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HUITIÈME LEÇON

Sommais E : Contention physiologique des animaux. — Emploi des alcaloïdes de l’opium. — Comment il faut tenir compte, dans l’interprétation des expériences, des effets propres aux agents de contention. — Emploi de l’éther et du chloroforme. — Du chloral. — Muselières pour l’anesthésie du chien. — Éthérisation du lapin, du chat. — Bocal pour l’éthérisation des animaux de petite taille. — Anesthésie par l’eau chaude. — Combinaison du chloroforme et de la morphine. — Emploi du curare. — Avantages de l’emploi du curare. — Anesthésie par compression du cerveau. — Appréciation générale des moyens de contention.

Messieurs,

Nous donnons le nom de moyens contentifs physiologiques aux substances anesthésiques ou stupéfiantes que l’on emploie pour éteindre la sensibilité ou le mouvement chez les animaux que Ton soumet aux vivisections.

Aujourd’hui les moyens de contention physiologique que nous possédons et que nous allons passer en revue sont au nombre de trois principaux. Ce sont : 1° l’ opium; 2° Y éther ou le chloroforme , ou le chloral ; 3° le curare. Nous y ajouterons la contention par la compression cérébrale , laquelle, quoique usitée dans un petit nombre de cas seulement, peut cependant rendre encore de réels services.

1° De l'opium. — Nous avons fait ailleurs l’histoire de l’opium et de ses alcaloïdes (1) ; nous ne devons exa-

(I) Voy. Leçons sur les anesthésiques et l’asphyxie. Paris, 1875.

miner ici ces composés qu’au point de vue de leur emploi comme moyens de contention ; à ce point de vue il faut renoncera se servir de l’opium brut, car il renferme six alcaloïdes , dont les effets ne sont pas du même ordre et amèneraient même en partie des résultats opposés. Nous avons montré en effet que de ces six alcaloïdes trois seulement sont hypnotiques ou anesthésiques, et par suite contentifs : ce sont la morphine, la narcéine <à t la codéine. Les trois autres (narcotine, papavérine, thébaïne) ne sont pas narcotiques ; ils ont même, et surtout la thébaïne, une action excitante, convulsivante très-toxique. C’est pour cette raison que l’opium luimême, quirenferme cettesubstance, estplus toxique que la morphine pure, qui cependant est plus active comme hypnotique.

Nous ferons usage de la morphine pour nos expériences. Cette préférence nous est dictée parce que la morphine estplus abondante et plus facile à se procurer que tous les autres alcaloïdes de l’opium ; elle est moins chère, et on la trouve dans le commerce à l’état de pureté. La narcéine, qui nous a donné d’excellents résultats, est au contraire rare et même introuvable aujourd’hui, et il nous a été impossible de nous en procurer de bien véritable après celle qui nous avait servi pour nos premières recherches sur l’opium. La codéine n’a aucun avantage, en physiologie, sur la morphine; au contraire, elle agit moins énergiquement.

Quand nous emploierons la morphine, c’est toujours de la morphine à l’état de sel le plus usuel, c’est-à-dire du chlorhydrate. Nous employons ce sel à l’état de

solution dans l’eau distillée; exemple : une solution renfermant 5 centigrammes de chlorhydrate de morphine pour 1 centimètre cube d’eau. Yoici la formule dont nous faisons usage : nous dissolvons un gramme de chlorhydrate de morphine dans 20 centimètres cubes d’eau. On injecte au moins 1 centimètre cube de la solution : en général de 1 à 5 selon la taille et selon l’âge du chien; plus l’animal est jeune, plus il est sensible; les chiennes sont aussi peut-être plus sensibles que les chiens. Nous sommes dès lors en possession d’un excellent moyen de contention, dont nous allons étudier les effets, les indications, ainsi que les moyens de s’en servir.

Mais ici se présente une question générale que nous ne pouvons pas tarder plus longtemps à nous poser. Les animaux soumis à ces moyens de contention sont-ils dans un état physiologique? Les résultats que nous obtiendrons dans ces circonstances sont-ils légitimes et peuvent-ils être considérés comme des résultats normaux ?

Sans doute l’action de l’agent, quel qu’il soit, dont nous avons fait usage, cette action, quelle qu’elle soit, s’est portée sur certains éléments anatomiques; elle a modifié momentanément leurspropriétés, et l’on peut dire, à ce point de vue, que l’animal en question n’est pas dans un état normal. Mais qu’est-ce que l’état normal? Où trouver un animal qu’on puisse considérer comme présentant un état normal typique, idéal? Quand l’animal n’est soumis à l’action d’aucun agent, peut-on dire qu’il est à l’état normal? Non, sans doute. Si l’on a affaire à un animal à jeun ou à un animal en pleine

digestion, les conditions ne sont plus les mêmes et les résultats seront complètement différents. Si, par exemple, l’expérience a pour but d’extraire du sang de çet animal, d’en examiner la composition ou même simplement la quantité, lequel de ces deux animaux (à jeun ou en digestion) était à l’état normal ? Ni l’un ni l’autre, ou si l’on veut tous les deux. C’est que ce que l’on appelle l’état normal est une pure conception de l’esprit, une forme typique idéale artificiellement dégagée des mille divergences entre lesquelles flotte incessamment l’organisme au milieu de. ses fonctions alternatives et intermittentes. Il serait donc absurde de se perdre dans la recherche d’un état qui n’existe pas, qui ne saurait exister. Celse avait déjà fait remarquer qu’un animal sur lequel on opère n’est jamais à l’état normal. Si on ne Je soumet à aucun agent, mais si seulement il se débat, s’agite, il n’est pas plus à l’état normal que s’il est soumis à un agent de contention. Celse se servait de cët argument pour chercher à démontrer que les vivisections n’ont aucune rigueur, et par suite aucune valeur scientifique. Cuvier lui-même, pénétré de ce desideratum d’un état normal imaginaire et impossible à réaliser, Cuvier repoussa les expériences au début de sa carrière, et voulait qu’on étudiât la physiologie par l’anatomie comparée, qu’on arrivât à déduire la fonction de l’organe de l’étude de son développement et de sa prépondérance dans la série animale.

Nous sommes loin, on le sait, de partager cette opinion. Nous pensons que l’expérimentation, malgré des difficultés sans nombre, peut être ramenée à des condi-

tions fixes et exemptes de eauses d’erreur. Pour nous, tout animal est à tout instant dans des conditions particulières qui l’écartent, dans un sens ou dans un autre, du prétendu état normal; le tout est de déterminer exactement ces conditions, de tenir compte des circonstances. A l’époque où nous étudiions le sang veineux des glandes et où nous faisions remarquer que le sang veineux qui revient du rein est rouge comme du sang artériel, nous entreprîmes de nombreuses analyses pour déterminer la quantité d’oxygène contenu dans ce sang des veines rénales Or, nous arrivâmes parfois à ce résultat absurde, que le sang qui sort du rein contiendrait plus d’oxygène que le sang artériel qui y arrive. Cependant ce résultat était positif ; il ne pouvait être absurde en lui-même, il s’agissait d’en saisir les circonstances. Une analyse attentive de nos expériences nous en rendit bientôt compte. Nous prenions d’abord le sang delà veine, nous l’analysions, et nous laissions par suite écouler un certain temps avant d’aller puiser du sang dans l’artère. Or, pendant cet intervalle, et par suite même de la première saignée, l’animal s’était épuisé, son sang artériel était devenu, d’une manière générale, plus pauvre en oxygène*, il ne pouvait plus à ce moment être comparé à un sang veineux pris antérieurement sur l’animal plein de vigueur. Il fallait donc faire simplement que les circonstances fussent identiques et pour la saignée veineuse et pour la saignée artérielle.

Si nous sommes obligés de tenir compte de circonstances aussi délicates sur un animal qui n’a subi l’action d’aucun agent, nos expériences seront tout aussi

154 CONTENTION DES ANTMÀUX.

légitimes sur un animal auquel on aura administré un anesthésique, pourvu que nous sachions tenir compte des circonstances nouvelles créées par l’action de celuici. Par suite de ces circonstances, chacun des moyens de contention physiologique aura ses indications spéciales que, disons-le dès maintenant, nous aurons soin de signaler exactement. Par suite encore, aucun de ces moyens ne sera à recommander d’une manière générale et absolue; chacun aura ses inconvénients et ses avantages dans tel ou tel cas et pour telles ou telles raisons que nous saurons spécifier. C’est ainsi que l’opium, arrêtant les sécrétions, ne pourra être mis en usage lorsqu’il s’agira d’étudier les fonctions des glandes; le curare, agissant sur le système nerveux, nous voilerait un trop grand nombre des propriétés de ce système s’il était mis en usage comme moyen de contention lorsque nos expériences portent sur les centres ou sur les parties nerveuses périphériques. Nous donnerons donc, pour chacun des agents en question, ce qu’on appelle en thérapeutique ses indications et ses contre-indications.

Emploi de l’opium (morphine). — Le chlorhydrate de morphine s’administre le plus souvent sous forme d'injection ; celle-ci peut se faire dans le tissu cellulaire sous-cutané, ou dans la plèvre, ou même dans le poumon. Nous rejetons l’injection dans les veines, parce que dans ce cas on produit toujours un peu d’agitation, on amène des évacuations alvines souvent sanguinolentes, ce qui prouve qu’on produit dans ce cas une excitation qui est tout à fait étrangère à la stupéfaction

que l’on cherche à obtenir. D’autre part, lorsque l’injection se fait dans les veines, l’ effet contentif dure moins que lorsque la pénétration a lieu par une autre voie ; c’est que l’élimination du poison est alors plus rapide. La plèvre est un excellent lieu d’injection ; c’est là que Magendie faisait toujours pénétrer de préférence les agents dont il voulait étudier l’action ; on n’a pour cela qu’à perforer un espace intercostal avec le trocart de la seringue. L’injection dans le poumon nous a aussi donné d’excellents résultats ; l’agent passe ainsi immédiatement dans le système artériel et va tout de suite impressionner les éléments anatomiques sur lesquels il porte spécialement son action.

La dose que nous employons d’ordinaire est de 5 centigrammes, mais on peut donner au chien, sans aucun danger, une dose plus forte et même double de morphine, pourvu que ce sel soit bien pur. L’animal reste encore sensible : en touchant la cornée on provoque l’occlusion des paupières ; mais il est très-calme et se prête sans réaction aux opérations les plus délicates. Placé à terre, le chien peut encore se mouvoir, marcher, aller se cacher ; placé dans la gouttière à vivisection, il y demeure immobile et stupéfié ; jamais il ne cherche à mordre, quelque opération qu’on lui fasse subir; il sent la douleur, mais il a pour ainsi dire perdu l’idée de la défense. Aussi ce moyen de contention est-il excellent pour les opérations que l’on doit faire dans la cavité buccale.

Le chien est l’animal le plus facile à stupéfier par la morphine, et comme c’est sur lui que le physiologiste

expérimente le plus souvent, nous avons donc dans le principe de l’opium un des plus précieux moyens de contention.

Après les avantages, il nous faut énumérer les inconvénients de l’opium.

Il faut d’abord savoir que l’animal s’habitue singulièrement à cet agent et arrive à une tolérance trèsgrande, et qui, du reste, n’a rien qui nous étonne après les exemples semblables et bien connus que nous présente l’histoire des mangeurs d’opium. Le lendemain du jour où un chien a été soumis à l’action de la morphine, il faut presque une dose double pour amener les mêmes effets que la veille. Cette accoutumance persiste longtemps, alors même qu’on interrompt quelques jours l’administration de l’opium ; il faut purger les animaux pour les soustraire à l’influence de la morphine absorbée antérieurement et leur rendre leur sensibilité primitive à cet agent.

Il faut encore ne pas oublier que la morphine arrête les sécrétions, que par suite elle arrête la digestion ; ce moyen de contention n’est donc pas à recommander pour l’étude des fonctions digestives.

Au milieu de la stupeur produite par la morphine, les animaux sont encore très-excitables par certaines impressions: ils tressaillent vivement quand on produit un bruit subit, un choc. C’est une excitabilité particulière qu’on remarque non-seulement chez le chien, mais encore sur une grenouille : en frappant vivement du pied le sol du laboratoire, en faisant vibrer par un choc brusque la planche ou la table sur laquelle repose l’ani-

mal, on le voit subitement sursauter, pour retomber aussitôt dans son calme habituel.

La morphine peut être employée à peu près avec les mêmes avantages sur les différents mammifères; elle réussit également sur les oiseaux ; mais c’est sur le chien, nous l’avons dit, qu’elle réussit le mieux, et c’est pour cet animal qu’elle est surtout indispensable.

De ï éther et du chloroforme (soit seuls, soit associés à l’opium). — L’anesthésie par l’éther ou le chloroforme était inconnue des anciens expérimentateurs comme des anciens chirurgiens. Nous avons fait ailleurs l’historique de la découverte de ces anesthésiques; rappelons seulement que ce n’est qu’à partir de 1848 que l’anesthésie par l’éther est devenue pratique et d’un usage assez répandu (d’abord en Amérique, Jackson et le dentiste Morton); puis est venu l’usage du chloroforme (Simpson d’Edimbourg), sans que toutefois ce dernier anesthésique remplaçât partout lepremier : ainsi les chirurgiens de Lyon sont restés fidèles à l’éther, dont ils considèrent l’usage comme plus sûr que celui du chloroforme.

Nous avons commencé nos travaux de physiologie à une époque où l’on n’employait pas les anesthésiques ; puis esi venu l’éther, puis le chloroforme. Nous avons donc pu comparer successivement, au point de vue des vivisections, les inconvénients et les avantages qui résultent de ces diverses manières d’expérimenter. Enfin nous avons combiné le chloroforme avec l’opium, et nous croyons avoir réalisé ainsi le plus complet des procédés d’anesthésie physiologique.

Le chloroforme est un agent plus actif que l’éther, mais en même temps plus dangereux; il anesthésie plUs vite; mais, chez certains animaux délicats, il amène plus facilement des accidents et la mort par syncope ou par asphyxie (1). Les vétérinaires préfèrent généralement l’usage de l’éther. En physiologie expérimentale, ces deux agents doivent être conservés, mais employés l’un de préférence à l’autre selon la taille des animaux, selon leur susceptibilité, et selon les conditions particulières que nous préciserons en temps et lieu. Mais, d’une manière générale, on peut dire que l’éther convient pour les oiseaux, pour les lapins et pour les petits animaux, tels que les souris, les rats. Le chloroforme, au contraire-, convient pour les chiens, les chats, pour les chevaux, etc., etc. En effet, l’éther agit trop lentement sur ces derniers animaux, et il ne donne que rarement des effets assez complets. Par contre, le lapin, et en général les rongeurs utilisés en physiologie, est très-sensible au chloroforme, et il est très-facile de dépasser la dose que supportent ces animaux.

On a beaucoup parlé dans ces derniers temps de l’emploi du chloral en chirurgie ; on a attribué l’action de cet anesthésique, pris à l’intérieur, à ce qu’il se décomposerait dans l’organisme et donnerait naissance à du chloroforme. Le chloral agirait donc, en dernière analyse, par le chloroforme qui se produit grâce au dédoublement qui a lieu en présence des milieux alcalins. S’il en est ainsi, il est probable que le chloral combiné avec la morphine devrait produire des effets

(1) Leçons sur les anesthésiques. Paris, 1875. — Physiologie générale.

identiques à ceux que nous étudierons bientôt. Nous avons fait de nombreuses expériences dans ce sens et jamais nous n’avons obtenu ce résultat : ainsi l'excitabilité particulière au choc, au bruit subit qui caractérise la stupeur produite par la morphine, cette excitabilité n’a jamais disparu par l’administration du ehloral. Ce résultat est donc contraire à l’hypothèse que le ehloral agit en donnant naissance à du chloroforme, car ce dernier agent, quand on le combine à la morphine, produit toujours les effets indiqués, de quelque manière qu’on l’administre à l’animal, aussi bien quand on l’injecte sous la peau que quand on le fait absorber par la voie pulmonaire.

Ainsi le ehloral ne nous sera d’aucune utilité au point de vue des vivisections.

Nous ne saurions nous occuper ici de la théorie des anesthésiques : cette question a été. longuement traitée dans nos leçons sur les anesthésiques. Le point de vue pratique auquel nous nous plaçons ici demande que nous examinions plus particulièrement les manœuvres employées pour produire l’anesthésie, c’est-à-dire pour administrer les agents anesthésiques.

Pour administrer ces anesthésiques et particulièrement le chloroforme, nous nous servons, pour le chien, d’une muselière en forme de cône tronqué (fig. 33); l’extrémité de cette muselière reçoit une petite boîte grillée (#), dans laquelle on place une éponge (fig. 33, nos 1 , 2) imbibée de chloroforme. Il est donc très-facile, en introduisant ou en enlevant cette petite boîte, de commencer et d’interrompre à volonté l’administration de

temps qu’il ne le fait quand il a déjà été 'soumis à l’action delà morphine (voy. plus loin).

l’anesthésique. Au début de l’anesthésie, on voitl’ani-

Fig. 34. — Autres formes de muselière pour l’anesthésie du chien.

4, parties en cuir ou drap épais embrassant exactement la forme du museau ; 2 et 3, parties métalliques, avec boîte (3) comme ci-dessus.

Fig. 33. — Muselière pour l’anesthésie du chien : n° 1, la muselière est appliquée à l’animal ; ne 2, son extrémité est vue en coupe. b, corps de la muselière ; d, prolongement portant le lien qui sert à la fixer ; a, boîte destinée à recevoir l’éponge imbibée de chloroforme. (Le détail de cette partie, figuré à part, montre que cette boîte se compose de deux parties, l’une ( a ’) qui fait corps avec la muselière, l’autre (a) mobile et qui' peut être enlevée à volonté

mal s’agiter assez vivement,

Il arrive souvent, si l’on donne tout d’abord une trop grande quantité de chloroforme, que l’animal soit

comme sidéré par la trop grande abondance des vapeurs qu’il respire. On peut alors, si le cœur bat encore, et souvent il bat d’une façon imperceptible, rappeler l’animal à la vie en l’excitant énergiquement, par exemple en lui injectant, à l’aide d’une seringue, de l’eau dans le nez avec une certaine violence. On rétablit ainsi les mouvements respiratoires arrêtés. L’application de l’électricité peut aussi rendre alors de grands services; c’est un moyen auquel les chirurgiens ont recours en pareil cas et dont les expériences de Jobert de Lamballe ont démontré l’efficacité.

Pour chloroformer les grands animaux, on se sert d’appareils analogues à celui que nous venpns d’indiquer pour le chien. Ainsi les vétérinaires appliquent sur le museau du cheval un sac qui rappelle tout à fait la muselière précédente et dont Gourdon nous .donne le dessin dans sa Chirurgie vétérinaire .

cl. Bernard. — Physiol. opér.

On peut éthériser des lapins en injectant sous la peau du dos 4 ou 5 centimètres cubes d’éther. L’animal est éthérisé pendant plusieurs heures et ne meurt pas ordinairement à la suite de l’opération.

Si l’on injecte seulement 2 centimètres cubes d’éther, l’animal n’éprouve pas d’effets sensibles d’éthérisation.

Chez le chien on n’obtient pas l’éthérisation par le même procédé, et il y a ensuite une inflammation, une mortification du tissu cellulaire.

Pour anesthésier le lapin , on place cet animal dans un grand bocal avec une éponge imbibée de chloroforme, ou mieux d’éther (fig. 36) . On voit, de même

Fig. 36. — Bocal pour anesthésiser. le lapin ou le chat.

A, A, couvercle en bois, percé à son centre d’un orifice que ferme la cheville B, à laquelle est suspendue une éponge C. (C’est sur cette éponge qu’on verse l’éther ou le chloroforme par l’orifice du couvercle.)

que chez le chien, se produire d’abord une grande agitation. Il y a souvent émission des urines, des matières fécales, puis l’animal tombe dans le sommeil.

Nous anesthésions les oiseaux en les plaçant sous une cloche. Ici il faut très-peu de chloroforme : le petit

animal est bien vite pris et une plus grande absorption de vapeurs deviendrait bientôt mortelle. Mais aussi l’animal, remis à l’air libre, revient bientôt à lui-même et il faut le replacer dans la cloche pour maintenir l’anesthésie.

On peut dire en général que, plus l’animal est de petite taille, plus vite il est anesthésié, mais aussi plus vite il revient à lui -même. 11 faut aussi tenir compte de l’activité des phénomènes de l’organisme et du degré que l’animal occupe dans l’échelle des êtres; à ce point de vue l’oiseau présente toutes les conditions d’une apparition et d’une disparition rapide de l’anesthésie.

L’anesthésie chloroformique peut aussi être produite sur les grenouilles ; à cet effet nous employons deux moyens :

1° Nous les plaçons sous une cloche ou dans un bocal au milieu de vapeurs de chloroforme, comme l’oiseau ou le lapin ;

2° Nous les plaçons dans de l’eau chloroformée, c’està-dire qui contient du chloroforme en dissolution. L’eau dissout, en effet, une certaine quantité de chloroforme; quand elle en est saturée, en agitant vivement un mélange des deux liquides, on a même une solution trop concentrée pour servir à ce genre d’expériences, et l’on ne s’en sert qu’en la coupant avec de l’eau ordinaire.

On prépare et on emploie de même de l’eau éthérisée. On plonge alors la grenouille dans ces liquides, et au bout de peu d’instants on peut l’en retirer complètement insensible.

Nous devons rapprocher de ce procédé celui dont

nous avons fait usage maintes fois et qui présente une grande simplicité ; nous voulons parler de l’anesthésie des grenouilles au moyen de Veau chaude. En été, lorsqu’on tient longtemps un de ces batraciens dans sa main pour lui faire subir une opération, on est souvent étonné de voir l’animal devenu immobile et comme mort ; il est simplement anesthésié. L’observation de ce fait nous a amené à rechercher l’action de l’immersion dans l’eau chaude, et nous avons reconnu qu’en plongeant l’animal dans de l’eau à 35 ou 37 degrés (au maximum), on le voit s'anesthésier absolument comme s’il avait été plongé dans de l’eau chloroformée. L’immersion dans l’eau froide suffit pour faire disparaître presque aussitôt cette anesthésie .

Dans l’action anesthésique du chloroforme ou de l’éther, ce sont les nerfs sensitifs qui sont atteints, et cela depuis leur périphérie jusque vers les centres, car c’est là la marche progressive que suit l’anesthésie. Cet élément nerveux est détruit progressivement au point de vue de ses fonctions, et c’est dans le même ordre, mais en sens inverse, que ses propriétés lui reviennent, c’est-à-dire d’abord au niveau des centres, puis successivement vers la périphérie. — En est-il de même de l’anesthésie par l’eau chaude ? Nos expériences nous permettent d’affirmer que le fait est le même dans les deux cas, et c’est ce qui nous autorise à rapprocher cette anesthésie de celle produite par le chloroforme. Nous avons constaté que, dans l’anesthésie par l’eau chaude, le système nerveux sensitif se trouve complètement et seul détruit ; les muscles et les nerfs moteurs ont con-

servé leurs propriétés et réagissent encore sous l’influence des excitations expérimentales. Si les mouvements réflexes sont impossibles, cela est dû simplement à la perte de la sensibilité. — Nous devions insister sur ces faits, puisqu’ils différencient complètement, au point de vue de leur mode d’action, les moyens de contention que nous venons d’étudier d’avec celui qui doit nous occuper maintenant, d’avec le curare. Pour compléter l’analogie entre l’anesthésie par le chloroforme et l’anesthésie par l’eau chaude, indiquons encore qu’au commencement de l’action de ce dernier agent on observe des mouvements d’agitation comme au début de l’action des anesthésiques précédents.

Enfin remarquons ce fait singulier que le froid engourdit les animaux à sang froid ; la chaleur produit le même effet par le mécanisme particulier que nous venons d’étudier. Cette action analogue, cette propriété semblable des deux points extrêmes de la température ambiante sur les animaux à température variable, est propre à ces animaux : on n’observe rien de ce genre sur les animaux à température constante.

2° Du chloroforme combiné à la morphine. — En combinant l’action du chloroforme à celle de la morphine on obtientdes animauxbien plus faciles encore à manier. La combinaison de ces deux anesthésiques avait été faite comme par hasard sur l’homme par un chirurgien allemand ; nous fûmes amenés à diriger nos expériences dans cette direction par la circonstance suivante : Un chien avait été chloroformé; on avait cessé l’administration du chloroforme, et, comme il sortait du sommeil

chloroformique, on lui fit une injection de morphine : à notre grand étonnement nous vîmes reparaître l’anesthésie chloroformique. Il est évident que la morphine avait mis l’organisme dans des conditions telles, qu’il était plus sensible au chloroforme ; ce n'est que dans ce sens que nous pouvons nous expliquer l’effet de l’association de ces deux agents. Tous les poisons produisent les symptômes qui leur sont propres lorsqu’ils se trouvent dans le sang à dose suffisante pour agir; puis, à mesure qu’ils sont éliminés, ces mêmes symptômes disparaissent au moment où ils ne sont plus dans le sang à la dose active. Mais cette dose varie avec les circonstances : la morphine rend l’organisme plus sensible au chloroforme, et un animal qui n’était plus sensible à la faible dose de chloroforme contenu dans son sang, s’y trouve, dès qu’il a reçu de l’opium, assez sensible pour retomber dans l’anesthésie dont il venait de sortir.

En pratique, nous donnons la morphine d’abord et le chloroforme ensuite. Si, à un chien stupéfié par l’injection de morphine, nous faisons respirer les vapeurs du chloroforme, nous voyons l’animal s’agiter un peu, ainsi du reste que cela se produit toutes les fois qu’on administre le chloroforme ; mais cette agitation est infiniment courte : à peine l’animal a-t-il respiré une quantité très-petite des vapeurs de chloroforme, qu’il tombe dans l’anesthésie la plus complète. L’inertie qu’il présente alors est des plus frappantes; la stupeur de la morphine., jointe à l’anesthésie du chloroforme, en fait une masse qui ne rappelle plus en rien l’animal vivant :

c’est uh cadavre sans rigidité cadavérique; c’est un corps mou et sans résistance, un véritable chiffon, sur lequel on peut se livrer aux expériences les plus longues et les plus laborieuses. Et cependant la vie se continue dans cette masse inerte ; la respiration s’effectue spontanément, et c’est là un grand avantage sur le curare que nous étudierons bientôt, qui nous donne des animaux également très-maniables, mais qui nous force à entretenir chez eux la respiration artificielle.

La combinaison du chloroforme et de la morphine permet la contention des animaux les plus rebelles ; nous en avons eu un exemple frappant dans notre laboratoire : Un chien, malgré une injection de morphine, n’avait éprouvé aucun phénomène de somnolence ; il était agité, furieux et insaisissable ; l’inspiration d’un peu de chloroforme le réduisit immédiatement à l’état que nous avons décrit plus haut. Ainsi un animal qui paraît rebelle à l’action delà morphine, ne peut échapper à celle de la morphine et du chloroforme combinés.

S’il a fallu fort peu de chloroforme pour produire ces résultats chez un animal qui a absorbé de la morphine, il faut dire aussi que cet état ne dure que peu de temps : le chien sort bientôt de cette inertie suprême, pour se retrouver seulement dans la stupeur de la morphine ; mais l’administration d’une faible dose, nous pouvons dire de quelques traces de vapeurs de chloroforme, suffit pour le replonger dans l’état que nous venons de décrire.

Dans cet état, le chien est admirablement propre à

subir des opérations des plus délicates et qui seraient impraticables, ou du moins fort difficiles, dans toute autre circonstance. C’est alors surtout qu’on peut pratiquer toutes sortes de sections sur les parties profondes de la gueule, aller agir sur les nerfs du goût, sur la corde du tympan, en un mot, se livrer aux dissections les plus minutieuses sur les nerfs de la langue et de la profondeur de l’isthme du gosier.

Mais il ne faut pas oublier que, dans cet état, les particularités que nous avons signalées pour la morphine en général se retrouvent tout 'entières : les sécrétions sont arrêtées, la production de salive est rare ou nulle ; cet état serait donc mal choisi pour entreprendre des expériences sur la sécrétion salivaire, comme sur toute autre sécrétion du tube digestif.

3° Du curare comme moyen de contention. — Le curare est aujourd’hui employé comme moyen de contention dans un grand nombre d’expériences ; il est peu d’observations où l’on ne commence par avertir le lecteur que l’on a agi sur un chien curarisé , par exemple.

Cependant le curare est peu connu de sa nature; apporté de l’Amérique duSud, il est emprunté aux sauvages, qui s’en servent comme poison de flèche pour la chasse et pour les combats. Nous avons retracé ailleurs (1) d’une manière complète tout ce que nous savons de positif sur cet agent. Nous ne pouvons que répéter aujourd’hui qu’il est impossible de décider

(1) Claude Bernard, Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses. Paris, 1857. — La science expérimentale : le curare, 2e édition. Paris, 1878.

exactement de la nature de ce poison, que les sauvages fabriquent en secret, qu’ils échangent, et qui finalement se trouve aujourd’hui dans le commerce. Mais comme les Indiens paraissent en abandonner peu à peu la préparation, il est à craindre que la recette se perde, et qu’un jour nous nous voyions privés de ce précieux moyen d’expérimentation physiologique.

En tout cas, ce produit paraît être une sorte d’extrait qui, sè desséchant, se présente sous la forme de petits fragments noirâtres, comme des morceaux de jus de réglisse. Preyer en a extrait un alcaloïde, la cur aviné, mais cet alcaloïde ne cristallise pas, sa constitution n’est pas bien nette, et son emploi ne présenterait aucun avantage sur celui du curare en nature. Celui-ci donne avec l’eau une dissolution de couleur sale ; filtrée, cette dissolution redevient bientôt légèrement trouble, parce que certaines substances se précipitent : c’est qu’en effet le curare renferme un mélange irrégulier de produits bizarres, superstitieusement empruntés au règne animal et au règne végétal.

Nous nous servons d’une dissolution renfermant 1 centigramme de curare pour 1 centimètre cube d’eau.

Il y a plus de vingt ans que nous avons montré que le curare paralyse le mouvement en respectant la sensibilité ; c’est même cette expérience qui trancha la question si longtemps controversée de X irritabilité hallérienne. Le muscle continuant à être irritable, quoique le nerf moteur eût perdu toute excitabilité, grâce à l’action du curare, jusque vers ses extrémités les plus périphé-

riques, il est désormais évident que cette irritabilité appartient bien en propre au muscle lui-même. — On pensa alors à se servir du curare pour enchaîner les animaux pendant les opérations : on pourrait ainsi agir sur des animaux dont toutes les facultés seraient conservées, moins celles des nerfs moteurs. C’est ce que l’on obtient en effet, mais à des degrés variables, selon la dose administrée.

1° Si l’on ne curarise qu’incomplétement l’animal, on voit se paralyser tout d’abord les nerfs moteurs les plus volontaires, c’est-à-dire ceux des membres et du larynx : l’animal tombe sur le flanc, dans l’impossibilité d’émettre aucun cri; puis les paupières ellesmêmes ne peuvent plus se mouvoir sous l’influence des oxcitations portées sur la cornée; le facial est à son tour paralysé. Mais l’innervation des muscles inspirateurs et expirateurs n’est pas interrompue, et la respiration continue à se faire spontanément. Pour obtenir ce degré d’intoxication, il faut donner 2 milligrammes de curare par kilogramme de l’animal.

Quand l’animal revient à lui, les symptômes disparaissent dans un ordre fixe : de même que sa paralysie a débuté par le train postérieur, puis qu’elle s’est étendue au train antérieur et finalement à la face, de même elle disparaît d’abord de la face, puis du train antérieur, et occupe en dernier lieu le train postérieur. C’est que, lorsqu’une partie est plus sensible à l’action d un agent toxique, elle en éprouve les effets dès que 1 organisme a absorbé de cet agent une quantité suffisante pour agir sur elle, alors que les autres parties de

l’économie n’éprouvent encore aucun effet; de même, lorsque le poison s’élimine, par un mécanisme sur lequel nous reviendrons, il peut exercer encore son action sur les parties qui y sont le plus sensibles , alors que les autres sont déjà revenues à leur état normal.

2° Sous l’influence d’une dose un peu plus forte que la précédente, on voit la paralysie s’étendre bien plus loin. Après la paralysie de la face, on voit les mouvements de la respiration cesser à leur tour, et l’animal meurt asphyxié, s’il est abandonné dans cet état. C’est alors que l’on met en usage la respiration artificielle ; l’insufflation régulière de l’air dans la trachée dilate le poumon et la cage thoracique, entretient l’hématose, et par suite les battements du cœur et la circulation. L’animal vit, quoiqu’il présente toutes les apparences d’un cadavre; toutes ses fonctions continuent à s’exécuter, et au bout d’un temps plus ou moins long, selon la dose de curare mise en usage, le poison étant éliminé, on voit revenir les mouvements respiratoires spontanés. On cesse alors la respiration artificielle, mais il faut encore laisser en place la sonde introduite dans la trachée, parce que les muscles du larynx sont encore paralysés, ainsi que la langue, et que, sans cette précaution, l’animal périrait par occlusion de l’orifice laryngien.

Nous avons donc dans le curare un nouvel et précieux moyen de contention à employer en physiologie. Nous avons vu qu’on peut calculer exactement d’avance les effets que l’on veut produire. Il faut cependant savoir que tous les curares n’ont pas la même énergie, et que l’indication d’une solution titrée d’une manière générale

manquerait d’une rigueur absolue : quelques tâtonnements devront servir à fixer les idées sur la force de tout nouveau curare mis en usage; mais on voit en somme, par les deux exemples typiques que nous avons donnés plus haut, que, ces notions une fois acquises, il est facile de manier cet agent avec une grande précision.

On peut curariser non-seulement le chien et le lapin, niais encore la grenouille et l’oiseau. Les oiseaux sont singulièrement sensibles à cet agent et tombent paralysés immédiatement après l’avoir reçu. Ce résultat devait être prévu, puisque nous savons que les sauvages se servent de flèches empoisonnées de curare pour la chasse, et surtout pour la chasse des oiseaux. Quand l’animal blessé prend son vol, l’empoisonnement ri’en est que plus rapide, l’exercice activant la circulation et par suite l’absorption du poison : aussi l’oiseau ne tardet-il pas à tomber avant que le chasseur l’ait perdu de vue. Il en est de même des mammifères ; un sanglier blessé par une flèche empoisonnée tombe avant d’avoir fait quatre-vingts pas.

Le curare peut être pris, jusqu’à certaines doses, par les voies digestives, sans produire aucun des accidents précédents. Nous avions même fait autrefois dans ce sens une expérience curieuse et démonstrative : un chien, porteur d’une fistule gastrique, reçoit des aliments imprégnés de curare, il n’en éprouve aucun inconvénient; mais en faisant plonger par sa fistule un instrument dans le contenu stomacal, et en piquant ensuite un autre chien avec cet instrument, nous amenions rapidement la mort de ce dernier. Cette expé-

rience prouvait de plus que le curare n’est point uu poison d’origine animale, un venin qui serait détruit par les sucs digestifs. Tout porte à croire, au contraire, que son élément essentiellement actif est d’origine végétale. S’il n’agit pas lorsqu’il passe par les voies digestives, c’est que dans ce cas son absorption est très-lente, si lente qu’il se trouve éliminé au fur et à mesure.

Nous cherchons donc, pour administrer le curare, une voie d’absorption sûre et rapide : à cet effet nous le donnons en injection, et, comme le tissu musculaire, ainsi que nous le verrons, est un lieu très-propre à l’absorption, nous faisons l’injection dans un muscle. Afin de nous placer toujours dans des circonstances identiques, nous avons l’habitude de faire cette injection dans les muscles de la jambe, dans les gastrocnémiens.

Les grenouilles ainsi empoisonnées sont éminemment aptes à démontrer le mode d’action du curare. L’animal semble mort, cependant son coeur bat; bien plus, l’animal sent toutes les excitations qui peuvent porter sur lui, car ses nerfs sensitifs ont conservé toutes leurs fonctions, tandis que les moteurs seuls sont paralysés. On peut alors démontrer : 1° que les nerfs moteurs étant paralysés, c’est-à-dire inexcitables, les muscles n’en ont pas moins conservé leur excitabilité propre; 2° que si l’on met une partie du corps de l’animal à l’abri de l’empoisonnement en y arrêtant la circulation , des mouvements réactionnels pourront se produire dans cette partie sous l’influence d’excitations portées sur les régions empoisonnées, ce qui prouve que le poison n’a pas

atteint les nerfs sensitifs. A cet effet, on lie l’aorte d’une grenouille de manière à préserver le train postérieur, puis on injecte du curare sous la peau du train antérieur. Ce dernier paraît bientôt comme mort; mais si on le pique, on voit que l’exitation est transmise et sentie, car elle donne lieu à des mouvements des pattes de derrière. — Cet animal, placé dans l’eau, nage, mais en s’aidant seulement des pattes de derrière. Dans l’obscurité il se dirige vers la lumière, toujours par le même mécanisme , preuve que , malgré l’action du curare sur son train antérieur, il a conservé la sensation de la lumière en même temps que son intelligence et son instinct.

Le curare présente, sur les moyens de contention précédemment étudiés, cet avantage qu’avec lui il n’y a pas d’accoutumance ; il ne s’emmagasine pas dans l’organisme, et son action ne s’y accumule pas : nous avons déjà vu que, si l’absorption est très-lente, comme lorsqu’elle a lieu par la muqueuse intestinale, l’élimination qui se fait au fur et à mesure suffit pour rendre impossible toute action toxique.

Nous avons essayé de la combinaison du curare et des autres moyens de contention, comme nous avions fait de la morphine et du chloroforme; mais ici nous ne trouvons que peu ou pas d’avantages à opérer cette association. Si à un animal auquel on a donné de la morphine nous injectons du curare, nous observons chez lui les effets bien distincts des deux agents : l’animal est stupéfié et excitable aux bruits, aux chocs brusques (effets de l’opium); mais en même temps il ne peut plus

se tenir sur ses pattes, ni marcher ; il présente de petites contractions musculaires partielles, de légères convulsions, comme on en observe toujours au début de l’action du curare. — Le seul fait remarquable et peut-être utile, c’est que l’adjonction de la morphine rend plus durable l’action du curare, en même temps qu’elle en retarde tout d’abord l’effet; c’est que la morphine arrête les sécrétions , ralentit la circulation , tandis que le curare est diurétique et, par cela même, hâte lui-même sa propre élimination; la morphine produit précisément les effets inverses, et, par suite, retarde et prolonge l’action du curare en rendant plus lents et son entrée et son départ de l’organisme.

4° Compression du cerveau comme moym de contention. — L’état comateux dans lequel tombent les blessés lorsque les hémisphères cérébraux sont soumis à la compression, soit par un débris osseux, soit directement par la main du chirurgien, devait nous faire penser à immobiliser les animaux en expériences ën agissant mécaniquement sur leur encéphale. A cet effet, on applique une couronne de trépan sur la partie supérieure de la voûte crânienne. Il est très-facile, après avoir fortement saisi le museau de l’animal pour fixer la tête, d’appliquer une tréphine sur le crâne, et, après quelques mouvements de rotation, d’enlever une couronne osseuse. Les membranes cérébrales sont intactes au-dessous de l’ouverture; l’hémorrhagie est peu considérable. On introduit alors une éponge ou un bouchon de caoutchouc, en un mot un corps élastique et d’une résistance moyenne, de manière à pouvoir, par l’appli-

cation d’un bandage, maintenir une compression suffisante. L’animal tombe aussitôt dans un état comateux complet. Il est bon de pouvoir augmenter graduellement la compression, sans quoi l’animal se réveille et revient à lui. Il faut, de plus, avoir soin d’opérer sur un animal à jeun, pour éviter les vomissements qui accompagneraient toujours une semblable opération.

Ce procédé très-simple nous offre un animal complètement immobile , privé de moyens de défense, et propre à toutes les expériences. C’est donc un procédé dont on pourra faire usage lorsque l’on veut opérer sans donner à l’animal aucune substance médicamenteuse ou toxique.

Appréciation générale des moyens de contention. — Nous voyons, par les études qui précèdent, que nous sommes en possession d’un certain nombre de moyens de contention, entre lesquels nous aurons à choisir, selon les circonstances. 11 nous faut donc passer en revue les raisons qui devront, d’une manière générale, guider notre choix.

Nous avons vu que chacun des agents précédemment étudiés agit plus spécialement sur un système : la morphine sur le système nerveux sensitif; le curare sur le système nerveux moteur; la compression cérébrale sur le système nerveux central. En somme, tous ces moyens agissent sur le système nerveux. Nous pouvons donc déjà poser en règle générale qu’il ne faudra mettre en usage aucun de ces moyens pendant des expériences sur les propriétés du système nerveux. Aussi est-il malheureusement fort probable qu’il y aura beaucoup à revenir

APPRÉCIATION DES MOYENS DE CONTENTION. 177 sur les résultats fournis pr nombreuses expé¬

riences entreprises de tous côtes su. des animaux curarisés. C’est ainsi que des expérimentateurs sont arrivés à des résultats inverses en étudiant l’influence du pneumogastrique sur le cœur ou bien celle d’un nerf sur la sécrétion d’une glande. L’animal ayant été curarisé, n’oublions pas que, selon la dose, cet agent produit des actions très-diverses dans leurs degrés, et que tel observateur pourra constater un arrêt du cœur par excitation du pneumogastrique, tandis que tel autre n’observera plus cette action modératrice du nerf vague : c’est que ce dernier aura employé une dose de curare suffisante pour paralyser le pneumogastrique. Les contradictions qui se sont produites un instant entre nos expériences et celles de Kôlliker n’avaient pas d’autre cause. C’est encore ainsi que Yulpian niait l’action du curare sur les nerfs vaso-moteurs ; il reconnaît aujourd’hui que ces nerfs n’échappent pas à l’action que le curare exerce sur tous les nerfs moteurs ; seulement il faut une dose plus considérable pour amener cet effet.

Ce que nous venons de dire des divers moyens de contention peut à la rigueur s’appliquer en particulier à l’éther et au chloroforme. Mais ces deux anesthésiques présentent un grand avantage : c’est que leur action se dissipe très-vite, et qu’au bout de quelques instants on peut agir sur l’animal sans que l’anesthésie précédemment mise à profit influe en rien sur la valeur de l’expérience présente. Aussi l’éther et le chloroforme sont-ils précieux pour anesthésier les animaux pendant les opé-

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