PHASES SUCCESSIVES DE L ABSORPTION
l'aspect normal : il a recouvré ses mouvements volontaires, il circule spontanément sur la table. Mais il porte dans son membre postérieur une source de poison dont nous n’avons fait qu’arrêter l’introduction dans le sang : enlevons maintenant l’obstacle que nous avions opposé à cette première phase de la série des actes de l’absorption, délions la ligature.
Vous voyez bientôt l’empoisonnement se reproduire et les mouvements volontaires disparaître d’autant plus vite que nous attendons moins.
Si au lieu de délier la ligature en ce moment, pour voir encore se reproduire les phénomènes d’empoisonnement, nous la laissions jusqu’à demain, qu’arriverait-il alors? Nous avons fait souvent cette expérience dans le laboratoire, et nous avons observé que , si on laisse la ligature pendant vingt-quatre heures, l’empoisonnement ne se reproduit souvent plus au bout de ce temps, quand on enlève les liens. Qu’est-il donc arrivé dans ce laps de temps? Le poison introduit sous la patte s’y est-il altéré? s’y est-il détruit? Gela n’est pas probable : il a sans doute été absorbé, introduit dans le sang, mais d’une manière très-lente, et transporté dans l’organisme par un reste de circulation que notre ligature n’avait peut-être point arrêtée, par la circulation de la moelle des os, sans doute.
Cette absorption a dû être si lente, que jamais le poison ne s’est trouvé dans l’organisme en quantité suffisante pour manifester sa présence; étant éliminé au fur et à mesure, il n’a pu s’accumuler jusqu’au degré nécessaire pour agir sur aucune extrémité nerveuse.
APPAREIL CIRCULATOIRE
Quand on laisse la ligature pendant vingt-quatre ou trente-six heures, il ne faut pas trop [serrer, parce qu’alors il y a sphacèle du membre, et dans ce cas les conditions d’absorption sont nécessairement changées. C’est pourquoi nous faisons construire en ce moment un petit appareil pour serrer graduellement le membre, de manière à graduer également l’absorption et à régler les effets des substances toxiques et médicamenteuses.
Voici un autre lapin. Nous injectons sous la patte postérieures centimètres cubes d’une solution de curare à 2 pour 100, c’est-à-dire que nous injectons 4 centigrammes de curare. A peine les premiers symptômes se manifestent-ils, qu’une forte ligature est appliquée sur la cuisse; après avoir légèrement augmenté, les signes de l’empoisonnement se dissipent : voici l’animal revenu à lui. Nous ouvrons de nouveau la porte au poison , c’est-à-dire que nous enlevons la ligature, et les choses se passent comme précédemment, mais avec plus de rapidité, la dose injectée étant double. Aussi faut-il nous hâter d’appliquer les liens pour arrêter encore une fois l’intoxication; nous éprouvons un léger retard dans l’application de ces liens, ce retard peut être fatal à l’animal. Vous voyez, en effet, que l’extension de la paralysie, telle que nous l’observons toujours quelques instants après l’application de la ligature, va cette fois jusqu’à frapper les muscles du thorax : la respiration s’arrête; nous ne sommes pas en mesure de pratiquer immédiatement la respiration artificielle ; l’animal succombe.
Vous voyez qu’il faut tenir compte des moindres