CL. bernard. — Physiol. opér
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exemple, on Fa cautérisée vers le troisième jour, rien n’empêche la marche de l’infection générale, qui alors parvient à se manifester, vers le dixième jour, par une éruption de toute la surface cutanée. Cet exemple nous montre une fois de plus combien il est important de bien déterminer sur quel élément agit telle ou telle substance, afin d’être à même de disposer des circonstances qui nous permettront de provoquer plus rapidement cette action, en la portant directement sur l’élément en question.
Méthode hypodermique . — La méthode hypodermique, ou sous-cutanée proprement dite, est pour nous la plus importante : elle est pour ainsi dire connue de toute antiquité par les physiologistes; ce n’est qu’en médecine que son application générale est toute récente, et constitue un précieux progrès, qui demanderait d’être encore plus étendu ; car la thérapeutique, disposant de médicaments parfaitement purs, serait assurée alors d’obtenir l’absorption avec une régularité constante et absolue.
Ces injections se font dans le tissu cellulaire souscutané. Nous ne pouvons aller plus loin sans nous demander ce que c’estque ce tissu cellulaire sous-cutané. Comme on l’avait depuis longtemps soupçonné, et comme les recherches récentes de l’histologie tendent à le démontrer, ce tissu peut être identifié aux cavités séreuses : injecter dans les mailles du tissu cellulaire, c’est faire identiquement ce que faisait Magendie quand il injectait dans la cavité pleurale (voy. p. 191). Chez la grenouille même (fig. 59), le tissu cellulaire sous-cutané forme
de vastes cavités séreuses (dites sacs lymphatiques ) ; du reste, Ranviera démontré la parenté des cavités séreuses et des mailles du tissu cellulaire, qui communiquent avec les origines des lymphatiques. Aussi ce tissu absorbe-t-il
Fig. 59. — Disposition des sacs lymphatiques de la grenouille. (Cette figure montre en même temps la disposition à donner au mésentère de la grenouille pour y observer au microscope la circulation capillaire.)
A, A, lame de liège percée de l’ouverture 0; B, morceau de liège placé sur le côté de cette ouverture opposé au corps de la grenouille, pour établir le niveau; p, épingle fixant dans ce liège l’anse intestinale sortie de l’abdomen de l’animal; a, a’, sacs lymphatiques (dorsal et ventral) ; b, b’, idem (latéraux) ; c, c, c, cloisons incomplètes qui séparent ces sacs. — 1, colonne vertébrale et muscles ; 2, masse intestinale.
très-facilement les liquides, comme les gaz, surtout lorsqu’il est très-lâche, très-souple, comme celui du lapin. Car le tissu cellulaire n’est pas partout le même chez un même animal, ni identique chez les animaux les plus voisins : il est très-serré chez le chien. Dupuylren, frappé de la forme serrée du tissu cellulaire du périnée de l’homme, disait familièrement que c’était là du tissu cellulaire du chien. Chez le porc et chez les animaux pourvus de lard, c’est-à-dire d’un pannicule adipeux très-épais, l’absorption sous-cutanée est très-difficile à obtenir : c’est ce qui explique que ces animaux, comme par exemple le hérisson, aient été considérés comme
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réfractaires à certains virus, à la morsure des animaux venimeux, à l’acide prussique, etc. Ils n’y sont pas plus réfractaires que le chien; mais ces agents, introduits sous la peau, sont trop lentement absorbés pour parvenir à produire des effets toxiques, car ils sont éliminés à mesure.
Il faut donc ici, de même que pour toutes les autres opérations, tenir compte des particularités propres aux animaux en expérience : il faut savoir choisir les sujets favorables , et, sur un même sujet, les régions les plus avantageuses ; savoir tantôt porter sa préférence sur le tissu cellulaire, tantôt sur la plèvre, "tantôt sur la cavité péritonéale; savoir que, de même que pour la peau, un péritoine très-chargé de graisse est fort peu propre à l’absorption, etc.
Nous devons de plus ne pas oublier que les animaux présentent une aptitude bien différente à l’absorption selon qu’ils sont à jeun ou en digestion : cela se conçoit facilement, puisque, en dernière analyse, l’absorption se réduit à un phénomène d’osmose , et qu’après une copieuse digestion l’organisme, loin d’être favorable à l’osmose, présente plutôt des phénomènes généraux d’exosmose : les plèvres et les cavités séreuses, d’ordinaire sèches ou à peine humides, présentent toujours en ce moment une certaine quantité de liquide ; toutes les exsudations, toutes les sécrétions, se font plus abondamment.
Nous faisons donc en général nos injections : sur le lapin, dans une région quelconque du tégument, mais de préférence sur le ventre, où la peau présente la plus
grande laxité; sur le chien, nous choisissons le pli de l’aine ou de l’aisselle ; sur la grenouille, nous nous adressons aux sacs lymphatiques sous-cutanés, etc. , etc.
Malgré les rapports intimes des mailles du tissu cellulaire avec le système lymphatique, c’est surtout par les fines ramifications d’origine des veines que se fait l’absorption des substances injectées : on sait que Magendie s’est aitaché à démontrer le rôle prépondérant du système veineux dans l’absorption des substances toxiques ; la rapidité de l’empoisonnement rendrait du reste la plupart du temps inadmissible l’hypothèse de la pénétration du poison par les voies lymphatiques, où la circulation est si lente.
Du reste, nous pouvons pratiquer nos injections dans d’autres tissus cellulaires que celui qui double la peau, par exemple dans celui qui remplit les interstices des organes, dans celui qui sépare les éléments anatomiques d’un tissu plus complexe. Quand, par exemple, nous faisons une injection dans un muscle, comme nous l’avons dit plus haut pour le curare (voy. p. 174), ce n’est pas la fibre musculaire qui absorbe, mais le tissu cellulaire interfibrillaire. Dans ces cas, nous pouvons avoir à la fois, comme pour le vaccin, une action locale et une action générale. Ainsi le curare injecté dans un muscle produit une action locale très-rapide et trèsénergique sur le nerf moteur de ce muscle ; puis, porté vers les autres éléments moteurs par le torrent circulatoire, il produit plus lentement, et à un degré moins prononcé, son action générale.
Dans l’absorption hypodermique, il y a deux actes :
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celui par lequel la substance pénètre dans le sang, et celui par lequel elle est entraînée dans le torrent circulatoire. Ce double travail nous permet de régulariser artificiellement l’absorption. Si, par exemple, une dose trop forte de poison a été injectée sous la peau d’un membre, nous pouvons arrêter sa trop rapide diffusion dans l’organisme en liant la racine du membre de façon à comprimer les veines; le poison passe alors trèslentement dans le reste du corps, et en serrant et relâchant alternativement la ligature, nous pouvons modérer l’absorption de manière à sauver l’animal, en lui permettant d’éliminer au fur et à mesure une quantité de substance toxique qui, si elle avait brutalement envahi tout le système circulatoire, aurait amené fatalement la mort. Nous avons surtout montré ce fait à propos de l’absorption du curare.
L 'instrumentation nécessaire aux injections hypodermiques, et dont nous avons déjà dit quelques mots d’une manière générale, se compose essentiellement d’une seringue graduée. Dès longtemps nous nous servions d’une seringue avec graduations marquées sur la tige du piston; aujourd’hui nous préférons la seringue à vis, parce que le mouvement qu’elle présente esl une chose qui se gradue tout à fait mathématiquement (voy. fig. 42). Du reste, au moyen d’une petite pièce intermédiaire, d’un écrou que l’on visse ou dévisse, on peut rendre au piston sa liberté, et pousser alors une injection tout d’un trait et plus ou moins vite, si les circonstances exigent moins de précision que de rapidité.
11 est difficile de tenir toujours ses seringues en état : les pistons se sèchent et ne fonctionnent bientôt plus. On a donc songé à remplacer le corps de la seringue parune forte vessie ou poire de caoutchouc, et à construire ainsi un appareil qui représente en grand ce que tout le monde connaît sous le nom de compte-gouttes : c’est ce qu’on a appelé la seringue de Bourguignon. Mais il ne faut pas se faire illusion à ce sujet : la poire de caoutchouc, par un long repos, se sèche, se durcit et s’abîme comme le cuir des pistons. Ici la perfection est pour ainsi dire impossible ; il faut y suppléer par une surveillance attentive, une revue fréquente des instruments.
Fig. 00. — Injection hypodermique (: manuel opératoire), b, canule enfoncée à moitié dans un tissu cellulaire lâche ; d, canule enfoncée profondément dans un tissu cellulaire serré.
Le manuel opératoire d’une injection hypodermique n’est pas très-compliqué. On commence par saisir la
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peau en y fo'rmant un gros pli, afin de l’écarter des parties profondes sous-jacentes (fig. 60) ; puis, tenant l’instrument comme une plume à écrire, on l’introduit dans le tissu cellulaire, où l’on peut dès lors faire mouvoir son extrémité libre comme dans une cavité séreuse (fig. 60, b). Cette manœuvre est très-facile chez le lapin, dont la peau est si lâche; elle l’est moins chez le chien, et nous en avons déjà dit la raison. On peut alors enfoncer plus ou moins la canule (fig. 60, d).
Les substances que l’on injecte peuvent être des gaz, des liquides , ou même des solides (finement divisés et en suspension dans l’eau).
Supposons qu’on veuille injecter un gaz, par exemple simplement de \ air, et c’est là une expérience qui ne manque pas d’intérêt. On fait à la peau une piqûre trèsoblique, afin qu’en retirant la canule, l'air ne puisse pas s’échapper, et afin aussi que le tissu cellulaire soit traversé obliquement, ce qui permet une plus grande diffusion du gaz (fig. 60, b). A mesure que l’on injecte l’air, on voit l’animal se distendre : il se forme, par exemple sur le dos, une grande poche, circonscrite vers la racine des membres, car à ce niveau se trouvent des cloisons qui empêchent la communication entre les espaces sous-cutanés, absolument comme pour les sacs lymphatiques de la grenouille. L’animal n’est nullement gêné par ce ballonnement : il paraît plus volumineux, plus fort, et l’on sait du reste que des artifices de ce genre sont parfois mis frauduleusement en pratique pour donner aux animaux l’apparence factice de l’em-
bonpoint. Si l’iDjection est faite sur un lapin (fig. 61), il suffira de se servir de la seringue ou de la vessie; pour le chien, vu la résistance du tissu cellulaire, nous serons obligé d’avoir recours à un soufflet.
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gaz, et d’une petite pompe (B, fig. 61), qui puise le gaz dans cette vessie, et le refoule dans le tissu cellulaire sous -cutané de l’animal en expérience (voy. fig. 61).
Par une sorte d’échange respiratoire sous-cutané, l’animal absorbera de ces gaz ce qui est absorbable. Ainsi l’acide carbonique disparaît en moins d’une demiheure; il passe dans les veines, puis il est exhalé au niveau du poumon. L’oxygène est plus lentement absorbé. L’azote l’est très-peu et reste très-longtemps sous la peau ; de sorte que, quelques jours après une injection d’air, on ne trouve plus que de l’azote renfermé dans une cavité sous-cutanée, qui représente une véritable poche séreuse accidentelle,
Nous avons dit que l’acide carbonique absorbé est exhalé au niveau du poumon. Ce fait est général, et nous explique pourquoi les gaz sont rarement toxiques en injection sous-cutanée : après les avoir absorbés par les veines, l’organisme s’en débarrasse par la surface pulmonaire. Cependant il faut tenir compte des doses. Une très -faible quantité d’hydrogène sulfuré respirée par le poumon est fatalement toxique ; la même quantité ou une quantité plus considérable introduite sous la peau ne produit aucun effet, parce qu’elle s’élimine dans l’air expiré, ainsi qu’on peut le constater avec un papier mouillé d’acétate de plomb et que l’on tient près des narines de l’animal. Mais si l’on injecte sous la peau une quantité très- considérable d’hydrogène sulfuré, l’air pulmonaire en est saturé au point que l’animal se trouve dans les mêmes conditions que s’il res-
pirait au milieu de ce gaz; il devra donc périr, et c’est ce qu’on observe toutes les fois que sur un lapin, parexemple, on injecte plus de 5 centimètres cubes de gaz hydrogène sulfuré.
Les injections sous-cutanées de liquides sont trèsintéressantes pour l’étude de l’élimination des substances toxiques et médicamenteuses. A cet effet, on place, par exemple, une canule dans l’uretère mis à nu, de façon à recueillir l’urine goutte à goutte ; 2 centigrammes de cyanure jaune sont injectés sous la peau. Il suffit de quelques minutes pour voir apparaître ce sel dans l’urine, c’est-à-dire pour que l’adjonction d’un sel ferrique y donne naissance à du bleu de Prusse. Mais ce sel n’apparaît pas dans la salive. Si au contraire on injecte sous la peau de l’iodure de potassium, on le voit apparaître à la fois dans l’urine et dans la salive.
Mais les injections sous-cutanées sont surtout utiles pour étudier la manière et le temps au bout duquel les substances introduites sont absorbées. C’est par cette méthode que l’on a déterminé la durée de l’absorption du virus de la rage, absorption si rapide, d’après des expériences récentes, que cinq minutes après la morsure la cautérisation de la plaie ne serait plus d’aucune utilité. Enfin c’est encore à l’emploi de cette méthode que sont dus les résultats si importants obtenus par Chauveau au sujet de l’infection et de l’éruption générale après inoculation (ci-dessus, page 209). Nous voyons donc que la physiologie a beaucoup obtenu de l’emploi des injections liquides sous-cutanées, et qu’elle peut encore beaucoup espérer de cette méthode.