Des instruments lithologiques
Les observations que peut faire le géologue se rattachent presque toujours plus ou moins directement à la nature de la roche ou à ses formes. Trèssouvent, pour en conserver un souvenir précis et complet, il faut recueillir des échantillons, ce qui Mariraui. cxigc ordinaircmcut l'emploi du marteau. Saussure ; recommande même d'avoir deux marteaux, l'un de ; dix onces et l'autre de quarante onces (3o6 grammes ! et 1224 grammes); ce poids n'est pas bien rigou- ; reusement nécessaire. Deux marteaux, l'un de 100 ; et l'autre de 1000 grammes sont à la rigueur suffii sants. Il en faut d'abord un gros, pour entamer la roche et en détacher des morceaux un peu volumineux sans avoir à se donner trop de peine, sans être obligé d'imprimer une très-grande vitesse au marteau, parce qu'alors il y aurait beaucoup de chances de casser le manche, et, dans ce cas, plusieurs heures, ou même plusieurs jours, se passeraient quelquefois avant qu'on pût s'en procurer un nouveau. Le petit marteau sert à tailler les échantillons, que l'on
prend plus ou moins grands. On cherche à leur donner une grandeur, un format uniforme; ce format varie suivant la nature de la collection dans laquelle les échantillons doivent être placés; mais on peut dire qu'en général il suffit de leur donner huit à dix centimètres de longueur sur six à huit de largeur. On s'attache à les faire un peu plats, afin qu'ils puissent se placer plus facilement dans des tiroirs ; cela n'est pas toujours très-facile à exécuter. Quand on a un gros marteau, on réussit presque toujours assez bien à casser des éclats plus ou moins grands; mais il faut quelquefois de l'adresse pour les bien équan'ir avec le petit marteau.
On doit éviter autant que possible de perdre du temps à tailler des échantillons; cependant on ne doit pas trop regretter celui qu'on y passe; car ce temps est en même temps employé à considérer sous ses différents aspects la roche dont ces échantillons sont formés. Quand on a taillé des échantillons d'une roche, on la connaît parfaitement; il ne reste plus que quelques points très -spéciaux à éclaircir. L'attention s'est portée d'elle-même sur les différents minéraux qu'elle peut renfermer; il est mieux, à cause de cela, de tailler les échantillons sur place: ou épuise ainsi toutes les occasions de voir se dévoila: les caractères de la roche : on prend finalement un éclat dans lequel les caractères se voient hien, sur lequel les choses qui peuvent demander de» éclaircissements soient bien manifestes. On emporte ainsi des échantillons véritablement significatifs.
De Saussure conseille aussi d'avoir deux ciseaux 1. 6
Manier* de tailler les écbantillons.
Leur rormat.
Ciseaux.
lime, pointe d^acier.
analogues à ceux des tailleurs de pierre : des ciseaux d'une trempe très-dure , tels que ceux qu'on appelle ciseaux à froid; l'un de deux lignes de largeur, l'autre de six ou huit lignes. De pareils ciseaux sont très- commodes pour détacher les cristaux ou les coquilles fossiles; sans ce secours, on a très-sourent le regret de casser des morceaux précieux.
Briquet, Pour cxamincr les échantillons sur place, de Saus^
sm^ recommande d'avoir un briquet et une forte lime d'acier triangulaire. Le briquet sert pour Toir si la roche fait feu, et la lime pour essayer sa du^ reté. Il est nécessaire aussi d'avoir pour le même objet une pointe d'acier. On peut porter tous ces insti'uments réunis dans un couteau à plusieurs lames.
uape.. Il faut avoir des loupes pour grossir le grain des
roches, les fossiles, etc. La loupe est, avec le marteau, l'instrument le plus essentiel du géologue et du minéralogiste. On peut avoir différentes espèces de loupes. De Saussure en indiquait de très-grandes ; mais on sait faire aujourd'hui de petites loupes, dont deux réunies dans une même monture sont très-suffisantes pour tout examiner.
Flacon II cst bou d'avoir aussi quelques réactifs chi*
miques. Le plus essentiel est un flacon d'acide nitrique pour reconnaître les roches calcaires. Il est vrai de dire cependant qu'on peut bien souvent se dispenser de ce flacon, qui, lorsqu'il se déboudbe, est fort incommode. Avec de l'habitude on réussit presque toujours à reconnaître, par la cassure ou la rayure, si une roche est calcaire ou non.
cbaiumean. Uu dutTC iustrumcnt, souvent utile aux géologues voyageurs, c'est le chalumeau. Cest un instrument
diacide nitrique.
AUX GÉOLOGUES YOYAGBUR8. 85
çu'il n'est pas nécessaire davoir toujours dans sa poche, mais qu'on a besoin de trouTcr seulement de temps en temps, quand on fait le catalogue des échantillons.
Aussitôt qu'on a recueilli des échantillons commence Tembavras du transport. Comme la partie la plus précieuse d'un échantillon est sa surface, sur laquelle seule on peut voir les caractères de la Foche et reconnaître si elle renferme des cristaux OU des coquilles fossiles, il faut surtout éviter que la sur£ice soit usée ni salie; on doit donc s'arranger de manière que les échantillons ne se frottent pas en route. C'est un point qui donne beaucoup de peine yis^à-vis des personnes qu'on prend pour aides comme porteurs. La surface surtout étant Papier précieuse, il faut, pour la préserver, l'envelopper de papier, et ensuite bien emballer les morceaux pour qu'ils n'éprouvent pas de ballotage. Saussure n'a pas craint de recommander de ne pas oublier le papier nécessaire pour envelopper les échantillons. JLorsqu'on prévoit qu'on pourra trouver des co- C[u^les fossiles très^fragiles, on doit se munir de petites boites en carton ou en fer-blanc et de coton. Les personnes qui recueillent des fossiles pour les vendre, prennent toujours cette précaution; les géologues doivent les imiter.
Avant d'envelopper les échantillons il faut les Ëtiqaet.ge étiqueter : il est assez difficile de le faire complètement sur place. On doit cependant les marquer dès qu'un les a recueillis, afin de ne pas les confondre. Gliacun a son procédé pour cela : il suffit de leur donner des numéros successifs : on peut prendre en
d'emballage.
des échanlillona
note ces numéros sur un cat*net. Un moyen bien simple, et qui a le grand avantage de rattacher presque machinalement les objets au souvenir dés différents incidents de la course que l'on a faite, c'est d'écrire simplement sur l'étiquette l'heure et la minute à laquelle chaque échantillon a été recueilli j on est sur qu'il n'y aura pas deux étiquettes semblables, et qu'on pourra plus tard ranger les échantillons dans l'ordre où ils ont été pris. On peut toujours regarder à sa montre quelle heure il est, tandis que, lorsqu'on recueille de suite un grand nombre d'échantillons, on peut très-bien ne pas se rappeler à quel numéro on est arrivé, et répéter les mêmes numéros plusieurs fois. Si on en recueille pendant plusieurs jours consécutifs, on pourra distinguer par un petit signe, par une feuille d'arbre ou'quelque autre objet, les échantillons de tel jour; on évite ainsi toute chance de confusion. le. à prendre. Ou uc doit jdmais uégligcr de prendre des notes aussitôt après les observations. On peut se servir très-commodément pour cela d'un petit portefeuille, dans lequel on met de petits cahiers de papier, que l'on change quand ils sont remplis. On écrit dessus avec un crayon de mine de plomb ordinaire, et quoique l'on en dise, cela ne s'efface pas; jamais une seule page de mes notes ne s'est effacée au point de devenir illisible ; bien entendu qu'après que les notes sont écrites, il faut avoir soin de les emballer de manière qu'elles ne se frottent pas.
Mais en outre, de Saussure recommande de mettre plus tard les notes à l'encre^ et de les développer davantage quand on en a le temps. On a aussi une
occasion dajouter aux notes prises sur place lorsqu'on fait le catalogue des échantillons. Pour cela, au bout de quelque temps, on fait en sorte que ces échantillons arrivent à un endroit déterminé, dans une ville par exemple, où on les réunit tous. Une cuiogue
à drcMcr.
bonne manière de faire ces catalogues , c'est de placer les objets dans l'ordre où l'on les a recueillis. •^Cet ordre reste empreint dans la mémoire, et les différentes comparaisons qu'on a été amené à faire successivement, se rattachent à l'ordre dans lequel on a recueilli les échantillons.
G)mme la confection d'étiquettes détaillées prend beaucoup de temps, on se contente souvent, au moins jusqu'à la fin du voyage, de mettre un numéro sur chaque échantillon. Ces numéros sont répétés dans un catalogue, où l'on fait une description de chaque morceau, en mentionnant tous les faits dont il rappelle le souvenir.
Quand on emballe définitivement les échantillons pour les expédier au lieu où ils doivent être conservés, il faut mettre à chacun d'eux une étiquette. Si la caisse doit traverser une ligne de douane, il est bon que les étiquettes soient collées après les morceaux pour éviter qu'elles n'en soient séparées. Ordinairement on se contente d'une étiquette en papier : cela suffit pour les transports ordinaires; mais si les échantillons sont exposés à être mouillés et à rester longtemps mouillés, les étiquettes en papier peuvent se moisir et l'encre peut s'effacer. On recommande en pareil cas l'encre Étiquette. de Chine; on en porte avec soi un petit bâton , ^""Vornîrr "Ont on broyé une partie au fur et à mesure des
besoios. L'encre de Chine oe saltère pas comme leocre ordinaire S'il s'agit de voyages de mer, le danger de la pourriture des étiquettes est trèsgrand. On peut avoir de la peinture à l'huile; on fait des chiffres avec la peinture rouge sur la sur- &ce des échantillons. Ces chiffres se marquent parfaitement et n'occupent guère plus de place que des étiquettes en papier. On peut aussi avoir une plaque d'étain ou de plomb, dont on coupe des petits carrés, sur lesquels on grave des numéros avec une pointe; on emballe ces plaques avec les échantillons; on est sûr ainsi de s'y retrouver à la fin du voyage. Toutes ces précautions sont fort essentielles; beaucoup de voyageurs se sont repentis de ne pas les avoir prises : beaucoup de collections, arrivées en bon état , avaient leurs étiquettes pourries; on ne pouvait plus faire que des conjectures sur l'origine de chaque morceau.
On met plus tard aux échantillons des étiquettes détaillées sur lesquelles leur nature et leur position se trouvent relatées.
Les échantillons que je place sous vos yeux comme modèles pour la forme et la grandeur soit des morceaux, soit des étiquettes, ont été recueillis par M. Brochant. M. Brochant, héritier des doctrines de Saussure, de Dolomieu et de Werner, dont il avait été l'élève, attachait une juste importance à ces détails d'exécution, qui pourraient sembler minutieux à des esprits superficiels, mais qui sont' indispensables pour donner de la précision aux observations. Les étiquettes, quoique très-explicites, n'occupent que très-peu d'espace; c'est ce que vous
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verrez aussi dans la collection de M. Brongniart, qu'il ouvre si libéralement à tout le monde, et surtout aux jeunes gens qui veulent étudier.
La plupart des observations dont nous venons de nous occuper, se rapportent à la fois à la com* portion des masses minérales, à leurs formes et à leurs rapports de position; mais les instruments que nous avons décrits ne servent qu'à constater la composition, le géologue a besoin d'en avoir d'au- Ires^ spécialement appropriés à la détermination des formes et des positions des masses minérales. Ce sont ceux que nous désignons sous la dénomination dUnstruments stratigraphiques,