LE LOUP, LA LIONNE ET LF MULET
Jadis un loup, dit-on, que la faim espoinçonne,
Sortant hors de son fort, rencontre une lionne, Rugissante À l’abord, et qui monstroit aux dents L’insatiable faim qu’elle avoit au dedans.
Furieuse, elle approche; et le loup qui l’advise D'un langage flatteur luy Parle et la courtise : Car ce fut de tout temps que, ployant sous l’eftort, Le petit cede au grand et le faible au plus fort, Luy, dis-je, qui craignoit que, faute d'autre proye, La beste l'attaquast, ses ruses il employe, Mais enfin le hasard si bien le secourut, Qu'un mulet gros et gras à leurs yeux apparut,
R£anrer (1573-1614)
242 111e Leçon. —$, 8. Les Figures de pensée,
67. Les principales figures de pensée sont: l'accumulation, la gradation, la suspension, la réticence, l’allusion, la comparaison, l’antithèse, le contraste, le jeu de mot le tour de paradoxe, l’épiphonème, la périphrase, l’euphémisme, l'interrogation, l’apostrophe, l’exclamation, l’hyperbole, la litote, l'ironie, la prosopopée.
63. L'accumulation énumère les faits ou les circonstances pour donner plus de force au discours, — Ex. :
Mon Dieu, donne l’onde aux fontaines, Donne au malade la santé,
onne la plume aux passereaux, Au mendiant le pain qu’il pleure, t la laine aux j etits agneaux, A l’orphelin une demeure, Et l'ombre et la rosée aux plaines. Au prisonuier la liberté. LAMARTINE.
69. La gradation place les idées dans un ordre progressif. — Ex. : Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre. LA FONTAINE.
70. La suspension prolonge l'incertitude pour montrer ensuite un tout autre objet que celui qui est attendu — Ex. :
Combien de fois a-t-elle remercié Dieu de deux grandes grâces : l’une, de l'avoir fäie chrétienne; l’autre..., Messieurs, qu’attendez-vous ? peut-être d’avoir rétabli les affaires du roi son fils? Non: c’est de l'avoir Juite reine malheureuse. BossuET,.
71. La réticence interrompt brusquement la phrase, mais de manière à laisser deviner ce qu'on affecte de supprimer. — Ex. t
Dieu laisse en mon pouvoir et ton temple et ta vie,
Je devrais sur l’autel où ta main sacrifie
Te...; mais du prix qu’on m'offre il faut me contenter. RACINE. 72. L’allusion réveille une idée sans l'exprimer. — Ex. :
Une voix d’épouvante habite son oreille (de l'impie),
Et sur sa tête un fil à toute heure tendu
Balance de la mort le glaive suspendu. LEVAVASSEUR.
L'auteur fait ici allusion à l'épée suspendue sur la tête de Damoclès.
I. Tropes — Remplacer, 1° par une métonymie, 29 par une synecdoque.
9, Le canon tonne Les richesses éblouissent La cloche sonne Tenir une arme Honorer par une s'atue
1. Avoir bon odorat Prêter attention Avoir du dévouement N'avoir que son travail Avoir de la vigilance
IT. Traduction, — Traduire l'exemple d’accumulation et de gradation qui suit.
I] donne aux fleurs leur aimable peinture ; Il fait naître et mûrir les fruits; Il leur dispense avec mesure Et la chaleur des jours et la fraicheur des nuits $ Le champ qui les reçut les rend avec usure, Il commande au soleil d'animerla nature, Et la lumière est un don de ses mains; Mais sa loi sainte, sa loi pure Est le plus riche don qu'il ait fait aux humains, Raowe,
Remplacer nous par on. — Quand nous feignons de passer sous silence une chose sur laquelle nous appuyons cependant avec force, nous faisons la figure appelée prélérilion, Ainsi, quand nous disons à quelqu'un : Je ne loucrai point votre talent, je blesserais votre modestie; nous accen-
tuons la louange, bien que nous paraissions l’écarter, Racines, — Ann: À l'écart. (1. Chôrein, se retirer; 9, fithémi, placer.) Analyse, — Si mourir pour son prince est un illustre sort Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort ?
(Æx. de grad.) Cosnerus.
justes, nobles, neuv
raisons déjà connues e et l'expression, Le mieux est
112: Leçon, — Les Figures de pensée. 243 ?3. La com Paraison rapproche deux objcts se ressemblant par un où plusieurs côtés, Cette figure a pour tri ple but, ou d’orner le discours, ou de fortifier le jugement, ou d'éclairer les pensées, — Ex. : Le plaisir des méchants, Come un torrent, s'écoule. RACINE, 74, L'antithèse est une opposition ordinairement simultanée de mots et de pensées, — Ex. :
Nous voyons les effets, D Ù 75. Le Contraste est une antithèse qui lepose sur les situations différentes d'un même objet ou de plusieurs objets, — Ex : Mortels, tout doit périr, et tout a son trépas: Seule dans Punivers, /a vertu ne meurt pas. DeELrrxe, 76. Le jeu de mots ou Pointe 1oule, soit sur une équivoque, soit sur une opposition de mots imprévue, — Ex, :
L'art le plus nécrssaire N'est pas de bien Parler, mais de savoir se taire. VoLrarRg. 77. Le tour de Paradoxe semble üffirmer ou nier d'une même chose les deux contraires. — Kx :
. Vous perdriez Ja TaisOn, dites-vous, gi Vous abandonniez le mo folie! Eh! que n°
| qu êtes-vous du n 78. L'épiphonème ést une réfle d’un récit ou d }
ieu seul connaît les causes. Dezrre,
nde? Heureuse 8 insensés/ MASssrrLoN
n Courte et vive à l’occasion X. :
‘ber victime la postérité, magnanime
De sa vie à la Vérité.
L'échafaua pour le juste est le lit de 8a gloire.