‹ Leçons de la physiologie opératoireChapitre 99 sur 152 · ÉLIMINATION DE LOXYDE DE CARBONE · texte numérisé non relu

ÉLIMINATION DE LOXYDE DE CARBONE

par l’oxyde de carbone. Ce dernier sang resterait dans cette capsule jusqu’à putréfactioD , qu’alors encore le spectroscope nous permettrait d’y constater la présence de l’oxyde de carbone. Or, si nous mêlons ces deux sangs par parties égales, et que nous examinions aussitôt le mélange au spectroscope, nousvoyons que les caractères spectroscopiques de l’oxyde de carbone ont disparu : même in vitro , le sang normal a-t-il donc agi sur le sang oxycarboné pour le désintoxiquer ?

Ce fait nous expliquerait donc tous nos insuccès précédents dans certains cas de recherche de l’oxyde de carbone. Quand nous injections dans les veines d’un chien du sang oxycarboné, ce sang était porté par la circulation au contact du sang normal, et alors se produisait l’action dont je viens de vous rendre témoins. Lorsqùenous injections lentement de l’oxyde de carbone dans la veine crurale, le sang qui recevait immédiatement ce gaz était saturé d’agent toxique, mais arrivait bientôt au contact du sang normal et se trouvait alors, comme dans le cas précédent, également ramené à l’état normal.

Il est facile de conclure de là qu’il est impossible d’être empoisonné par l’oxyde de carbone tant que ce gaz n’est pas introduit au contact du sang au niveau de la surface pulmonaire, car nulle part ailleurs il n’arrivera assez rapidement et n’agira sur une assez grande masse de sang pour que le phénomène de désintoxication, dont nous venons d’être témoins, ne puisse pas se produire.

Nous comprendrions, toujours parla même hypothèse,

comment peut revenir à la vie un animal qui vient de succomber, en apparence, à l’intoxication par l’oxyde de carbone. Le système veineux de cet animal contient encore dans ses plexus et ses nombreux réseaux des réserves de sang qui n’est pas venu au niveau du poumon au contact du gaz toxique. Si ce sang, encore normal, arrive au contact du sang intoxiqué, et s’il est en quantité suffisante, il produira par sa présence l’action que nous avons expérimentalement réalisée in vitro. Mais, si la respiration de gaz toxique a été prolongée au point qu’aucune partie du sang n’ait pu échapper au contact de l’oxyde de carbone, alors la mort sera bien définitive, et, en effet, chez les animaux complètement tués par ce gaz, nous avons analysé le sang veineux et nous avons trouvé qu’il ne contenait que des traces d’oxygène. Enfin, nous comprendrions aussi, de cette manière, toute l’importance de la transfusion chez les animaux ou chez l’homme, pour chercher à rappeler à la vie après intoxication par les vapeurs de charbon. En transfusant du sang normal, non-seulement on donnerait au sujet un élément qui lui manquait, les globules du sang, mais, par la présence de cesglobules normaux, on permet à ceux qui étaient fonctionnellement supprimés par la présence de l’oxyde de carbone, on leur permet de se débarrasser de ce gaz et de revenir euxmêmes à l’état normal.

Ainsi, notre hypothèse, si elle est démontrée par l’expérience, nous explique pourquoi quelques-unes de nos précédentes expériences avaient été et devaient être en apparence négatives. Elle deviendrait en même

ÉLIMINATION DE l’ OXYDE DE CARBONE. 457

temps le point de départ de toute une série nouvelle d’investigations.

Cette hypothèse, qui doit ouvrir la voie à nos recherches, e’est que, dans un mélange de sang normal et de sang oxycarhoné, il pourrait y avoir de l’oxygène cédé par le premier au second, en quantité suffisante pour transformer l’oxyde de carbone en acide carbonique. Voyons si l’expérience confirmera cette hypothèse.

Nous prenons sur un chien normal une certaine quantité desang, dont un échantillon est soumis à l’analyse des gaz et nous donne :

4° Sang À, 50 centimètres cubes contiennent :

Gaz total : 29OC,00 dont | 0 . 10,2

( Àz . 1,2

L’animal est alors empoisonné par l’oxyde de carbone. On fait une nouvelle prise de sang, dont un échantillon analysé nous donne :

2° Sang B, 50 centimètres cubes contiennent :

Az . 1,3

Alors nous mélangeons par parties égales les deux sang (A et B).

L’opération se fait dans une seringue avec toutes les précautions nécessaires pour se placer parfaitement à l’abri du contact de l’air. Nous examinons un peu de ce mélange au spectroscope et nous n’y trouvons plus trace d'oxyde de carbone. Nous analysons alors le contenu gazeux de ce sang et nous trouvons :

3° 50 centimètres cubes de sang, mélange à parties égales (A + B), contiennent :

Gaz total : 23“, 2 dont ] 0 . 6,6

((C0+Az).. 1,0

Or, si nous rapportons ces chiffres au volume total du mélange, c’est-à-dire à 100 cent, cubes, nous trouvons pour l’acide carbonique 30,2, ce qui est à peu près la somme (17 + 11) des quantités d’acide carbonique contenues dans cbacun des deux éléments (sang À et sang B) du mélange; et pour l’oxygène 13,2, ce qui est également à peu près la somme des quantités d’oxygène déjà constatées dans chacun des sangs considéré isolément.

Vous voyez donc qu’il nous est difficile de dire ce qui s’est passé dans l’espace clos oü les deux sangs se sont trouvés en présence : l’oxyde de carbone n’a bientôt plus été constatable par ses caractères spectroscopiques ; cependant il ne s’est pas oxydé, car, dans ce cas, nous devrions trouver dans le mélange une augmentation d’acide carbonique et une diminution d’oxygène. Or, l’analyse des gaz du mélange ne nous a rien donné de semblable (voy. du reste ci-dessus, p. 449-450).

Le sang oxycarboné aurait donc été simplement masqué par le sang normal ; mais il faudra voir si ce mélange, où le spectroscope n’indique plus la présence de l’oxyde de carbone, absorbe de l’oxygène comme un mélange de sang normal et de sang oxycarboné, ou bien s’il se comporterait comme du sang devenu physiologique dans sa masse totale. Ce sont là des caractères physiologiques qui ont plus de valeur que le caractère

ÉLIMINATION DE l’ OXYDE DE CARBONE. 459 spectroscopique, qui, au fond, n’est qu’un caractère empirique.

Nous arrivons donc sans cesse, dans ce problème de l’étude de l’élimination de l’oxyde de carbone, nous arrivons à nous heurter contre une inconnue dont la découverte domine toute cette question ; mais du moins nos résultats négatifs nous montrent que certaines hypothèses ne sont plus soutenables, et que d’autres directions doivent être suivies pour arriver à l’explication de ce phénomène.

N’oublions pas que l'oxyde de carbone disparaît et s’élimine chez l’animal intoxiqué. Rappelons que nous avons constaté autrefois que l’oxyde de carbone disparaît in vitro dans le sang quand on y fait passer un courant d’air à une température voisine de celle du corps. Quand on expose du sang oxycarboné étendu d’eau, en couche mince, au contact de l’air, l’oxyde de carbone disparaît aussi , et, chose singulière, avec une rapidité beaucoup plus grande, comme si l’eau intervenait d’une manière active dans le phénomène. La présence de l’air et de l’eau serait donc nécessaire pour produire la disparition de l’oxyde de carbone, car il subsiste dans les profondeurs de l’organisme et des issus chez l’animal mort, tandis que, nous le savons, il disparaît rapidement chez un animal vivant, où le sang circule. Mais, dans ces divers cas, après sa disparition, que devient l’oxyde de carbone? Tel est le problème que nous avons toujours à poursuivre.

C’est dans les voies qui noussontindiquéespar lesexpériences précédentes quenousnousen gagerons désorm ais .

Page 1