EXPÉRIENCES SOR L OESOPHAGE
dessous de l’ouverture, on voit les aliments s’échapper sous forme de petites masses séparées. Si au contraire on coupe l’œsophage, les aliments ingérés apparaissent sous la forme d’une masse continue dont les portions inférieures sont poussées par les portions supérieures. En d'autres termes, la contraction œsophagienne s’exerce dans le premier cas, tandis que dans le second l’impulsion dérive uniquement du pharynx. La conclusion naturelle à tirer de là, c’est que les contractions œsophagiennes ne peuvent plus se produire quand il n’y a plus de points fixes d’insertion aux deux extrémités du conduit membraneux. En effet, sous tous les autres rapports, les conditions de la seconde expérience sont exactement les memes que celles de la première, et les nerfs de l’extrémité supérieure du conduit n’ont pas été intéressés.
Nous allons maintenant commencer une étude des plus importantes et des plus intéressantes. Les expériences pratiquées dans ces dernières années sur l’estomac doivent être rangées parmi les plus remarquables qui figurent dans les annales de la science. Leurs résultats ont fait faire un progrès extraordinaire à la physiologie. Le succès qui a, sous ce rapport, couronné les efforts des observateurs, est dû principalement à l’idée éminemment ingénieuse de pratiquer des ouvertures artificielles à l’estomac. C’est ainsi que nous avons pu constater les propriétés réelles du suc gastrique, et contempler de visu la marche naturelle de la digestion stomacale.
APPAREIL DIGESTIF
On a produit des fistules gastriques chez un grand nombre d’animaux appartenant à différentes espèces. Cependant il en est quelques-uns qui sont tout à fait impropres à cette opération, et cela pour diverses raisons. Pour pratiquer l’expérience dans les circonstances les plus favorables, on doit choisir un animal dont l’estomac est large, facilement dilatable, et en même temps assez rapproché de la paroi abdominale. C’est pour cela que l’opération devient tout à fait impossible chez certains animaux. Le cheval, par exemple, a l’estomac petit et profondément situé, outre que l’organisation particulière de l’espèce chevaline donne relativement peu d’importance aux fonctions de cet organe. Non-seulemenfses dimensions sont insignifiantes, mais les glandes gastriques n’occupent qu’une très-petite portion de sa surface, sa partie gauche étant entièrement recouverte par des couches épaisses d’un épithélium dur, qui se continue avec celui de l’œsophage. Il est également difficile, et pour les mêmes causes, de produire des fistules gastriques chez les oiseaux pourvus d’un gésier. Mais l’expérience réussit admirablement chez ceux d’entre eux qui sont munis d’un estomac musculeux, le corbeau, par exemple, et tous les oiseaux de proie. Il serait inutile de pratiquer l’opération chez le lapin, dont l’estomac n’est jamais vide, alors même que cet animal meurt de faim : on ne pourrait jamais obtenir chez lui du suc gastrique pur, non mélangé. Beaucoup d’autres animaux domestiques doivent être éliminés pour des raisons à peu près identiques. Pour que l’opération s’effectue avec un plein succès, il faut que l’ani-
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mal choisi offre les plus grandes facilités à la partie chirurgicale de l’expérience, et qu'il soit doué d’une sécrétion abondante de suc gastrique pur. Par suite, le chien est 1 animal qui remplit le mieux les conditions requises : c’est lui que l’on emploie généralement.
C’est a M. Blondlot que revient l’honneur d’avoir conçu la première idée de cette opération. Voici le procédé imaginé par cet habile observateur :
L’animal étant couché sur le dos et solidement attaché, on fait sur la ligne blanche une incision s’étendant de l’appendice xiphoïde à la symphyse pubienne. On saisit alors l’estomac avec une pince et on l’attire en avant. On passe ensuite à travers les parois de l’estomac un fil d’argent que l’on enroule autour d’un obturateur de bois placé, en dehors de l’abdomen. Cette première partiede l’opération une fois terminée, on laisse l’animal en repos pendant quelques jours. Lorsqu’au bout d’un temps suffisant les parois stomacales ont contracté des adhérences avec l’ouverture abdominale, on ouvre la face antérieure de cet organe avec le bistouri, et l’on y introduit une canule.
Dans mes propres expériences, j’ai trouvé plus commode de modifier le manuel opératoire de la manière suivante: On provoque d’abord une dilatation de l’estomac, en laissant l’animal manger copieusement une heure ou deux avant l’opération. On fait alors une incision qui comprend à la fois la paroi abdominale et la face antérieure de l’estomac distendu qui est venu s’accoler à elle. On introduit sur-le-champ la canule et, par quelques points de suture, on réunit la plaie abdominale
à l’ouverture gastrique. L’opération réussit presque toujours, et au bout de deux jours on peut commencer sans crainte les expériences sur la digestion.
M. Blondlot a publié récemment une modification de son procédé, qui permet à l’opérateur de se passer de canule. Il arrive parfois que les lèvres de la plaie s’enflamment et que la présence de l’instrument occasionne une irritation douloureuse qui rend son ablation nécessaire : si on ne le retire pas, les parties voisines peuvent se gangrener. Dans mes expériences,. je me suis mis à l’abri de cet inconvénient en me servant d’une canule double, ce qui me permet d’en substituer une plus petite à la première, lorsqu’elle est trop grosse.
M. Blondlot a adopté une méthode différente. Après avoir ouvert l’abdomen, il provoque une inflammation adhésive qui réunit la face antérieure de l’estomac aux lèvres de la plaie. Il fait alors avaler à l’animal une mèche de fil à emballage, dont l’une des extrémités reste pendante en dehors delà bouche. Avec une pince, il saisit l’autre extrémité dans la cavité gastrique préalablement ouverte. Il attache alors un obturateur à l’extrémité supérieure; puis, tirant la mèche à travers la plaie, il fait passer cet obturateur par l’œsophage, jusque dansl’estomac, dont il ferme complètement l’ouverture. De cette manière on peut, à volonté, fermer la fistule en tirant à soi l’obturateur, ou la rouvrir en le repoussant en arrière.
Pratiquement, cette méthode paraît offrir des difficultés considérables.
Nous continuerons donc, de préférence à ce nouveau