REMARQUES SUR LA TRANSFORMATION DES MOTS LATINS EN MOTS FRANÇAIS
Dans le fonds essentiel qui la constitue, la langue française n’est que le latin transformé. (Voir aux NOTICES LIITÉRAIRES : Origine de la langue française.) Voici quelques remarques pratiques sur la manière dont a eu‘heu cette transformation, qui, d’ailleurs, ne s’est | as faite d’un coup, mais peu à pewpar des changéments successifs :
1. Un certain nombre de mots latins sont restés tels q''els dans le français. — Ex.: Agenda, memento, omnibus, pensum, requiem, vivat, etc.
2. Plusieurs radicaux latins ont perdu leur terminaison dans leur dérivé français. — Ex.: Don, de donum ; mont, de montis; mur, de murus, etc.
3. Quelques radicaux latins ont perdu leur première syllabe. — Ex.: Boire, de bibere ; bossu, de gibbosus ; pavot, de paypaver, etc.
4. Les voyelles latines accentutes persistent toujours dans le dérivé français, en subissant fort souvent néanmoins une transformation en une autre voyelle ou en une diphtongue. — Ex.: Arbre, de crbor ; frère, de fratrem ; chien, de canis ; où les syllabes accentuées du mot latin sont : ar, fra, ca.
5. Les voyelles latines non accentuées disparaissent dans le dérivé français, ou, ce qui revient au même, s’assourdissent en e muet quand elles occupent la dernière ou l'avant dernière place du mot; elles persistent le plus souvent quand elles précèdent la voyelle accentuée, — Ex : Finir, de finire ; temple, de templum ; table, de tabula $ diable, durabilis ; où les syllabes accentuées du mot latin sont: ni, tem, ta, ra. — Dans déroger de derogare ; féroce de ferocem, où les syllabes accentuées sont ga; ro, les voyelles non accentuées qui précèdent persistent; dans bonté de bonitatem ; santé de sanitatem, la voyelle i non accentuée qui précède la syllabe accentuée fa, disparaît.
6. Les voyelles doubles ai, ei, eu, æ, œn, te, oi, Où, ui, remplacent souvent a, e, t, 0, u, dans les radicaux latins. — Ex.: Paix, de pax ; reins, de renes; fleuve, de Jfluvius ; heure, de hora ; œil, de oc. lus; cœur, de cor; pied, de pes; voix, de vox ; four, de j'urnus; nu t, de nox.
7. La voyelle simple o se substitue dans plusieurs mots au latin au. — Ex. : Or, de
‘aurem ; chose, de causa, etc.
8. Le C'initial de plusieurs mots latins s’est changé en ch. —Ex.: Chandelle, de candela ; chemise, de camisa; chant, de cantus.
9. Les consonnes labiales b, P; f, v se remplacent souvent l’une par l'autre, ainsi que les consonnes gutturales et les consonnes dentales, — Ex. : Fève, de faba ; double, de duplex. — Dragon, de draco. — Raison, de ratio, etc.
10. Certains radicaux latins qui commencent par sp, sc, st, sont précédés d'un e dans le dérivé français, et quelquefois même l’s est retranchée. — Ex. : Espoir, de spes; estomac, de stomachus. — ÆEping'e, de spinula ; école de schola.
11. Les syllabes a?, el, deviennent souvent au, eau. — Ex, : Autre, de alter ; aube, de alba ; manteau, de mantellum ; tableau, de tabella. (Voir note du n° 88.)
12. Dans les familles de mots français, il arrive souvent qu'il y a deux séries de mots, l’une formée sur le radical simple français, l’autre sur le radical latin lui-même, — Aïnsi, double, du latin dupler, donne doubler, doublure, redouller, etc, tandis que duplicité, réduplication, ont pour base le mot même duplex. (Voir n°65.)
13. Souvent, lorsqu’on donne comme radical un nom ou un adjectif, on le présente sous deux formes, celle Au nominatif ou sujet, qui se traduit en français par le nom simpe (1084, la rose), et celle du génitif où complément, qui se traduit en français par le nom précédé de la préposition (0sœ, de la rose). La raison en est que le nominatif ne contient pas toujours le radical intégralement, tandis que le génitif en contient toutes les lettres sans altération, — Ainsi charbon: vient de carbo ; mais ce nominatif carbo ne contient pas toutes les lettres du radical; c’est dans le génitif carbonis qu’on trouve le radical tout entier.
14. Quand on donne comme radical un verbe, on présente très souvent ce verbe sous deux form 8, celle de l'infinitif (dicere, dire), et celle du siütpin (qui se rend en frangais par l'infinitif précédé ds la préposition & ou Pour: dictum, à dire ou pour dire). Ces deux formes ne sont pas identiques, et il est nécessaire de donner la seconde, vu que c’est le supin qui, le plus ordinairement, prête son radical aux noms français formés des verbes latins. — Ainsi, de videre, visum, dérivent voir, viser, visible, vision, visuel, aviser, reviser, etc.
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La syntaxe est la partie de la grammaire qui traite de l’ordre et de l’arrangement des mots dans le discours, et de l'orthographe particulière qui en résulte pour chacun.
Théoriquement, la grammaire se divise en deux parties : : La première partie, qu'on appelle quelquefois lexicologie (terme dérivé À du grec, qui signifie science des mots), étudie les mots dans leur nature et (a | dans leurs modifications. Ainsi, quand elle traite du nom, de l'adjectif, du pronom, etc. elle dit ce que ces mots sont en eux-mêmes, combien il y en a d'espèces, comment se forment les modifications du genre, du nombre, etc, ;
La deuxième partie de la grammaire, appelée syntaxe (terme dérivé du grec, qui signifie arrangement), considère les relations que les mots ont entre eux dans la phrase, la place qu'ils doivent Y occuper, leur emploi dans tel ou tel cas, l'influence qu'ils exercent les uns sur les autres, enfin l'orthographe particulière qui résulte de leurs rapports, Ainsi, quand elle étudie le nom, l'adjectif, le pronom, etc. elle traite de l'accord de ces mots, des fonct'ons spéciales qu'ils peuvent remplir, etc.
Quelques g'ammairiens, non contents d'établir une division rigoureuse entre les deux parties de la grammaire, ont encore distingué dans la Syntaxe les règles d'accord et les règles de dépendance et de subordination. l Ainsi ils ont d'abord traité de l'accord de l'adjectif, du verbe, du parti-
cipe, etc. Puis, dans des chapitres distincts, ils ont traité des compléments des mots, des rapports des Propositions, etc,
Toutefois la plupart, considérant plutôt le côté utile, ont donné dans la première partie de la grammaire les règles les plus usuelles de l’accord de l'adjectif, du verbe, du participe ; de même qu'ils ont transporté dans les chapitres de Ja syntaxe certaines questions plus difficiles sur le
| genre, sur le nombre, sur la nature ou sur le sens de certains mots.
Is ont aussi jugé plus pratique de passer simplement en revue dans la syntaxe les difiérentes parties du discours, indiquant l'une après l’autre les règles Qui se rapportent À chacune d'elles.
C’est la méthode qui a 6: suivie dans cet ouvrage,
Nota. —1I. Avant d'étudier la syntaxe, il sera utile de revoir rapidement les règles de la ire partie, Peut-être cependant trouvera-t-on plus avantageux de faire étudier ou “y récapituler, avant chaque chapitre de la syntaxe, celui qui lui correspond dans la lre partie,
Les exercices de la 2e partie renferment de fréquentes genre et le nombre du nom et de l'adjectif, sur le verbes, ete, On ne devra pas craindre de trop rev importe de se rendre très familières,
IT. Les exercices de racines donnent d’abord le terme latin, en français, Les dérivés sont généralement placés dans l'ordre des préfixes, Il y a souvent dans une même famille deux sérics de mots dérivés: l’une formée sur le radical latin ; l'autre, sur le radical français. Ainsi d'iplex (double), donne duplicité,
réduplication, ete., tandis que doubler, doublure, redoubler, etc; ont pour base le mot français même : double.
IIT. Le questionnaire des règles de la syntaxe est très simple. Prosque toujours Îa même question peut se poser ; Yrelle est la règle d'accord de te! ou tel mot ? — Dans | gr'e! cas emplote-t-on telle ou teïle expression ? -— Quelle est la règle relative à tel ( verbe, à tel complément £ etc.
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