VINGT-DEUXIÈME LEÇON
Sommaire Propriétés de la salive parotidienne. — Comment il faut s’y prendre pour introduire des tubes dans le conduit parotidien. — Disposition anatomique des parties chez le cheval et le chien. — Propriétés des salives ainsi obtenues.— Elles diffèrent avec les diverses espèces et quel- " quefois chez divers individus de la même espèce. — Explication dè cette contradiction apparente. — Caractère intermittent de la sécrétion. — Des différentes manières de l’exciter. — L’affinité élective des glandes salivaires démontrée par différentes expériences. — Toutes les substances peuvent passer dans la salive lorsqu’elles ont été introduites en suffisante quantité dans le sang. — Du pouvoir absorbant de la surface interne des glandes. — Sa disparition pendant le cours de la sécrétion.
Messieurs,
Ainsi que nous l’avons dit dans la dernière leçon, les glandes salivaires sont le premier objet sur lequel nous allons attirer votre attention en commençant la partie expérimentale de ce cours relative à l’appareil digestif.
La salive est sécrétée par trois glandes principales, dont les fonctions réclament une étude spéciale dans chaque cas particulier. Chacune d’elles, en effet, a son usage propre et, lorsque son action vient à être interrompue, elle ne peut être suppléée par les autres.
Comme pour chaque glande une opération chirurgicale spéciale est nécessaire à l’effet d’obtenir à l’état de pureté parfaite le liquide qu’elle produit, il est selon moi indispensable que je vous expose les notions anato-
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iniques précises, qui vous permettront de répéter vousmêmes l’expérience.
Chez le cheval, la glande parotide est située en partie au-dessous, en partie en avant de l’oreille externe (voy. fîg- 108 : les contours de la glande sont indiqués par une ligne pointillée). Les nombreux conduits qui émanent de ses lobules s’anastomosent successivement entre eux, de manière à constituer un tronc considérable, lequel, après s’être dirigé pendant un certain temps en bas, se relève de nouveau vers la bouche et
Fig. 108. — Canal excréteur de la parotide chez le cheval ; trajet de ce canal ; ses rapports avec les nerfs et vaisseaux faciaux.
pénètre dans la cavité buccale au niveau delà deuxième molaire. Il décrit ainsi une courbe (fig. 108) dont la concavité embrasse la branche montante de la mâchoire inférieure. Lorsqu’on ouvre ce tronc, il faut avoir bien soin d’éviter les vaisseaux et nerf faciaux qui le croisent.
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Pour ne pas léser ces organes importants, il faut se guider pendant l’opération sur le bord antérieur du masséter. Faites l’incision le long de son tiers inférieur, et vous arriverez immédiatement sur le conduit parotidien, précisément au point où il change de direction pour se porter vers la bouche (fig. 108). On peut impunément le diviser en ce point, pour y introduire un petit tube.
Celui dont nous allons nous servir ici est en argent et renferme un stylet (fig. 109), qui sert à le nettoyer lorsqu’il vient à s’obstruer, et qui rend son introduction plus facile. Le conduit excréteur est ensuite lié sur le tube, immédiatement au-dessus du point où il a été introduit.
Nous pratiquons ici l’expérience sur un animal vivant. Vous voyez qu’il ne s’échappe pas une seule goutte de salive au moment où le tube est introduit dans le canal de Sténon.
Le même procédé est applicable à la plupart des herbivores. Chez le lapin cependant les parties sont disposées tout différemment ; mais le canal de Sténon présente les mêmes rapports que
Fig. 109. — Sondes a let central (mandrin) pour les fistules salivaires.
Ces sondes (A, B, C) sont de divers calibres, pour servir aux divers animaux (chien, cheval, etc.) et aux diverses, glandes ; les petits cercles a, b, c représentent la coupe (le calibre) de ces glandes ou canules.
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chez le chien. 11 faut donc opérer comme chez ce dernier.
Le canal parotidien du chien traverse les culaires du masséter et
s’ouvrir dans la bouche au niveau de la deuxième molaire. Pour faire la même opération que tout à l’heure, il faut sentir le bord inférieur de l’arcade zygomatique et le suivre de son extrémité postérieure à son extrémité antérieure. On découvrira ainsi une petite dépression qui correspond au point où le conduit pénètre dans la bouche. Faites une incision transversale en ce point, et vous le trouverez facilement; mais auparavant il faut disséquer avec soin les vaisseaux et nerf faciaux qui passent en avant, et les écarter ensuite avec une sonde courbe. Le conduit apparaît immédiatement au-dessous : il ne reste plus qu’à l’ouvrir et à y plonger un tube.
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Nous pratiquons ici l’expérience sur un chien de moyenne taille. Au moment où le conduit est ouvert l’animal pousse quelques cris plaintifs. Cela prouve que le conduit parotidien est quelquefois doué de sensibilité bien que le contraire«ait lieu le plus souvent.
Vous voyez, Messieurs, qu’il ne sort pas en ce moment une seule goutte de salive du tube ; c’est qu’en effet ce liquide n’est généralement sécrété que pendant la mastication et la déglutition, ou bien sous l’impression d’une vive douleur ou d’une saveur énergique. Vous savez parfaitement que certaines influences morales peuvent aussi exciter cette sécrétion ; le fait est bien établi pour l’homme et peut être également vérifié chez les animaux inférieurs. Le cheval sur lequel je viens d’opérer devant vous n’a pas mangé depuis plusieurs heures. La simple vue des aliments va provoquer immédiatement une abondante sécrétion. Nous faisons apporter une botte de foin : l’animal témoigne une grande excitation, et un jet de salive s’écoule du tube.
Les acides toutefois sont, de tous les agents, les plus puissants à exciter les glandes salivaires. Berzelius avait déjà remarqué, il y a quelques années, que les sécrétions alcalines étaient excitées par les substances acides, et vice versa; or, la salive étant une sécrétion alcaline peut être produite par l’action des acides sur les nerfs gustatifs, tandis que les alcalins demeurent relativement sans action sur elle.
Nous pratiquons l’expérience sur un chien, dans le conduit parotidien duquel on a préalablement introduit un tube. On verse quelques gouttes de. vinaigre dans la
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bouche de l’animal, et l’on voit aussitôt la salive s’écouler goutte à goutte par le tube. On remplace ensuite le vinaigre par une solution alcaline, et l’on n’obtient aucun résultat appréciable.
Examinons maintenant la salive que nous avons recueillie chez ces deux animaux. Chez le chien, comme vous le voyez, c’est un liquide limpide, incolore, d’une réaction fortement alcaline.
Mais il n’en est pas toujours ainsi. Nous trouvons, en effet, dans le grand ouvrage de Tiedemann et Gmelin, sur les liquides digestifs, qu’après avoir divisé le conduit parotidien d’un chien et avoir plongé son extrémité dans un petit flacon de verre, ils ont recueilli dix grammes d’un liquide visqueux, ressemblant beaucoup à première vue à l’albumine. Telles seraient, suivant ces observateurs, les propriétés caractéristiques de la sécrétion parotidienne. Leur conclusion, vous le voyez, diffère absolument de celle à laquelle nous venons d’arriver, et'Si vous répétiez l’expérience sur dix ou douze animaux, vous auriez probablement une ou deux fois le même résultat.
Comment expliquer cette contradiction apparente? La raison en est dans une disposition anatomique spéciale. Il arrive quelquefois qu’avant de s’ouvrir dans la bouche, le canal de Sténon reçoit l’anastomose des canaux excréteurs de deux ou trois petites glandes mucipares ( a fig. 111), qui mélangent ainsi leur propre sécrétion au liquide parotidien. Rien n’est plus facile à démontrer que cela. Il suffit , chez les animaux qui présentent cette conformation, d’ouvrir le canal
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au-dessus du point où il est rejoint par ces conduits accessoires, et vous obtiendrez la sécrétion normale et pure de la glande, telle que nous venons de vous la
Fig. 111. — Glande parotidienne (a, a ) du chien, et glandes mueipares {a’, a") qui s’abouchent parfois dans le canal parotidien (6,6).
montrer. Cette disposition anatomique, qui est exceptionnelle chez le chien, est au contraire normale chez l’homme.
Notre salive parotidienne , au moment qu’elle se déverse dans la bouche, jouit donc toujours d’un certain degré de viscosité. De tous les animaux, c’est le chien qui, sous ce rapport, se rapproche le plus de notre propre organisation.
Quant à la salive recueillie chez le cheval, vous voyez qu’elle offre au contraire une apparence visqueuse; comme celle du chien, elle a une réaction fortement alcaline; mais la chaleur et l’acide nitrique en précipitent une substance albumineuse, laquelle paraît spéciale à la race chevaline, bien que sa composition chimique n’ait pas encore été exactement reconnue.
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Examinons maintenant quelques-uns des caractères les plus importants de la sécrétion en elle-même, en dehors de la nature du liquide sécrété.
Lorsqu on a introduit un tube dans le conduit parotidien sur un animal vivant (fîg. 112 et 113) , on constate facilement que la salive ne s’écoule que par
fl, canal de Sténon dans lequel est engagé le tube e ; 6, branche du nerf facial ; c, artère faciale ; f . g, h, détails du robinet et de l’ajutage du petit sac qui reçoit la salive du
— Fistule parotidienne chez le cheval, pour recueillir la .salive.
intervalles. Chez le cheval, qui en émet des quantités prodigieuses pendant la mastication, la sécrétion cesse brusquement de temps à autre, et cela alors même que la mastication continue. La raison de ce singulier phénomène est longtemps demeurée incertaine : nous savons maintenant que la glande placée du côté de la bouche où a lieu la mastication suffit presque
113. — Fistule parotidienne chez le chien. (Lettres comme dans la figure 112.)
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entièrement à T insalivation des aliments; quand donc ainsi que cela a été pratiqué sur l’animal que vous avez sous les yeux, on a placé un tube dans les deux conduits, il est clair que, pendant la mastication, les deux parotides entrent alternativement en action ; pendant que l’une sécrète, l’autre est au repos. Le cheval sur lequel nous avons opéré est en train en ce moment de satisfaire sa faim; et vous voyez que la salive, bien qu’abondante, ne s’écoule que d’un seul côté à la fois.
A l’état normal, la composition chimique de la salive, pour une même glande, demeure invariablement la même.: elle peut cependant renfermer accidentellement des substances étrangères,, Nous saisissons avec empressement cette occasion de vous montrer, dans tout son jour, l’action élective des glandes : la sécrétion que nous étudions en ce moment offre un exemple remarquable de cette singulière propriété. Parmi les différentes substances introduites dans le sang, nous en trouvons qui passent presque instantanément dans la salive; l’iode et ses divers composés jouissent de cette propriété. D’autres substances n’y pénètrent qu’avec la plus grande difficulté : les sels de fer appartiennent pour la plupart à cette dernière classe. Une expérience directe va vous permettre d’en juger par vous-mêmes. Nous ouvrons la veine crurale d’un chien et nous introduisons dans le vaisseau l’extrémité d’une petite seringue. Par cette seringue, nous injectons une certaine quantité (cinq centimètres cubes) d’une solution au centième de prussiate jaune de potasse, en même temps qu’une quantité égale d’une solution semblable d’iodure de po-