VINGT-SIXIÈME LEÇON
Sommaire : Expériences sur les fonctions de l’œsophage. — Effets de la section du pneumogastrique sur cette partie du tube digestif. — Conclusions erronées que l’on a tirées de ces résultats. — L’opération n’abolit aucune des sensations en rapport avec le travail de la digestion. — Explications rationnelles des effets produits par une constriction du cardia. — Facilité de la démonstration chez les animaux porteurs d’une fistule gastrique. — La constriction disparaît après un court espace de temps. — Expériences sur le bol alimentaire. — De la quantité de salive qui imprègne les aliments. — Expériences sur la déglutition. — Effets produits par la division complète du nerf œsophagien.
De P estomac. — Des fistules gastriques. — Des animaux qui conviennent à l’opération. — Diverses manières de procéder. — Description de la méthode de M. Blondlot. — Modifications introduites par M. Cl. Bernard. — Modifications apportées plus récemment par M. Blondlot lui-même. — Démonstrations expérimentales.
MESSIEUB.S,
Après avoir terminé maintenant la série des expériences qui se rapportent à la sécrétion salivaire, nous allons poursuivre l’étude des fonctions digestives, en nous plaçant, nous l’avons dit, au point de vue de la physiologie pratique.
Si, ainsi que cela est notre intention, nous suivons un ordre strictement anatomique, la première portion du tube digestif que nous rencontrons après la bouche, c’est l’œsophage. Les fonctions de cette partie du canal alimentaire ne présentent pas un champ très-étendu aux investigations, et n’ont pas été 1 objet d un grand
nombre d’expériences. Nous verrons cependant que cette question n’est pas absolument stérile.
Les relations anatomiques intimes des pneumogastriques avec l’œsophage ont naturellement suggéré l’idée d’examiner les effets physiologiques que la section de ces nerfs pouvait produire sur les fonctions digestives. On a dit que cette opération abolissait entièrement les sensations de faim et de satiété, de vacuité et de réplétion de l’estomac.
En fait, les animaux témoignent en général de la répugnance pour les aliments dans ces circonstances, et quand ils consentent à prendre de la nourriture, on voit apparaître presque immédiatement des symptômes de suffocation. On a soutenu alors qu’étant également incapables de percevoir les effets du jeûne, et de sentir que les besoins de la nature étaient satisfaits, leur indifférence d’une part, leur voracité de l’autre étaient les causes réelles des accidents observés. Mais l’expérience, sous plusieurs rapports, n’a pas été convenablement contrôlée.
Après avoir pratiqué une fistule stomacale chez un chien, en vue d’examiner la sécrétion du suc gastrique, j’ai été amené à sectionner les pneumogastriques, dans le but de déterminer si l’ingestion des aliments produisait ses effets stimulants ordinaires sur les glandes de l’estomac, alors que celles-ci sont en partie dépourvues de l’influence nerveuse. Après avoir introduit les aliments par la bouche, je fus fortement surpris de ne pas les voir apparaître dans l’estomac : ils s’accumulaient au-dessus du cardia, et, après avoir rempli peu à peu