Idem, tohie IV, page
de la Camai^e
couvertes
d^effloretcencet
•al i net.
DU RHÔiSE. 379
Les Sansouires sont couvertes de végétaux mari- santoui,'€s. times, telles que la salicorne {salicomia fruticosa) ^ les statices {V aster limonium) et autres, dont on faisait de la soude avant que cet alcali fut tombé à un prix aussi bas que celui auquel il se vend aujourd'hui.
On combat dans quelques parties les pernicieux effets de cette imprégnation saline, en inondant le sol au moyen des eaux du Rhône.
On extrait une grande quantité de sel de la Ca- Marais iouns margue ; des espaces considérables y sont couverts ^''•^™"8"' de salines. Les eaux, généralement très -salées des étangs, servent à fabriquer le sel. Les étangs et les marais de la Camargue communiquent souvent avec /a mer; ils nen sont séparés que par des digues de sable amoncelées par la mer. Quoiqu'il n'y ait pas de marées dans la Méditerranée, le niveau des eaux n'y est pas constant : elles s élèvent quand le vent souffle du large avec force, et pénètrent alors dans les lagunes et les marécages qui sont dans le voisinage. Ges marécages salés, particulièrement letang de Valcarès, sont bordés de salines. Entre 1 étang de Valcarès et Aigues-Mortes , sur la rive occidentale du Rhône mort, se trouve la saline de Peccais, dont on ûre aussi une grande quantité de sel.
Je suis entré dans ces divers détails pour vous uuiuire montrer que la Camargue, qui est peu parcourue oeita du"RhAn< par les voyageurs, est cependant très-bien connue, et ne saurait donner matière à des récits fabuleux. Elle a fixé l'attention de tous les temps, et l'histoire a conservé quelques documents précieux sur l'état dans lequel se sont trouvées certaines parties
38o BOUCHES
du delta du Rhône à diverses époques, depuis VexpéditioQ de Marius contre les Teutons et les Ambrons (102 ans avant J. C.) jusqu'à nos jours.
Je vais les rapporter avec d autant plus de soin, qu'ils ont souvent été défigurés, et qu'on a tiré de citations fausses ou troQquées des conclusions singulièrement erronnées.
caai de Marius L'au de Romc 65o, ou io3 ans avant l'ère chré-
{FosstÊ mariante). • ».«1*»1 •. ^ j t^
tienne, c est -a -dire il y a maintenant 194^ ans, Marius établit son camp dans le plan du Bourg, où il attendit pendant deux ans les ennemis de la République; c(il employa les soldats de son armée à creuser un canal qu'on appella les Fosses marianes {Fossce mariaruB), par lequel il fit couler les eaux du Rhône jusqu'à la mer, afin d'éviter les obstacles qui, alors comme aujourd'hui, traversaient la navigation près de l'embouchure du fleuve.*** Le canal de Marius partait des environs d'Arles, où il prenait les eaux du Rhône , et il débouchait dans la mer près du village de Foz. Quelques érudits pensent même que le nom du village vient de celui des Fossœ marianœ, tandis que d'autres le font dériver du nom des Phocéens auxquels sa fondation est attribuée, de même que celle de Marseille.
Le canal de Marius fut pendant plusieurs siècles une des voies commerciales les plus fréquentées des Gaules. mMarUima jivaticarum (les Martigues) et le port des Fosses marianes étaient les entrepots de toutes les marchandises qui aboutissaient à Arles par le canal de Marius, qui assurait la navigation
1. Darluc; Histoire naturelle de la Provence^ tomel.*^', p. 261.
DU RHÔNE. 38 i
du Rhône, et duquel dépendait tellement la prospérité d'Arles, quelle n'a réellement tombé que depuis que ce canal est tombé. '* *
Ce canal, en effet, ne s'est pas maintenu. Moins uBhdne docile à Marins que le Rbin ne l'a été à Drusus et ^"^'"^^""^ k Civilis, le Rhône a quitté les Fosses marianes, et à peine reste-t-il à Foz quelques vestiges de ce lit factice qu'une armée entière lui avait creusé. Mais cnaid^Ârin on peut remarquer, que le nouveau canal d'Arles "c^lédanr* au port de Bouc, est peu éloigné de l'emplacement ^''^^^^p*"*^" des Fosses marianes, ce qui montre que la configu- Le relief du «oi ration du sol n'a pas beaucoup changé dans cette y'i^^*»»"»*partie du Delta du Rhône.
; Les monuments romains qui subsistent encore n m est de même à Arles et près desquels on découvre souvent des restes précieux de l'antiquité , conduisent à la même conclusion : ils montrent que le sol n'y a subi d'autre changement que ce léger exhaussement qu'on remarque dans plusieurs autres villes. Du temps des Romains, Arles avait dans la Camargue un faubourg où se trouvait un temple de Vénus, et, ainsi que je l'ai déjà rappelé , on a retrouvé les tuyaux de plomb qui conduisaient l'eau à ce faubourg pardessous le Rhône (voyez ci -dessus, p. i44)« Le lit du Rhône à Arles n'a donc pas changé depuis l'époque romaine, et on peut conclure de là que la bifurcation du Rhône à Fourques, au-dessus d'Arles, n'a pas changé non plus. Dès cette époque, le Rhône se partageait en deux bras principaux, dont le plus
1. De Villeneuve, Statistique du département des Bouches-du- Rhône; tomelU, page 16.
considérable était celui qu'on choisit pour y placer L. longueur Id vîHc d'Arlcs. Lcs longucuFS de ces bras, et leurs
^"'*"t*iwTi "* subdivisions et ramifications, ont seules varié depuis r.«ir>catioD. [g3 Romains.
ont «enlei varié ti • • 1 • • Il
lepuitiesRomaioi u cxistdit plusicurs vcrsious chez les anciens re-
lm Ancien, ont lativcmeut au nombre des bouches du Rhône. Cer-
.^rbllchM"dtt t^ÎQS auteurs lui en attribuaient sept; mais daBts ce
Rhône. nombre ils comprenaient l'étang de Caronte, par
lequel l'étang de Berre communique avec la mer,
parce qu'ils croyaient faussement que l'étang de
Berre recevait lui-même une partie des eaux du
Rhône. Dans ce nombre sept, ils comprenaient
Comment aussi Ics Fosscs marianes. D'après leur supputation
on e. retronve. jj j.çgj^-j. Jqjjq q^ Rhôuc ciuq bouchcs naturelles;
or, il est facile de retrouver ces cinq bouches aujourd'hui; ce sont : i.° le grand Rhône qui passe à Arles; s.** le petit Rhône; 3.° le Rhône mort; 4-° et 5.° deux anciens bras, qui se dirigeaient du coté d'Aiguës -Mortes, et tombaient, l'un dans la mer, et l'autre dans l'étang de Mauguio. Strabon, s'appuyant sur Poljrhe y parle de deux bouches du Rhône qui comprenaient entre elles une île, et re- Pline jette l'opinion de ceux qui lui attribuaient sept .en comptait qnej^^^^^j^çg PUnc compto ti'ois bouchcs, qu'il décrit
dans les termes suivants : Ljrbica apellantur duo ejus ora modica, ex his altemum hispaniense, allernum metapimim : tertium, idemque amplissimum, massi' Uoticum. Sunt autores, et Heracleum oppidum in ostio Rhodani fuisse. Ultra fossœ eac Rhodano , C Marii opéra et nomine insignes. Il est probable , et c'est l'opinion émise par Mauvert, que les deux petites bouches dont parle ici Pline, appartenaient
trou.
au petit Rhône. La première et la plus occidentale (os hispaniense) serait le gras neuf y près duquel se trouve jdigues- Mortes ; la seconde, plus orientale {os metapinum) serait le gras d'Orgon. La troisième bouche de Pline, os massilioticum , est le grand Rhône qui passe à Arles.
C'est dans le voisinage de ces divers bras du cvfiprè.de«br.i
du RhAue
Saint-GillM • ceMë dVtre
accessible aux navires*
Rhône, et surtout près de ceux qui sont devenus qun .^m produit les plus petits, ou qui se sont même oblitérés to- J«pi"^e
Al -1- cnaogements.
talement, qu'il s'est produit le plus de changements. Ges changements ont été quelquefois assez considérables pour rendre la contrée méconnaissable.
Ainsi , c( à ne juger que par l'état où les choses sont aujourd'hui , on aurait peine à se persuader que le bourg de Saint- Gilles ait été autrefois un port considérable ; cependant l'histoire en fournit des preuves incontestables.... D'un côté, l'embouchure du petit bras du Rhône qui passe près de Saint- Gilles, offrait une entrée facile aux vais3eaux, même d'assez haut bord ; et de l'autre, le lit de ce fleuve donnait une retraite sûre à ceux qui étaient déjà entrés; on abordait ensuite sur la rive gauche, vis-À-vis du lieu de Saint-Gilles, à l'endroit qui est encore connu à présent sous le nom du porL Ainsi, le port de Saint-Gilles ressemblait au port de Bordeaux, au port de Rouen ^ et généralement à tous les ports des villes bâties près de l'embouchure des grandes rivières. Ce port fut extrêmement fréquenté pendant les ii.* et 12.^ siècles. Une foule de grands personnages, notamment le pape Calixte II, y débarquèrent ou s'y embarquèrent, et Louis VII, dit
584 BOUCBK
le Jeune, y vint mettre pied à terre en 1 1 48 à son retour de Syrie * '
On ne saurait douter que Saint-Gilles n'ait été dès lors éloigné de la mer; car remplacement d'Aigues- MorteSy qui en est plus rapproché de 122 kilomètres, et très-probablement aussi celui des Sainles-Maries, qui n'est qu'à 600 mètres de la plage, étaient alors AigMi^BfortM habités depuis longtemps. Cette dernière yille a été "^J 'jadis elle-même un |>ort florissant; mais quoiqu'elle soit proprement bâtie, l'air y est si malsain, et son commerce a tellement dépéri, qu'elle est dépeuplée au point que la plupart de ses rues sont couyerles de gazons. "2
Ce changement résulte des progrès continuels que font aux alentours d'Aigues-Mortes les atterrissements du Rhône : fait très-connu, mais qu'on présente souvent sous un faux jour. On répète dans tous les éléments de géologie que la ville d Ligues-Mortes, autrefois connue par son port de mer^ est aujourdhui éloignée de la mer de plus d'une lieue. Il est certain, en effet, qu'Aiguës - Mortes est à plus d'une lieue de la plage et que les vaisseaux n'y peuvent aborder aujourd'hui, tandis qu'elle a été autrefois un port de mer. S. Louis s'y embarqua pour ses deux croi- L. plage sades; mais on a mal interprété ce fait, lorsqu'on "«.uV!^lt' en a conclu que, depuis l'époque de S. Louis, la d'Aigo«-Mort« mer s'était retirée depuis Aigues-Mortes jusqu'à la •^«t ohhuté. plage actuelle. Il y a exagération ; c'est seulement
1. Astruc, Mémoires pour l'histoire naturelle du Languedoc, page 532.
2. Gensanne , Histoire naturelle du Languedoc , 1. 1.^^ p. 150
DU J^IHÔNE. 385
le chenal , conduisant d'Aigues-Mortes à la mer, qui s'est oblitéré.
Si la plage qui se trouve devant Aigues-Mortes s'était retirée d une lieue depuis le temps des croisades, ses changements de position suivraient une marche bien irrégulière ; car elle devrait être restée station- Dàire depuis le règne de Charlemagne jusqu'à celui de S. Louis. En effet, l'emplacement d' Aigues-Mortes était déjà du domaine de la terre et susceptible de défense du temps du premier de ces monarques. Astruc , dans ses Mémoires pour servir à l'histoire rarturelle du Languedoc, cherchant à remonter à l'origine de cette ville, dit en propres termes que Hûtoire du pon «sous l'empire de Charlemagne il n'y avait qu'une ^^^d^J^^""*'* tour (la tour de Matafèré) , à l'endroit où est aujour- ^*»"ï«°»»§«' dliui la ville d'Aigues-Morles.... Il s'y forma dans la sittîte, ajoute-t-il , un village avec un port, que S. Louis fit entourer de murailles. C'était alors le meilleur port qu'il y eût sur la Méditerranée.^^'
crDeux motifs, suivant le même auteur, engagèrent S. Louis à établir dans le i3.® siècle un port à Aigues-Mortes : le désir de faciliter aux pèlerins et aux croisés le voyage de la Terre sainte, où l'on continuait d'aller en foule, et l'envie d'avoir un port sur la mer Méditerranée, où il n'en avait aucun; <^r celui de Saint Gilles appartenait au comte de Toulouse.... Pour exécuter ce dessein, S. Louis commença par acquérir, en 1 248, de l'abbé et de l'abbaye de Psàlmody, un endroit de la côte de Languedoc, entre le Vidourle et la brassière du Rhône, qui était