y a quelquefois des lacunes dans ces cartes, et l'on est fréquemment obligé, pour avoir une image exacte d'une localité intéressante, d'en exécuter un tracé plus correct. Quand il n'y a pas de iidoiiqueiquefo.» cartes, il feut en dresser de plus ou moins parfaites, dr„,eri^-mémr. pour rattacher entre elles ses observations. Le géologue n'a pas toujours assez de temps à consacrer à ses explorations pour réunir tous les éléments d'une carte topographique complète, mais il peut en réunir un plus ou moins grand nombre. Aussi voyezvous que de nos jours les géologues qui ont fait des voyages dans des contrées où il n'existait pas de cartes, MM. de Humboldt, Pentland, d'Orbigny, ont eu soin d'en dresser; et quoique ces cartes ne présentent pas tous les détails qu'on trouve sur des cartes topopraphiques de l'Europe, elles n'en sont pas moins en elles-mêmes intéressantes et utiles. Je vous ferai toutefois remarquer que la construction de pareilles cartes exige un appareil d'instruments plus considérable que celui que je vous indique aujourd'hui comme indispensable au géologue dans k cours ordinaire de ses recherches.
Les opérations que le géologue exécute sur le torain peuvent être divisées en trois classes, suivant qu'elles se rapportent à la lithologie, à la stratiff'ophie ou à la configuration extérieure, soit des masses minérales , soit du sol en général , objets
8o INSTRUMENTS NECESSAIRES.
qu on peut considérer comme faisant partie de la topographie. D'après cela les instruments habituels du géologue peuvent eux-mêmes se diviser en trois classes, que nous désignerons par les dénominations d^ instruments lithologiques y d'instruments stratigraphiques et di instruments topographiques. Les détails mêmes dans lesquels nous allons entrer sur chaque instrument en particulier, éclairciront le sens de ces dénominations.