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ÉLIMINATION DE L’OXYDE DE CARBONE

l’oxyde de carbone. On filtre ce sang à travers de la flanelle et on injecte alors dans une veine de l’animal ce sang saturé de gaz toxique, et en même temps on recueille les produits de l’expiration. Pour constater la présence de l’oxyde de carbone dans ces produits, nous nous servons du réactif le plus sensible que nous possédions à cet effet, c’est-à-dire du sang lui-même; nous faisons en un mot barboter dans du sang le gaz aspiré par l’animal en expérience. Vous savez en effet que l’organisme vivant, c’est-à-dire le sang, est notre meilleur moyen de constater des traces de gaz oxyde de carbone, et, lorsque nous faisions des recherches sur les gaz que dégagent les poêles de fonte ou de fer, alors que les réactifs chimiques demeuraient impuissants à nous révéler la présence du gaz toxique, nous nous servions du lapin comme du réactif le plus sensible, car, en examinant au spectroscope quelques gouttes de sang extrait en piquant l’oreille de cet animal, nous pouvions aussitôt constater si le milieu dans lequel il était placé renfermait de l’oxyde de carbone. — Or, dans l’expérience actuelle, nous n’avons pas constaté la présence d’oxyde de carbone dans le sang où avaient barboté les produits de l’expiration du chien mis en expérience. Bien plus, ayant cherché si le spectroscope révélait l’agent toxique dans le sang de ranimai luimême, nous n'avons également obtenu que des résultats négatifs.

Pensant que ces résultats pouvaient tenir à ce que la proportion du sang intoxiqué au sang normal auquel nous l’avions mêlé par l’injection intraveineuse était

trop faible, nous avons alors cherché jusqu’à quelle limite on peut constater la présence de l’oxyde de carbone dans un mélange de ce genre. Quelques essais faits dans ce sens nous ont montré qu’on peut, in vitro , caractériser au spectroscope le mélange de 1 de sang intoxiqué pour 2 de sang normal. Serait-ce donc à dire que 250 grammes ne représentent pas le tiers de la masse totale du sang d’un chien de taille moyenne? Cette conclusion est vraisemblable ; mais il est probable aussi que par le fait de l’imbibition au milieu des tissus nous nous trouvons dans des conditions de mélange bien différentes de celles que nous réalisons in vitro.

Nous avons encore injecté dé l’oxyde de carbone à l’état de gaz dans le sang, sans le retrouver non plus ni dans le sang ni dans les gaz expirés. Nous l’avons insufflé sous la peau chez le lapin ; le spectroscope montrait l’oxyde de carbone dans le sang, mais jamais dans les gaz expirés.

En présence de ces expériences, nous nous demandions par quelle voie l’oxyde de carbone pouvait être éliminé. Ne pouvant le saisir dans les gaz expirés, nous avions interrogé les autres voies d’excrétion, et nous avions cru un moment que l’intestin pourrait nous représenter cette voie de sortie. Je tiens à vous relater toutes ces hésitations expérimentales, afin de vous faire comprendre combien doit être rigoureuse la critique des conditions opératoires dans lesquelles sont faites les recherches. Sur un chien revenant à la vie après intoxication oxycarbonique, nous avions trouvé les intestins distendus par une grande quantité de gaz au milieu

ÉLIMINATION DE L’OXYDE DE CARBONE. 453 desquels la présence de l’oxyde carbonique était facile à constater. Mais, avant de conclure à une élimination par la surface intestinale, nous nous sommes demandé s’il n’y avait pas quelque cause d’erreur, et en examinant les conditions expérimentales il nous a été facile de retrouver l’origine de cet oxyde de carbone contenu dans le tube digestif. L’animal avait respiré l’oxyde de carbone non par une canule introduite dans la trachée, mais par une muselière enveloppant tout le museau ; de sorte qu’en même temps qu’il inspirait le gaz il avait pu en déglutir une certaine quantité. — L’expérience fut répétée sur un animal tracbéotomisé, et cette fois, lorsqu’il élimina le gaz toxique, nous ne pûmes en trouver dans le tube digestif.

Nous en revenions donc à notre point de départ, c’est-à-dire que la manière et la voie par laquelle s’élimine l’oxyde de carbone nous échappait complètement; mais mieux valait cette constatation de notre ignorance, qu’une solution erronée qui nous donnerait une satisfaction vaine en arrêtant nos recherches.

En continuant les tentatives dans cette voie, nous avons réalisé une série d’expériences dont nous allons répéter les principales devant vous, et qui, tout en ne nous donnant pas encore la clef du phénomène, nous ont permis de comprendre les résultats en apparence négatifs donnés par les recherches dont je viens de vous rendre compte.

Vous vous rappelez qu’en injectant dans les veines d’un chien du sang saturé d’oxyde de carbone, nous n’avons pu, aussitôt après, constater la présence de ce gaz

daus le saug général de l’animal. — D’autre part, pour varier les formes de cette expérience, nous avons injecté lentement du gaz oxyde de carbone dans la veine crurale d’un chien ; nous en avons injecté 140 centimètres cubes, assez lentement pour qu’il pût se combiner avec le sang au contact duquel il arrivait. Et cependant, en examinant aussitôt le sang général de l’animal, c’est encore en vain que nous avons cherché les réactions spectroscopiques caractéristiques de la présence de ce gaz dans le sang.

Ainsi, nous arrivions à ces résultats singulièrement contradictoires: 1° Lorsqu’un animal est complètement intoxiqué par l’oxyde de carbone, ce gaz demeure si bien fixé sur l’hémoglobine du sang qu’il y demeure malgré la décomposition et la putréfaction du sang ; 2° si l’intoxication est incomplète, l’animal élimine le gaz toxique, et si l’on se contente d’injecter dans les vaisseaux de l’animal une quantité relativement faible d’oxyde de carbone, soit pur, soit combiné avec du sang, il est impossible de retrouver l’agent toxique dans le sang général, même aussitôt après l’injection.

Ces deux ordres de faits, en apparence si contradictoires, pourraient devenir compréhensibles par l’hypothèse brutale, pour ainsi dire empirique : le sang intoxiqué se trouve désintoxiqué par le contact du sang normal.

Ainsi, voici deux capsules: l’une contient du sang normal pris sur un chien; l’autre, du sang pris sur ce même animal, quelques instants plus tard, au moment où il venait de succomber à une intoxication complète

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