‹ Leçons de langue française [microforme]Chapitre 428 sur 579 · L’envie · texte numérisé non relu

L’envie

L'envie est le noir et le plus secret effet d'un orgueil faible, qui sc sent ou diminuer ou effacer par le moinüre éclat des autres, et quine peut soutenir la moindre lumière C’est le plus dangereux venin de l'amour-propre ; il commence par consumer celui qui le vomit sur les autres, et le porte aux attentats Les plus noirs ; car l'orgueil naturellement est entreprenant, et veut éclater ; mais l'envie se cache sous touts sortes de prétextes, et se plaît aux plus sourdes, aux plus perfides menées 1. Les médisances déguisées, les calomnies, les trahisons, tous les mauvais artifices en sont l'ouvrage et le partage.

L'envie, le poison de tous les cœurs, dit saint Grégoire de Nazianze, est la plus juste et la plus injuste de toutes les passicas: la plus injuste, sans doute, car elle attaque les innocents ; mais la plus juste tout ensemble, car elle punit le coupable et fait le juste et insupportable supplice de celui qui la nourrit dans son cœur Quel est le sujet de votre envie? Elle plaît, elle est plus chérie. 0 Dieu! si vous saviez ce que c’est que de plaire de cette sorte, et quel est le fond de ses agrémeats! Mais venons à quelque chose que le monde estime plus important. Vous enviez à cet homme son élévation : s’il ne s'acquitte dignement d'un si grand emploi, n'est-il pas plus digne de pitié que d'envie, et pouvez-vous lui envier une élévation qui découvre à tout l’univers ses faiblesses déplorables, ou ses emportements furieux,ou ses is:norances grossières ? Que s’il fait bien dans un grand emploi, pourquoi p2rtezvous envie au soleil de ce qu'il vous écluire avec tous les autres ?

Venez plutôt profiter du bien qu'il fait à tout l'univers; jrofitez de cette belle fontaine qui arrose vos terres aussi bien que celles de vos voisins, au lieu de songer à en faire tarir la source.

Bossuer (1627-1704).

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