‹ Leçons de la physiologie opératoireChapitre 112 sur 152 · INNERVATION DES GLANDES SALIVAIRES · texte numérisé non relu

INNERVATION DES GLANDES SALIVAIRES

Après avoir isolé avec soin le nerf sur un animal vivant, nous l’avons divisé dans le but de constater les effets de la galvanisation de son bout périphérique. Les résultats que nous avons obtenus ainsi sont frappants; on voit survenir une sécrétion abondante, et le sang veineux devient d’un rouge vif, phénomène que l’on observe invariablement quand les glandes sont à l’état d’activité, et que nous retrouverons en étudiant l’histoire de la sécrétion sous-maxillaire. Les nerfs qui président à cette dernière sécrétion possèdent un degré de sensibilité beaucoup plus grand que les filets moteurs de la parotide. L’action d’un courant électrique donné exerce une influence beaucoup plus considérable sur la corde du tympan que sur son congénère. Il est facile de démontrer cette différence remarquable au moyen de l’appareil de Du Bois-Reymond, qui permet de mesurer l’intensité des courants galvaniques. En fait, pour produire des effets égaux sur les deux glandes, il faut agir sur le nerf de la parotide avec un courant dont la force est représentée par dix-sept divisions de l’instrument, tandis que la force du courant nécessaire pour agir sur la corde du tympan serait représentée par vingt-sept divisions. La différence est ainsi bien marquée.

On obtient des résultats tout à fait analogues en versant de l’eau vinaigrée sur la langue d’un animal, après avoir placé des tubes dans les deux'conduits excréteurs. On voit alors la sécrétion sous-maxillaire commencer sous une influence qui ne produit pas le moindre effet sur la parotide. Il ne faudrait pas cependant

APPAREIL DIGESTIF

supposer que la corde du tympan est douée, si je puis m’exprimer ainsi, d’une affinité élective pour le fluide électrique. Non, tous les excitants possèdent, à un égal degré, le pouvoir d’impressionner davantage ce nerf que son congénère. Un phénomène analogue s’observe dans les différents groupes musculaires qui servent à la locomotion. Et vous savez qu’en règle générale, en ce qui concerne l’influence des agents extérieurs, les organes diffèrent considérablement les uns des autres. L’action des agents thérapeutiques et des poisons nous en donne chaque jour de nouvelles preuves.

Mais nous sommes en possession d’une série de moyens propres à modifier, augmenter ou diminuer à volonté cette sensibilité relative. Si, par exemple, après avoir divisé le grand sympathique d’un seul côté, nous galvanisons la corde du tympan, nous constaterons que la glande soustraite à l’influence nerveuse du grand sympathique devient beaucoup plus sensible à l’action du fluide galvanique que celle du côté opposé. A l’appui de ces expériences, nous pourrions nous reporter à un grand nombre de faits bien connus qui prouvent combien la sensibilité est accrue par la section du sympathique, comme le démontre l’élévation de la température dans les organes qui ont été soumis à ce genre de mutilation. Si vous divisez, d’un côté, les filets sympathiques qui vont se distribuer au globe oculaire, vous constaterez bientôt une notable hyperesthésie de la conjonctive correspondante. Pourquoi donc serions-nous surpris de l’antagonisme qui existe entre le grand sympathique et les nerfs moteurs qui président à la sécrétion?

INNERVATION DES GLANDES SALIVAIRES 537 Ne savous-nous pas que le sympathique fait contracter les vaisseaux, tandis que les nerfs attachés à la sécrétion ont précisément un effet contraire? Tel est le cas de la glande parotide.

Les effets qui résultent de la section du grand sympathique ne contredisent en aucune manière ce que nous vous avons dit de la sensibilité des deux glandes parotide et sous-maxillaire. Nous allons vous en donner la preuve expérimentale. Voici un chien : ainsi que vous le voyez, nous avons placé un tube dans le canal de Sténon et un autre dans le canal de Wharton ; nous avons isolé le nerf moteur de la parotide, et aussi la corde du tympan qui préside à la sécrétion sous-maxillaire. Après avoir divisé ces deux nerfs, nous allons maintenant procéder à la galvanisation de leurs bouts périphériques. Comme l’appareil que nous employons nous permet de comparer les différents degrés de la force employée dans chaque expérience, il ne nous sera pas difficile de nous rendre compte de la somme relative de sensibilité qui appartient aux deux glandes.

Nous pratiquons l’expérience dans les conditions susindiquées. Vous voyez qu’on emploie d'abord un courant très-faible : presque immédiatement un écoulement salivaire a lieu par le tube fixé au canal de Wharton, tandis que la parotide n’est, à aucun degré, influencée. Ce n’est qu’après avoir graduellement et considérablement accru la force du courant, que l’on voit quelques gouttes sortir du tube fixé au canal de Sténon.

Nous allons maintenant, messieurs, vous montrer les effets de la section du grand sympathique.

APPAREIL DIGESTIF

Après avoir divisé ce nerf sur le même animal, nous galvaniserons de nouveau la corde du tympan. Un courant beaucoup plus faible que ceux employés dans les expériences précédentes détermine presque instantanément un écoulement de salive.

Nous en arrivons donc encore à la conclusion précédemment formulée, mais cette fois par la méthode expérimentale. Cette conclusion la voici :

Il existe deux classes de nerfs destinés aux glandes. Les uns viennent du grand sympathique, qui préside à la contraction de leurs vaisseaux et diminue leurs sécrétions. Les autres tirent leur origine des principales branches motrices qui se ramifient dans leur voisinage immédiat; ils sont destinés à dilater les vaisseaux, et produisent un écoulement abondant d’un liquide aqueux plus ou moins chargé des matériaux ordinaires qui caractérisent les sécrétions dans chaqu e cas particulier.

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