Le lièvre et la tortue
Rien ne sert de courir ; il faut partir à point : Le lièvre et la tortue en +ont un témoignage, “ Gageons, dit celle-ci, que vous v’atteindrez point Sitôt que moi ce but, — Sitôt! êtes-vous sage ? Repartit l’animal léger :
Ma commière, il vous faut purger Avec quatre grains d’ellébore. — Sage où non je parie encore. ” Ainsi fut fait, et de tous deux On mit près du but les enjeux, Savoir quoi, ce n’est pas l'affaire, Ni de quel juge on convint.
Notre lièvre n'avait que quatre pas à faire ; J'entends de ceux qu’il fait lorsque, près d'être atteint, fi s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes, Et leur fait arpenter des landes + Âÿant, dis-je, du temps de reste pour brouter, Pour dormir et pour écouter D'où vient le vent, il laisse la tortue Aller son train de sénateur,
DENIS LC
Morceaux choisis, 327
Elle part, elle s'évertue ; Elle se hâte avec lenteur.
Lui, cependant méprise une telle victoire, Tient la gageure à peu de gloire, Croit qu'il y va de &on honneur De partir tard. Il broute, il se repose ; 11 s'amuse à toute autre chose Qu'à la gageure. A la fin, quand il vit Que l’autre touchait presque au bout de la carrière, Il partit comme un trait; rvts les élans qu'il fit l'urent vains : la tortue arriva la preinière, “ Eh bien! lui cria-t-elle, aveis-je pas raison ? De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi l'emporter! et que serait-ce Si vous portiez une maison ? ” La Fonranrs,