‹ Leçons de langue française [microforme]Chapitre 608 sur 684 · VIII. Lx CHEVAL AVEUGLK · texte numérisé non relu

VIII. Lx CHEVAL AVEUGLK

Les bons traiteménts rendent les animaux doux et reconnaissants. Pendant les chaleurs sun je monte un chemin difficile; une charrette chemine à côté de moi ; le conducteur, vieillard déguenillé, tire autant que le cheval ; je lui de. mande s'il se fatigue beaucoup ; il répond que non ; son cheval est aveugle ; c'est son seul ami, tonte sa fortune. Arrivés au haut, le vieillard essuie la sueur du cheval, et celui-ci frotte doucement avec sa tête la figure de son maître. Ce spectacle m'émeut : je donne ma bourse au bonhomme étonné. Et, quoiqu'il y ait longtemps de cela, ce souvenir m'est encore présent,

Les soins et les bons traitements rendent les animaux doux, reconnaissants, et doublent même leur intelligence. L'Arabe ne parle jamais à son cheval qu'avec des expressions d’umitié. Aussi a-t-on vu souvent celui-ci se sacrifier pour son maître. J’assistai un jour à une petite scène dont je fus touché jusqu'aux larmes. Je voyageais en Bretagne, pays pauvre, où l’on rencontre bien des landes arides et des chumps sans culture. C’était au mois de juin ; il faisait une chaleur étouffante. Je montais un chemin difficile ; une petite charrette chargée d’ardoises cheminait à côté de moi.

Je m'aperçus bientôt que le conducteur, pauvre vieillard tout dé-

uenillé, tirait autant que le cheval. ‘Mon ami, lui dis-je, vous vous utiguez beaucoup. — Oh! Monsieur, ça ne fait rien, je soulage mon pauvre cheval, qui est aveugle ; c’est mon seul ami et toute ma fortune.”

Eu parlant, nous étions arrivés au haut de la montagne. La voiture s'arrêta : le vieillard se mit à essuyer avec de lu fougère la sueur qui coulait sur son cheval, et l’animal reconnaissant frottait doucement sa tête sur la figure de son maître. Ce triste paysage, ce pauvre homme, ce cheval aveugle, cette misère, tout se trouva embelli par cette amitié touchante. Je donnai la moitié de ma petite bourse au bonhomme. qui ne comprenait pus pourquoi j'étais ému, Il y a longtemps de cela ; eh bien ! souvent je pense encore à la montagne aride, à la petite charrette, au cheval aveugle et au vieux paysun breton.

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