CL. bernard. — Physiol. opér
APPAREIL CIRCULATOIRE
delà veine qui en ramène presque tout le sang, des dimensions de la jugulaire interne qui, chez le chien, ne vient pas même du cerveau et ne remonte pas plus loin que la base du crâne. Ce fait est intéressant à connaître en physiologie; car il nous montre que tout le sang veineux des organes cérébraux revient au cœur par le système des veines rachidiennes (fig. 81), et que
Fig. 82. — Instrumentation et manuel opératoire pour puiser le sang veineux cérébral. a, trocart tenu solidement et de manière à en diriger sûrement la pointe selon une ligne qui, passant par la protubérance occipitale externe, irait ressortir un peu au-dessus dii niveau des deux yeux ; 6, canule mise en place, et par laquelle le sang s’écoule dans le vase c. Le chien est ici maintenu ainsi qu’il a été indiqué précédemment (page 222) pour la section du bulbe, opération dont le manuel opératoire est très-analogue à celle dont il s’agit ici;
ce serait une grande erreur, voulant analyser le sang veineux qui a baigné la masse encéphalique, que de s’adresser au contenu de la veine jugulaire interne. C’est au niveau du torcular, ou pressoir d’Hérophile, qu’il faudrait, dansce cas, puiser le sang (fig. 81 et 82).
INJECTIONS INTRA-VEINEUSES.
Ainsi, lorsque nous parlerons de la jugulaire du chien , il sera bien entendu que nous parlons de la jugulaire externe , la veine d’élection pour les injections faites au niveau du cou.
Les jugulaires de chaque côté viennent se réunir, comme chez l’homme, pour former une seule veine cave supérieure (voy. fig. 80), qui, chez les animaux, prend plus ordinairement le nom de veine cave antérieure. Telle est la disposition que présentent le chien, le cheval, la vache, etc.
Mais il n’en est pas de même chez le lapin , ainsi que je vous l’ai déjà indiqué (fig. 78 et 79). Ici il n’y a pas une, mais deux veines caves antérieures : les veines des deux moitiés latérales de la partie antérieure du corps ne se fusionnant pas en un tronc unique, on trouve deux troncs brachio-céphaliques (fig. 78), dont le droit représente la veine cave antérieure des autres animaux, et offre en effet la même disposition, tandis que le gauche présente ceci de remarquable qu’il descend à gauche du cœur, contourne sa face postérieure pour venir s’ouvrir isolément dans l’oreillette.. Ainsi, chez le lapin, si l’on injecte deux substances différentes dans chacune des jugulaires droite et gauche, ces deux substances ne se trouveront en présence l’une de l’autre qu’au niveau du cœur.
Pour découvrir la jugulaire externe du chien (fig. 83) on n’a qu’à inciser la peau et le peaucier. Cette veine naît par deux branches principales entre lesquelles se trouve la glande sous-maxillaire ; elle descend ensuite en croisant très-obliquement le sterno-mastoïdien : on pra-
260 APPAREIL CIRCULATOIRE
tique donc l’incision sur une ligne qui de l’angle de
Fig. 83. — Manuel opératoire de la mise à nu de la veine jugulaire externe.
La figure placée à gauche montre un chien fixé dans la gouttière à opération : le trajet et l’origine de la jugulaire externe sont indiqués par des lignes ponctuées. — La figure placée à droite montre les couches successivement divisées pour arriver sur la veine : a, peau; b, fibres du muscle peaucier ; c, lamelles de tissu cellulo-adipeux ; d, la vei ne jugulaire externe.
mâchoire descend vers le milieu de l’espace qui sépare
INJECTIONS INTRA-VEINEUSES. 261
le sternum d’avec l’articulation de l’épaule^ II suffit souvent d’un seul coup de scalpel pour inciser tous les tissus qui se séparent de la veine, mais en règle'; générale il vaut mieux agir avec précaution et diviser successivement toutes les couches dont la figure 83 montre la superposition, c’est-à-dire la peau (a), le muscle peaussier {b), et une légère lamelle de tissu cellulo-adipeux (c). Si l’on veut être très-prudent, on peut diviser cette dernière couche avec des ciseaux, après l’avoir soulevée en un pli conique à l’aide de pinces, comme le montre la figure 84. Dans ce cas on est parfaitement sûr de ne pae
ig. 81. — Section de la lamelle de tissu cellulo-adipeux qui recouvre le vaisseau.
léser le vaisseau ; c’est là, disons-le une fois pour toutes, une précaution qui doit surtout être observée quand on met à nu une artère.
Quand la veine jugulaire est mise à nu, on l’isole du tissu cellulaire, et l’on passe au-dessous d’elle un double
plissent ces diverses opérations. Dans la figure 85, une pince courbe est passée sous le vaisseau pendant que deux érignes (e, ^maintiennent, écartées les lèvres de l’incision de l’aponévrose («,«); une pin ce saisit l’anse de fil (f). — Dans la figure 86 (n° 1), le fil supérieur a été lié, et, tandis que la veine se gonfle dans toute la partie située
érignes écartant les deux {lèvres de la lamelle cellulo-graisseuse précédemment divisée (a, a) ; v, vaisseau ; p, pince courbe pour passer le fil f.
262 appareil circulatoire.
fil (fig. 85) : le fil supérieur sert à lier la partie périphérique de la veine afin d’empêcher l’afflux du sang ; le fil inférieur sert à lier la veine sur la canule avec laquelle on pratique l’injection. A cet effet, on place d’abord sur la partie inférieure de la veine une serre-fine qui fait office de ligature provisoire et empêche l’introduction de l’air.
Les figures 85 et 86 montrent comment s’accom-
du vaisseau et passage d’un double fil.
INJECTIONS INTRA-VEINEUSES. 263
au-dessus (en d) , elle s’est affaissée dans toute la partie au dessous (en e).
11 s’agit alors de pratiquer l’injection dans cette veine ; on y introduit à cet effet une canule. Pour cela on sou-
264 APPAREIL CIRCULATOIRE
lève sur l’index de la main gauche la portion de veine qui est vide, et avec de fins ciseaux on pratique sur la paroi vasculaire une incision oblique (fig. 86, n° 2). Introduisant alors dans la lumière du vaisseau l’une des pointes des ciseaux, pointe qui est boutonnée précisément pour pouvoir être introduite sans éraillure des tuniques vasculaires, on incise de nouveau la paroi vasculaire parallèlement à l’axe du vaisseau (fig. 86, n° 21): il en résulte une incision à trois branches, ayant la forme d’un- fer de flèche et très-propre à laisser pénétrer avec facilité l’extrémité d’une canule, comme le montre le numéro 3 de la figure 86. C’est alors que l’anse de fil restée libre est utilisée (, h , h) pour fixer fortement en i la paroi vasculaire sur la canule qui y est engagée.
Si l’injection était faite avec une petite seringue à ca-
INJECTIONS INTRA-VEINEUSES . 265
propos des injections sous-cutanées (p. 215), on pourrait simplifier beaucoup ces diverses opérations. Alors, après avoir mis la veine à nu, on se contente de la comprimer en un pointavec un doigt (le médius par exemple, fig. 87), afin de la faire se gonfler au-dessus de ce point ; comprimant alors avec l’index un peu au-dessus de l’endroit où est appliqué le médius, on fait saillir une portion («) de vaisseau, portion très-gonflée de sang et dans laquelle il est très-facile d’introduire par ponction directe la canule acérée (fig. 87).
C’est ainsi que l’on peut pratiquer les injections les plus variées, sur lesquelles nous aurons à nous expliquer longuement par la suite. Si, par exemple, nous choisissons comme expérience type une injection ü hydrogène sulfuré , après les manœuvres précédentes, nous injecterons une solution de gaz avec une grande lenteur ; poussée trop vite, une injection, ne fût- elle composée que d’eau pure, pourrait tuer subitement l’animal. Si la lenteur de l’injection est suffisante, on voit à peine noircir le papier d’acétate de plomb placé sous le nez de l’animal au contact de l’air expiré ; si l’on pousse un peu plus rapidement, le papier noircittrès-vite et très-fort. C’est que l’hydrogène sulfuré, pénétrant très-lentement, est détruit avant d’arriver au poumon ; mais s’il pénètre en plus grande abondance, il arrive jusqu’à la surface pulmonaire où il est exhalé ; enfin, s’il y en a un grand excès, l’air du poumon en est saturé, l’animal le respire, et il meurt cette fois empoisonné par ce gaz, ou du moins il présente dans tous les cas les symptômes de l’empoisonnement. Ainsi cet exemple est excellent pour montrer
Veine jugulaire du lapin: direction de l’incision (a, b) par laquelle "on arrive sur cette veine. .
266 appareil circulatoire.
que, dans les expériences de ce genre, tout, même la mort de l’animal, dépend de la vitesse et de la régularité avec laquelle est pratiquée l’injection.
On peut aussi expérimenter en injectant dans le sang veineux un gaz à l’état de gaz libre, pourvu que ce gaz soit soluble dans le sang: ainsi on n’injectera ni de l’azote, ni de l’air ordinaire ; mais on pourra injecter des quantités énormes d hydrogène sulfuré ou diacide carbonique à l’état de gaz.
Nous avons pris comme type l’opération pratiquée sur la veine jugulaire d’un chien, elle se fait de même sur le lapin. La figure 88 montre que chez cet animal la
direction de la veine est la même, et que, par suite, celle de l’incision doit être semblable.
Les opérations faites sur la veine jugulaire doivent être rapprochées ici de celles que nous faisons sur le vaisseau artériel du cou , sur la carotide. Cette artère est
INJECTIONS INTRA-VEINEUSES.
profondément située sur les côtés de la trachée, accompagnée par le pneumogastrique, avec lequel le grand sympathique se trouve confondu (chez le chien) ; nous avons déjà dit que sa veine satellite, la jugulaire interne, est très- petite.
Les carotides naissent de la crosse de l’aorte, mais cette origine ne présente pas chez le chien les mêmes dispositions que chez l’homme. Rappelons que chez le chien, ainsi que nous l’avons déjàvu page 248, on trouve à droite un tronc unique pour la sous-clavière droite, la carotide droite et la carotide gauche ; puis à gauche, un tronc isolé qui est la sous-clavière gauche. Cette artère (la carotide) a pour direction celle d’une ligne qui de l’angle de la mâchoire se porterait vers la partie externe du sternum. Elle forme donc, avec la direction précédemment indiquée delà jugulaire externe, les deux côtés d’un triangle qui aurait pour base la moitié de l’espace qui sépare le sternum de l’articulation de l’épaule.
On peut mettre l’artère à nu en pratiquant une incision d’après la direction que nous venons d’indiquer; mais ce procédé est . assez délicat, car il nous force de contourner ou de couper le sterno-mastoïdien ; il est aussi très-peu avantageux, car il ne nous donne accès que sur un seul vaisseau, sur la carotide elle-même.
Il est un autre procédé d’incision qui nous permet d’atteindre à la fois tous les organes importants du cou, y compris la carotide : il consiste à couper verticalement sur la ligne médiane, sur le raphé du cou, en prenant la saillie de la trachée comme guide. Une fois la trachée à nu, on n’a qu’à détacher le tissu cellulaire qui se trouve
APPAREIL CIRCULATOIRE
sur ses côtés, et l’on arrive aussitôt sur tous les organes importants de la région cervicale antéro-latérale. C’est ainsi qu’on arrive sur la carotide/ On agit alors sur ce vaisseau à peu près comme sur la veine: on l’isole, on place une serre-fine sur sa partie centrale, on saisit le vaisseau sur le doigt, on l’incise avec des ciseaux, d’abord en bec de flûte, puis parallèlement à l’axe du canal, et enfin on y introduit un petit tube ou une canule sur laquelle on le lie avec les fils préalablement passés audessous de lui.
On peut alors pratiquer une injection, mais le plus souvent l’opération que nous venons de décrire a un autre but : c’est de tirer du sang que l’on veut analyser; ou plus souvent encore d’étudier certains phénomènes mécaniques de la circulation. Ainsi, par l’incision que nous avons pratiquée, nous pouvons introduire tous les instruments employés pour expérimenter sur la pression, sur la vitesse, sur les pulsations de la colonne sanguine artérielle. Quand ces expériences sont terminées, on retire les instruments et l’on fait une ligature sur le vaisseau.
Nous l’avons dit, on préfère généralement les veines aux artères pour pratiquer les injections vasculaires. Cependant nous savons que les substances injectées n’agissent que lorsqu’elles sont parvenues dans le système artériel, pour être portées par lui vers les éléments anatomiques. Il n’est donc, en somme, rien de plus rationnel que de pratiquer des injections dans les vaisseaux à sang rouge ; et c’est ce que l’on fait, en effet, dans certains buts spéciaux. Ainsi, nous avons déjà dit que le
INJECTIONS INTRA-VEINEUSES.
prussiate de potasse est éliminé par les reins et par l’estomac, mais peu ou pas par la salive. Il est cependant à supposer qu’il passerait par la salive si l’on en injectait beaucoup plus; mais on ne peut forcer la dose dans le sang veineux, car une injection de plus de 1 gramme tuerait l’animal. Est-ce à dire que nous ne puissions faire arriver une grande quantité de cette substance au niveau de la glande sans empoisonner tout l’organisme? Nullement; et c’est ce que nous obtenons précisément en dirigeant spécialement l’injection vers un département sanguin, vers celui de la glande sous-maxillaire, en injectant dans l’artère de cette glande une quantité de prussiate très-considérable pour cet organe, mais relativement insignifiante lorsqu’elle est répandue dans tout l’organisme.
Nous obtenons les mêmes résultats pour le curare. Certains nerfs, par exemple ceux de la glande sousmaxillaire, résistent fort longtemps à l’action de ce poison ; mais en faisant directement l’injection dans les artères de cette région, nous portons une dose relativement énorme de curare sur les parties périphériques de ces nerfs, et nous les frappons directement.
Nous voyons donc que les injections dans le système artériel sont un précieux moyen d’agir dans des circonstances particulières. Il va sans dire que dans ce cas on pousse toujours l’injection vers la périphérie. Cependant, dans des circonstances spéciales et sur lesquelles nous reviendrons plus tard, on pousse même l’injection artérielle de la périphérie au centre. Nous ne voulons indiquer ici que les grandes précautions qu’il faut
APPAREIL CIRCULATOIRE
prendre, dans ces cas, de pousser l’injection avec lenteur, si l'on ne veut voir l’animal succomber subitement par apoplexie du coeur. C’est que l’injection trop brusque et trop considérable produit un reflux qui tient les valvules sigmoïdes baissées, et amène dans les artères coronaires une pression qui produit des ruptures et des hémorrhagies au milieu des fibres musculaires du cœur.
Vaisseaux du pli de Vaine. — Les vaisseaux nous présentent, au pli de l’aine, exactement les mêmes dispositions chez l’homme et les animaux. Nous ne nous arrêterons donc pas sur l’anatomie de cette région (voy. fig. 89), ni sur les procédés opératoires employés pour aller à la recherche des vaisseaux. On pratique, comme pour le cou, une incision longitudinale; on dénude les vaisseaux, on les isole avec une sonde cannelée, et l'on passe au-dessous d’eux une double anse de fil.
On peut alors pratiquer sur la veine crurale les mêmes injections que sur la jugulaire. Ici on n’a plus à craindre l’introduction de l’air dans les veines. Nous avons ainsi maintes fois injecté diverses substances dans la veine, chez des animaux immobilisés par le curare, afin de pouvoir placer plus commodément des canules dans les canaux des glandes (sous - maxillaire, rein, pancréas, etc.) au niveau desquelles nous voulions étudier l’élimination du poison, du prussiate de potasse par exemple. Si l’injection de ce sel est trop concentrée, 1 animal succombe ; mais même les cas de ce genre sont très-instructifs. Ils nous permettent de voir que le sang jaillit encore de l’artère, quoique le cœur soit arrêté : c est que la respiration artificielle, les mouvements du
Fie. 89. — Pli de l’aine chez le chien.
a, veine crurale; 6, artère crurale; c, nerf crural; d, peau et lèvres de l’incision, e, aponévrose crurale et [gaine des vaisseaux incisés; f, f, muscles adducteurs ; g, le couturier ; h, h, fil passé au-dessous 4e la partie supérieure (centrale) de là veine ; h’, h', fil passé au-dessous de sa partie périphérique.
plus, que ce sang sortant des artères est encore rouge, et que celui des veines est noir ; tandis que, en général, chez tous les animaux qui viennent de succomber, le sang est noir dans tous les vaisseaux et dans toutes les
cavités du cœur. Ici, au contraire, nous trouvons du sang noir dans le cœur droit et du rouge dans le gauche. C’est qu’ici la mort est arrivée par un mécanisme particulier, par l’arrêt du cœur, et que les mouvements du poumon se sont continués après cet arrêt. Nous avons autrefois indiqué cette présence d’un sang noir dans le cœur droit et rouge dans le cœur gauche, comme le caractère le plus frappant de la mort par les poisons du cœur ; c’est alors le cœur qui meurt le premier, et la respiration continue encore quelques instants.
V artère crurale, mise à nu parla même opération que la veine, peut nous servir à des expériences analogues à celles dont nous avons parlé pour la carotide : on peut y puiser du sang ou y diriger des injections qui seront poussées vers le bout périphérique. Ces injections dans le bout périphérique se font ici plus fréquemment ; elles ont un but particulier : c’est de faire pénétrer dans l’artère des substances solidifiables ou de petits corps (poudre de lycopode) qui iront oblitérer toutes les artérioles. On pourra alors étudier parfaitement quels sont, sur les muscles, sur les nerfs du membre, les effets de la suppression complète de la circulation ; une ligature sur le tronc principal ne donnerait pas une suppression absolue de la circulation, qui dans ce cas se rétablit trèsvite et très-complètement par les vaisseaux collatéraux. On peut aussi injecter de l’air pour obtenir cet effet : l’oblitération est si bien effectuée alors, que dans des cas semblables Magendie a souvent produit la gangrène du membre; mais nous avons déjà parlé des expériences récentes qui ont montré que parfois l’air peut franchir les