XX. ASSASSINAT DE JUMONVILLE
Washington, à la tête d'une colonie de miliciens, envahit le territoire de l'Ohio et s'y fortifie. Sommé de se retirer, il tue l’'envoyé français avec une partie de son escorte ; mais M. de Villiers, frère de la victime, attaque le fort nécessité, défendu par Washington, et le force bientôt à se rendre.
En 1754, Dinwiddie, gouverneur de la Virginie, envoya pour vccuper les terres de l'Ohio une colonne de miliciens commandés par un jeune major de vingt et un ans, déjà remarquable par son caractère : c'était Georges uliee, le futur président des États-Unis. 11 chargen son avant-garde de construire près de la rivière un petit fort, bien vite attaqué, puis détruit pur les Français, qui firent prisonniers ceux qu’ils y rencontrèrent,
Aussitôt le capitaine de Contrecœur, commandant au fort Duquesne, envoya un de ses officiers, M. de Jumonville, au major anglais, comme parlementaire pour le sommer de se retirer et de ne pus fouler plus longtemps la terre française. Le nouveau négociateur avait à traverser d’épuisses forêts et des pays occupés par plusieurs peuplades ennemies. Lau prudence lui faisnit une loi de s’entourer d’une escorte ; il emmena trente-quatre hommes avec lui, et aussitôt ceux-ci se mirent en route pour remplir leur message. Mais, après quelque temps de marche, ils se virent tout à coup cernés par les troupes anglaises, et attaqués au mépris des principes les plus vulgaires du droit des gens. Washington commanda le feu ; Jumonville fut tué avec neuf de ses soldats ; les autres furent blessés, faits prisonniers ou mis en fuite. Après cette malheureuse rencontre, Washington rentra sur le territoire français et construisit sur une des sources de l'Ohio le fort nécessité. Contrecœur envoya M. de Villiers, frère de Jumonville, à la tête de sept cents hommes, pour venger l’assassinat du parlementaire français et pour repousser l’ennemi. 1/expédition fut conduite avec vigueur, et amena les anglais à capituler. Les conditions faites aux vaineus furent honorables et conciliantes. M. de Villiers témoignuit encore de son désir de ne pus troubier ia boiie Harinonié qui existait entre deux princes amis. ‘Nous pourrions venger un assassinat, dit-il à Washington, mais nous ne l’imitons pas.”
Lu COMTE DE LAMBEL,
482 Exercices de style.