ET LYMPHATIQUE
Il ne peut entrer dans notre plan de donner une description, même sommaire, de l’appareil circulatoire. Nous rappellerons seulement son type général, pour nous borner ensuite à quelques indications spéciales sur les dispositions particulières qu’il présente chez les animaux qui sont le plus souvent 1 objet de nos vivisections.
Rappelons donc que, chez l’homme, le ventricule droit donne naissance à un gros vaisseau (aorte), dont les ramifications (artères) s’étendent dans toutes les parties du corps pour y porter le sang rouge, ou sang artériel .
Que, d’autre part, l’oreillette droite reçoit deux veines, les veines caves , qui apportent tout le sang qui &servi à la nutrition ( sang veineux ou sang noir).
Cet ensemble (artères et veines), réuni par les capillaires généraux, forme ce que l’on appelle le cercle de la grande circulation : c’est sur ce cercle, généralement accessible à nos investigations directes, que portent le plus souvent nos expériences, tant sur les artères que sur les veines ou les capillaires.
Mais pour aller de l’oreillette droite vers le ventricule gauche, le sang parcourt un cercle analogue au précédent : car il est formé d’une artère (artère pulmonaire)
qui le conduit vers le poumon, d’un système de capillaires (capillaires pulmonaires) qui le met à même d’accomplir ses échanges avec l’air extérieur, et enfin d’un ensemble de veines (veines pulmonaires) qui le rapportent à l’oreillette et par suite au ventricule gauche. Ce second cercle est moins accessible à nos moyens d’expérience ; mais il est très-important d’insister ici sur son interposition entre les veines et les artères du système général, car nous serons ainsi bien fixés sur ce fait capital que toute substance, introduite dans une veine, va passer par les capillaires pulmonaires avant de pénétrer dans le sang artériel, dans le véritable milieu intérieur. Nous comprendrons ainsi que si cette substance est un gaz, elle pourra s’éliminer au niveau du poumon, et par suite n’exercer en définitive aucune action sur les éléments anatomiques, puisqu’elle ne sera pas parvenue jusqu’à eux.
Les modes de division des artères, les modes de convergence des veines sont tout à fait analogues chez l’homme et chez les mammifères sur lesquels portent nos expériences. Les figures 72-73 et 78-79 montrent la disposition générale des gros troncs veineux et artériels chez le chien et chez le lapin. Les particularités que présentent ces animaux seront indiquées avec soin à propos d’opérations particulières pour lesquelles leur connaissance est indispensable; nous nous contenterons de fixer ici quelques notions d’un usage plus général, qui ne pourraient trouver place à propos de telle ou telle expérience, et qui nous permettront enfin d’étendre, avec connaissance de cause, nos investigations
sur un plus grand nombre d’animaux : nous voulons parler de la disposition des gros troncs artériels qui partent de la crosse de l’aorte pour se distribuer aux membres antérieurs, au cou et à la tête (fig. ^73). Il était nécessaire de rapprocher les descriptions de ces parties chez les divers animaux, car les différents types qu’elles offrent présentent entre eux des analogies et des transitions faciles à saisir.
Ainsi, chez quelques animaux peu nombreux, tels que la taupe et la chauve-souris, on voit se détacher de la crosse de l’aorte deux troncs brachio-céphaliques symétriques, qui se divisent bientôt symétriquement en sousclavières et carotides (fig. 74).
Chez l’homme, on voit le tronc brachio-céphalique droit se conserver; mais le gauche se dédouble de telle sorte que la sous-clavière et la carotide de ce côté naissent isolément, c’est-à-dire directement, de l’aorte (fig. 75).
appareil circulatoire.
Si nous examinons les mêmes vaisseaux sur le chat ou le chien (fig. 76), nous trouvons que la carotide gauche est venue prendre naissance sur le tronc brachiocéphalique droit, qui devient ainsi générateur de trois grosses artères, tandis que la sous-clavière gauche est seule à naître directement de l’aorte.
Enfin, comme dernier terme de cette tendance à la fusion en un seul tronc, nous, trouvons la disposition que représente la figure 77 et qui est celle du cheval
et du mouton. Ici la sous-clavière gauche elle-même naît d’un tronc commun à toutes les artères de la région antérieure du corps. Ce tronc porte le nom d’aorte antérieure : il se divise en deux branches qui constituent
(1) Dans toutes ces figures, A, A, désigne la crosse de l’aorte ; S, la sousclavière droite ; .S', la sous-clavière gauche ; C et C', les carotides primitives droite et gauche ; B ou B, B, le ou les troncs brachio-céphaliques ; A", l’aorte antérieure, quand elle existe (cheval).
les troncs brachiaux ou artères axillaires : le tronc brachial droit est un peu plus fort que le gauche, parce qu’il fournit les artères de la tête. Celles-ci naissent, en effet, à très-peu de distance de son origine, par un tronc commun, le tronc céphalique , qui, vers l’entrée de la poitrine, se bifurque en deux carotides primitives.
Les oiseaux présentent un type particulier dans la disposition de cet appareil aortique. L’aorte, presque aussitôt après sa naissance, se divise en trois grosses branches. Celle de droite se recourbe pour former la véritable aorte postérieure ou descendante ; la branche moyenne constitue la sous-clavière droite et la branche gauche la sous-clavière gauche. De chacune de ces deux sous-clavières part une grosse branche qui se divise plus lard en carotide primitive et en vertébrale. Notons encore que les axillaires, comme les sous-clavières auxquelles elles succèdent, présentent chez les oiseaux un volume relativement très-considérable, disposition en rapport avec le développement et l’importance des membres thoraciques, c’est-à-dire des ailes, appareil capital pour la locomotion de l’oiseau.
Les particularités importantes à connaître dans la disposition des gros troncs veineux seront indiquées à propos de l’étude plus spéciale de certaines régions. Cependant nous devons indiquer en deux mots, renvoyant pour plus de détails aux figures 72-73 et 78-79, la disposition des gros troncs veineux du cœur droit chez le chien et chez le lapin.
Chez le chien il y a une veine cave supérieure et une veine cave inférieure ; comme chez l’homme, cette
250 appareil circulatoire.
dernière résulte de la confluence de deux troncs brachiocéphaliques.
Chez le lapin, au contraire, les deux troncs brachiocéphaliques veineux ne se réunissent pas en une veine cave supérieure unique , ils vont seulement s’aboucher simultanément dans l’oreillette droite ; de sorte qu’on peut dire que le lapin présente deux veines caves supérieures (fig. 78 et 79)'.
Le système lymphatique est très-important, non-seulement par lui-même, mais par ses rapports avec le système sanguin. S’il est difficile de résoudre, au point dé vue anatomique, la question de savoir si les vaisseaux lymphatiques communiquent, à leur origine, avec les vaisseaux sanguins, il n’en est pas moins vrai qu’au point de vue physiologique, c’est-à-dire au point de vue de la pénétration et du transport des substances, les vaisseaux lymphatiques peuvent être considérés comme faisant suite au système artériel, aussi bien que les vaisseaux veineux. Tout porte cependant à croire que ce passage ne se fait pas directement, mais succède à une extravasation de la partie liquide du sang dans les lacunes interorganiques, dans lesquelles ce liquide serait ensuite pompé par les radicules lymphatiques.
Chez les mammifères, le système lymphatique a été divisé, au point de vue physiologique, en deux parties : d’une part, les vaisseaux lymphatiques généraux, qui ramènent vers le- cœur la lymphe des diverses parties du corps; d’autre part, les lymphatiques de l’intestin grêle, dont le contenu est, à certaine période de la di-
gestion, formé par un liquide blanc et laiteux, le chyle :
Fig. 78. — Parties centrales des gros troncs artériels et veineux du lapin.
O et », oreillette et ventricule droits ; I, veine Cave inférieure; S., veine cave supérieure droite; a, grande veine azygos ; J et J', veines jugulaires droite et gauche : cette dernière, après avoir reçu la sousclavière correspondante, va se jeter directement dans l’oreillette. (Il y a donc deux longs troncs brachiocéphaliques veineux, et, à proprement parler, pas de veine cave supérieure.)
A, crosse de l’aorte; A', aorte abdominale ; C , C', carotides; 6, b’, artères sous-clavières. •
Fig. 79. — Disposition de l’ensemble des gros troncs artériels et veineux chez le lapin. (Lettres comme dans la figure 72 ci-dessus, page 246).
d’où le nom de chylifères ou vaisseaux lactés donné à ces
252 apppareil circulatoire.
canaux. Or, les chylifères n’existent pas chez les oiseaux, même chez ceux qui sont exclusivement carnassiers ; il en est de même pour les batraciens, les reptiles. Nous tenons à rappeler ces faits anatomiques, et nous y insistons, après avoir mis en œuvre tous les moyens possibles pour faire apparaître des chylifères chez les oiseaux sans jamais y réussir. Nous avions, par exemple, observé que de l’éther tenant de la graisse en dissolution, et injecté dans le tube digestif, est un moyen excellent de faire presque instantanément apparaître des chylifères pleins de leur contenu blanc et laiteux caractéristique ; or ce procédé, qui nous a toujours réussi chez le ch’ien, le chat, et même chez le lapin, ne nous a jamais donné aucun résultat chez les oiseaux.
Il est encore quelques dispositions particulières aux vertébrés à sang froid que nous devons signaler ici. De même que chez l’anguille on observe un cœur accessoire placé sur le trajet delà veine caudale, de même chez les batraciens on trouve de nombreux cœurs lymphatiques périphériques. Chez la grenouille il en existe deux paires : l’une est située dans la région pelvienne dorsale, de chaque côté de la pointe de l’os sacrum ; l’autre est placée vers la partie dorsale de l’origine des membres antérieurs. Ces cœurs accessoires sont trèsintéressants à étudier : ce sont de petites cavités contractiles, pourvues de fibres musculaires striées, et qui, grâce aux nombreux éléments élastiques qu’elles renferment, agissent alternativement comme pompe aspirante et foulante. Ces cœurs battent sans aucune espèce de synchronisme ni entre eux ni avec le cœur sanguin,
organe principal de la circulation. Ils ne réagissent pas de la même manière que ce dernier aux agents toxiques: ainsi le curare, qui n’arrête pas le cœur sanguin thoracique, paralyse rapidement les cœurs lymphatiques. Nous reviendrons ultérieurement sur ces particularités dont nous ne saurions développer ici l’étude.
Quant à l’appareil lymphatique des mammifères sur lesquels portent le plus souvent nos expériences, il rappelle, par ses dispositions générales, celui de l’homme. Un canal thoracique et une grande veine lymphatique en sont les deux troncs principaux. Chez le chien, le réservoir de Pecquet est considérable, de forme ovoïde, et remonte jusque entre les piliers du diaphragme. Le canal thoracique, qui lui fait suite va s'ouvrir, dans la sous-clavière ou à l’extrémité de la jugulaire gauche, après avoir reçu les afférents de la moitié gauche de la tête et du membre thoracique correspondant; mais dans ce trajet, et surtout vers sa terminaison, il se divise souvent en plusieurs branches, qui se réunissent de nouveau : ces branches s’anastomosent plusieurs fois entre elles de manière à former des plexus. Parfois il vient aboutir au système veineux par des insertions multiples diversement disposées.— Ces irrégularités dans l’insertion du canal thoracique sont encore plus fréquentes chez le bœuf : on voit souvent chez cet animal le canal, simple à son origine et dans la plus grande partie de son étendue, se bifurquer dans le tiers supérieur du thorax; de ces deux branches, l’une passe alors à droite de l’œsophage et de la trachée, tandis que l’autre se porte à gauche de ces parties, en suivant la direction
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ordinaire, et, à l’entrée du thorax, elles se terminent, soit séparément, chacune dans l’angle de réunion de la jugulaire et de l’axillaire correspondante, soit ensemble au même point, c’est-à-dire au golfe des deux jugulaires (Colin). — Le canal thoracique présente des variétés du même genre chez le cheval et chez les solipèdes en général.
La grande veine lymphatique reçoit les vaisseaux lymphatiques de la moitié droite de la poitrine, du membre antérieur droit, et de la moitié droite de la tète et du cou. Ce tronc va s’ouvrir dans la sous-clavière droite ; quelquefois une ou deux des branches qui concourent à le former, décrivent des circonvolutions autour du tronc veineux sous-clavier avant de rejoindre les autres. Enfin, chez le cheval, il n’est pas rare de voir ce tronc lymphatique s’anastomoser avec le canal thoracique par des branches collatérales volumineuses, puis se réunir avec lui, de telle sorte que les deux vaisseaux s’insèrent ensemble par un orifice simple audessus du confluent des jugulaires (Colin).
Y aisseaux du cou et du pli de Taine. — Opérations quon y pratique. — Il est deux régions que nous devons plus particulièrement étudier : le cou et le pli de Taine. C’est là en effet que nous agissons le plus souvent sur les parties périphériques de l’appareil circulatoire, soit pour puiser du sang dans une artère, soit pour injecter un poison dans une artère ou dans une veine, soit enfin pour appliquer sur ces vaisseaux les divers instruments que la physiologie emprunte à la physique afin de déterminer les conditions mécaniques de la circulation.
INJECTIONS INTRA-VEINEUSES . 255
Nous nous occuperons ici du procédé opératoire nécessaire pour découvrir des vaisseaux, pour y pratiquer des injections, et plus spécialement des injections intraveineuses. Nous compléterons donc ainsi l’étude des moyens les plus efficaces d’introduction de substances étrangères dans l’organisme, puisque nous avons précédemment étudié les injections faites sous la peau ou dans les cavités séreuses (voy. ci-dessus, p. 215).
L’injection intra-veineuse supprime toute question d’absorption; par cette méthode, nous pénétrons directement dans le système sanguin, dans le milieu intérieur, qui va aussitôt porter les substances actives sur les tissus, c’est-à-dire sur les éléments anatomiques.
L’injection intra-veineuse a été pratiquée même chez l’homme : Magendie injecta de l’eau dans les veines d’un sujet atteint d’hydrophobie; le malade fut calmé, mais n’en succomba pas moins bientôt après. Depuis lors plusieurs médecins, et entre autres Lorain, ont injecté de l’eau à des cholériques, et le succès a couronné cette tentative. Lorain a réussi en faisant cette injection dans la dernière période du choléra, alors que le cœur bat à vide, les veines étant pleines d’un sang poisseux et épais, tandis que les artères ne contiennent plus rien.
Les injections intra-veineuses, au point de vue des expériences physiologiques, se font dans un grand nombre de circonstances : elles peuvent du reste se pratiquer dans toutes les veines des animaux; mais on choisit d’ordinaire les veines les plus faciles à atteindre, c’està-dire les veines du cou et les veines du membre postérieur.
INJECTIONS INTRA-VEINEUSES.
neux du cou se compose de veines superficielles et de veines profondes ; mais ces vaisseaux présentent chez le chien, quant à leur volume, une disposition inverse :
tandis que la veine profonde, la jugulaire interne , est la plus volumineuse chez l’homme, c’est la jugulaire
Fig. 81. — Cavité crânienne du chien ouverte par le côté droit pour montrer la disposition des sinus veineux (a, b, c) et leur confluence vers le pressoir d’Hérophile, en c, au niveau duquel doivent être faites les ouvertures pour puiser le sang veineux cérébral, comme le montre la figure suivante.
externe qui, chez le chien, présente le volume le plus considérable, l’interne étant réduite à un mince .filet veineux qui accompagne la carotide. Cette différence s’explique facilement si l’on tient compte des régions d’où viennent ces vaisseaux. Chez le chien, la face est très-développée relativement au cerveau : de là la prédominance de la veine qui résume la circulation externe de la tête. Le volume considérable de la masse encéphalique, chez l’homme, nous rend compte des dimensions