‹ Leçons de la physiologie opératoireChapitre 56 sur 152 · EMPLOI DES POISONS · texte numérisé non relu

EMPLOI DES POISONS

si nous pouvons ainsi nous exprimer, mais elle veut encore en connaître l’évolution. Pour ne citer qu’un exemple de l’importance de ce dernier point de vue, je vous rappellerai que la connaissance plus précise de l’évolution des éléments anatomiques a permis d’abandonner en pathologie la théorie de l’ hétéromorphisme, en montrant que les tissus normaux et anormaux ne sont que des modalités d’une même loi.

Le problème de la physiologie et de la pathologie générales est ainsi posé ; il a pour objet les parties les plus intimes et les plus essentielles des organes, les éléments des tissus.

Le jour où tous les éléments anatomiques seront parfaitement connus, et dans leur évolution, et dans leurs formes, et dans leurs propriétés physiologiques, et enfin dans les actions que peuvent avoir sur eux les différents agents physiques, toxiques, médicamenteux, etc., ce jour-là, et ce jour-là seulement, la médecine scientifique sera fondée.

En effet, dans tout état pathologique, c’est toujours spécialement l’un des. éléments anatomiques du corps qui est atteint : c’est le trouble de cet élément particulier qui amène consécutivement le trouble général de l’organisme.

Dans tout empoisonnement, par exemple, et j’ai rendu la chose évidente, surtout par l’étude de l’action du curare et de l’oxyde de carbone, ce n’est pas l’organisme, entier, ce n’est pas le sujet, l’individu qui est empoisonné, c’est tel élément anatomique : ici le globule rouge du sang, là le nerf moteur, qui est primitivement at-

cl. bernard. — Physiol. opér. 19

APPAREIL CIRCULATOIRE

teint, et la suppression de la fonction spéciale dévolue en propre à cet élément amène le trouble ou l’arrêt de la vie de l’ensemble. Il en est de même pour les actions thérapeutiques; car les agents thérapeutiques ne sont en définitive que des agents toxiques employés à des doses différentes.

Or la circulation est au premier titre la fonction qui s’exerce pour tous les éléments anatomiques vraiment actifs, qui est commune à eux tous ; qui, par des mécanismes divers et en apparence opposés, établit à la fois leur indépendance et leur solidarité. Le sang ou le plasma sanguin, que nous avons appelé le milieu intérieur, est à la fois la source et le résultat des phénomènes vitaux; if est indispensable à tous les éléments anatomiques, auxquels il est porté par le mécanisme de la circulation. C’est lui qui amène au contact de ces éléments anatomiques les matériaux fournis par l’alimentation, et tous les éléments empruntés à l’extérieur, aussi bien les principes utiles que ceux qui sont nuisibles, aussi bien les aliments que les substances toxiques.

En un mot, c’est l’étude du sang et de la circulation qui nous permettra d’aborder les notions les plus générales relativement aux conditions de milieu dans lesquelles s’exerce la vie des cellules et des éléments anatomiques..

Nous aborderons cette étude au point de vue critique que je vous ai précédemment indiqué : nous aurons donc à la fois à faire l’histoire de la science, à répéter de nombreuses expériences et à en instituer de nouvelles.

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