CONTRACTILITÉ DES VAISSEAUX
Quoi qu'il en soit, ignorant les phénomènes physiologiques quant à leur essence, nous devons nous attacher d'autant plus à les étudier dans leurs manifestations.
C’est pour répondre d’une manière précise aux plus importantes des questions qui se posent relativement à ces divers ordres de phénomènes, que nous allons essayer de poser quelques expériences types, notamment sur la circulation capillaire et sur les poisons.
Il est, par exemple , à propos de l’appareil circulatoire, une question capitale et longtemps controversée : on sait que le cœur se contracte et préside ainsi à la circulation; mais qu’en est-il des vaisseaux? sont-ils de purs tuyaux remplissant le rôle uniquement mécanique de conduits, ou bien jouissent-ils aussi de la propriété de modifier leur calibre, de se contracter et de réagir ainsi sur leur contenu? On a bien longtemps discuté cette question ; chacun apportait des arguments et non des démonstrations, et l’opinion des physiologistes oscillait tous les jours vers les argumentations les plus brillantes qui se produisaient. Magendie et Poiseuilîe ne voyaient dans les vaisseaux que de simples tubes identiques à ceux dont on ferait usage dans un appareil de physique. Mais aujourd’hui nous avons une expérience qui tranche la question, et ne permettra plus désormais aucune discussion à ce sujet. Nous voulons parler de la section du grand sympathique.
Vous savez en effet que si l’on prend un lapin, que l’on découvre le cordon cervical du sympathique et qu’on le sectionne, on voit immédiatement se dilater les vaisseaux de l’oreille du même côté : cette hyperhémie
APPAREIL CIRCULATOIRE
est accompagnée d’une augmentation très-sensible de température : en même temps on voit que les petits vaisseaux sont tellement dilatés, que le sang passe dans les veines en conservant la couleur du sang artériel. — Si maintenant nous prenons le bout périphérique de ce sympathique sectionné et que nous le galvanisions, nous voyons aussitôt les vaisseaux diminuer de volume, l’oreille pâlir, la température diminuer. Si l’on coupe le bout de l’oreille du lapin, le sang coule par gouttes nombreuses après la section du sympathique ; dès que l’on galvanise le filet nerveux, les gouttes deviennent plus rares et l’hémorrhagie finit même par s’arrêter complètement. Il y a donc des nerfs qui président au resserrement et à la dilatation des parois vasculaires; il y a des vaso-moteurs: les parois des artères sont contractiles.
Mais c’est surtout l’étude de la circulation capillaire qui nous amènera à discuter les questions les plus essentielles, celles qui ont trait au problème intime de la physiologie générale, à la vie des tissus et des éléments anatomiques.
Vous le savez, Messieurs, de même que la chimie ne s’arrête pas à préciser les propriétés d’un corps plus ou moins complexe, et qu’elle décompose ce corps en ses éléments ou corps simples, de même la physiologie ne s’arrête pas aux propriétés des organes ou des tissus ; elle pousse plus loin l’analyse physiologique et descend dans la profondeur des tissus jusqu’à X élément anatomique. De plus, chose très-importante, ell§ étudie cet élément non-seulement à l’état achevé, parfait, adulte,