ABSORPTION PAR LES VEINES
caire. Toutes ces substances, dissoutes dans des liquides injectés sous la peau, subissent le premier acte, de l’absorption, c’est-à-dire qu’elles pénètrent dans les veines, niais elles tendent à s’échapper du milieu intérieur dès qu’elles sont arrivées, avec le sang veineux, au niveau de la surface pulmonaire. Pour l’alcool, pour les agents anesthésiques tels que l’éther et le chloroforme, il en est ainsi, comme vous allez vous en convaincre. Voici, par exemple, un lapin sous la peau duquel nous injectons 2 centimètres cubes d’éther : l’animal n’en éprouve aucun effet; nous pouvons facilement constater que l’air qu’il expire exhale sensiblement l’odeur de l’éther. C’est qu’en effet, à la dose de 2 centimètres cubes, l’agent anesthésique est éliminé à peu près complètement au moment de son passage dans les capillaires pulmonaires, ou bien il n’en est passé dans le sang artériel, qui est porté dans les capillaires généraux, qu’une dose insuffisante pour agir sur les éléments de tissus et notamment sur ceux des centres nerveux. Si nous injectons, au contraire, chez un autre lapin, une dose de 4 centimètres cubes d’éther sous la peau du dos, vous voyez l’animal ressentir bientôt tous les signes de l’anesthésie; l’élimination, dans ce cas, a été incomplète ou telle que les vapeurs d’éther, saturant l’air des alvéoles pulmonaires, ont été de nouveau puisées à ce niveau par le sang artériel dans lequel, dès lors, elles se sont trouvées en quantité suffisante pour arriver au niveau des capillaires des centres nerveux, se répandre au contact des éléments anatomiques, et nous révéler la production de la dernière phase de l’absorption, en amenant la
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cessation des fonctions de ces éléments, c’est-à-dire1 l’anesthésie.
Vous comprenez combien cette distinction des deux étapes de l’absorption est importante à connaître, puisque le fait de l’interposition d’une porte d’échappement entre ces deux actes peut supprimer le dernier, celui qui se manifeste par les signes les plus sensibles. Et cette distinction est d’autant plus utile que l’efficacité de l’élimination, dont nous venons de vous donner un exemple au niveau de la surface pulmonaire, varie avec la dose de substance active soumise à la première phase de l’absorption.
Nous pouvons reproduire des expériences du même ordre avec de l’hydrogène sulfuré. Vous savez, par exemple, que l’hydrogène sulfuré, quand on le respire, est très-toxique, même à assez faible dose ; cependant on peut boire des eaux sulfureuses sans éprouver aucun effet d’empoisonnement. C’est que, dans ce dernier cas, l’absorption par la surface intestinale est assez lente pour que les faibles doses de gaz sulfhydrique introduites dans le sang veineux en soient totalement éliminées au niveau des capillaires pulmonaires. lien est de même pour l’éther, le chloroforme. Absorbées directement en vapeur par le poumon, ces substances agissent énergiquement; absorbées, par la surface intestinale, elles sont éliminées par le poumon et restent sans effets sur l’organisme. L’acide prussique serait sans doute dans le même cas que les substances que nous venons de citer.
Dans une leçon antérieure, je vous ai rendus témoins
INJECTIONS INTRAVEINEUSES.
de l'élimination de l’hydrogène sulfuré en vous montrant que du papier à l’acétate de plomb noircissait dès qu’on le plaçait humide dans le courant d’air expiré par un lapin, sous la peau duquel nous avions injecté une faible dose de solution d’hydrogène sulfuré.
Dans ce cas, le lapin n’était nullement empoisonné; mais si la dose injectée était plus considérable, nous voyions, comme tantôt avec l’éther, la substance manifester son action ; l’absorption par le tissu cellulaire était très-rapide et portait dans le sang une quantité de gaz toxique trop considérable pour que tout s’éliminât au niveau du poumon.
Nous avons fait, dans un cas, l’expérience avec une solution concentrée d’hydrogène sulfuré injecté sous la peau ; mais nous avons aussi injecté l’acide sulfhydrique à l’état de gaz, et nous avons obtenu des résultats analogues.
En résumé, toutes les circonstances qui, pendant le transport d’un agent toxique ou médicamenteux par le torrent sanguin, peuvent amener l’élimination de cet agent avant qu’il parvienne au niveau des capillaires généraux, suppriment par ce fait même l’action qu’on s’attendait à observer. Il y a encore plus : il ne suffit pas que la substance arrive jusqu’aux capillaires du tissu sur lequel elle doit porter son action, il faut encore qu’elle sorte de ces capillaires pour aller baigner directement les éléments anatomiques dans le plasma lymphatique au milieu duquel ils vivent. Ce que nous disons ici des poisons peut également s’appliquer aux substances nécessaires à la vie, à l’oxygène par exemple,