‹ Leçons de la physiologie opératoireChapitre 97 sur 152 · OXYDE DE CARBONE · texte numérisé non relu

OXYDE DE CARBONE

contradictoire ; il tient seulement aux conditions nouvelles créées par la présence de l’oxyde de carbone. Vous savez en effet que, dans les conditions ordinaires, l’oxygène se détruit très-vite dans le sang en se transformant en acide carbonique : pour peu que les manœuvres d’extraction des gaz présentent une certaine durée, tout l’oxygène du sang peut disparaître. C’est ainsi qu’il faut expliquer les résultats singuliers obtenus autrefois par Magnus, et qui furent l’objet des justes critiques de Gay-Lussac. Magnus employait en effet vingt-quatre heures à laisser tomber l’écume produite à mesure de l’extraction, et pendant ce temps presque tout l’oxygène disparaît. Quoique les expériences de Setschenow aient été faites dans d’autres conditions de rapidité (1), il est possible que le court espace de temps consacré à l’extraction des gaz ait suffi pour amener la destruction des très-faibles quantités d’oxygène que renfermait encore le sang de l’animal au moment de la mort. — Mais dans notre expérience les conditions sont différentes : du moment que l’oxyde de carbone a imprégné le sang, il y arrête toute espèce d’oxydation, et la composition gazeuse du liquide reste assez fixe pour que nous y puissions retrouver par l’analyse les faibles proportions d’oxygène qui restaient encore au moment où l’animal a succombé.

Cet exemple vous montre tout le parti que nous pouvons tirer de l’oxyde de carbone au point de vue de l’analyse des gaz du sang. J’ai dès longtemps insisté

(1) Setschenow, Beitràge zur Pneumatologie des Blutes ( Zeitschr . fur ration. Medic., 1861).

sur ces avantages : il me suffit de vous en avoir rendu témoins par l’expérience précédente ; revenons à notre sujet.

Je vous ai dit que l’oxyde de carbone restait fixé dans le sang de l’animal qui a succombé à l’intoxication, et qu’il pouvait y être retrouvé même après que ce sang a subi un commencement de putréfaction. Cependant quoique ce fait nous montre combien est stable la combinaison de l’hémoglobine avec l’oxyde de carbone, nous savons que des animaux incomplètement intoxiqués peuvent revenir à la vie : ils se débarrassent donc de l'oxyde de carbone contenu dans leur sang. C’est ce que va nous montrer l’expérience.

Nous faisons à un chien la trachéotomie, et le faisons respirer par un tube dans une cloche pleine d’oxyde de carbone ; le tube est en rapport avec cette cloche par un robinet à trois voies qui nous permet de substituer instantanément à la respiration dans le gaz toxique la respiration libre dans l’air ou la respiration artificielle. Après que l’animal a fait un certain nombre d’inspirations dans la cloche, alors qu’il paraît mort, vu la cessation des mouvements spontanés du thorax, nous recueillons rapidement 50 centimètres cubes de son sang artériel, et nous pratiquons aussitôt la respiration artificielle. Le sang recueilli nous donne (après correction de température et de pression) :

50 centimètres cubes de sang artériel contiennent :

Gaz total : 17ce,6 dont ] 0 . 2,0

( (Az+CO) . . 1,4

ÉLIMINATION DE L’OXYDE DE CARBONE. 449 Cependant, après dix minutes de respiration artificielle, on voit reparaître les mouvements spontanés du thorax; l’animal est revenu à la vie; nous extrayons de nouveau de son sang artériel et nous trouvons :

50 centimètres cubes de sang artériel contiennent :

Gaz total; dont < 0 . 5,79

( (Az+CO) . . 0,86

Une^expérience semblable, faite au laboratoire avant la leçon, nous avait donné des résultats identiques :

1° 50 centimètres cubes de sang artériel, au moment de l’intoxication, contiennent :

SCO2 . 20,99

(Az+CO) . . 2,00

2° 50 centimètres cubes de sang artériel de l’animal respirant librement depuis quelque temps :

(Az+CO).. 1,19

Ainsi le sang de l’animal est redevenu capable de fixer l’oxygène : la combinaison oxygénée s’est substituée à la combinaison oxycarbonée.

Remarquons en passant un fait intéressant : en comparant les chiffres de l’acide carbonique contenu dans le sang de l’animal lorsqu’il est sous le coup de l’intoxication et lorsqu’il revient à la vie, c’est-à-dire lorsqu’il est en train d’éliminer l’oxyde de carbone, vous voyez que dans ce dernier cas la proportion d’acide carbonique

cl. bernard. — Physiol. opér. 29

des gaz dans le sang.

diminue ; il est donc impossible d’admettre que l’oxyde de carbone s’élimine en se transformant en acide carbonique, ainsi qu’on l’avait pensé et que l’avait formulé d’abord M. Chenot, dans une théorie purement chimique. Nous trouvons dans les analyses que je viens de vous donner un nouvel argument contre cette opinion, argument à ajouter à ceux que j’avais déjà tirés de l’étude comparative de la température chez l’animal qui succombe à l’intoxication. Si l’oxyde de carbone disparaissait en s’oxydant, en se transformant en acide carbonique, il y aurait à ce moment production d’une quantité relativement énorme de chaleur ; or, dans ces circonstances, on ne voit pas augmenter la température de l’animal; sans doute elle remonte un peu au-dessus de ce qu’elle était au moment où l’animal allait succomber à l’asphyxie, mais elle atteint à peine le degré normal et ne s’élève jamais au-dessus.

Aujourd’hui nous devons examiner si l’oxyde de carbone est éliminé en nature ou s’il est transformé en d’autres produits. Quelques analogies semblent plaider en faveur de la première manière de voir; mais nous voudrions des faits positifs et des expériences probantes; c’est dans ce but que nous avons institué les recherches suivantes :

Pour éviter l’objection que l’oxyde de carbone éliminé par le poumon provient du gaz inspiré préalablement, il faut absolument faire pénétrer l’oxyde de carbone par une autre voie.

Expérience. — Nous prenons à un chien normal 250 grammes de sang, qu’on agite aussitôt avec de

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