La fileuse du Folgoat
Dans la paroisse de Folgoat en Bretagne vivait une pauvre veuve qui n'avait pour tout bien que son fils, enfant de sept à huit ans, sa petite chaumière et une chèvre. Chaque soir l'enfant menait la chèvre au pâturage tandis que la mère filait sa quenouille en chantant ces airs du pays si monolones et pourtant si doux.
larriva qu’un soir d'été la chèvre revint seule. Que d’inquiétudes! quelle anxiété alors! Tous les dangers apparaissent à la fois : les loups, les fondrières et ces mille accidents qui se présentent à l'esprit quand celui qu’on attend ne vient pas. La fileuse bretonne court par les chemins où son fils avait coutume d’aller ; elle l'appelle en pleurant; elle redit cent fois le nom chéri. La nuit était déjà venue, lorsqu’enfin un faible gémissement se fit entendre.
La mère se laisse diriger par la petite voix qui lui répond; elle arrive au bord d'un précipice : son fils est là, mais elle ne le voit point. En voulant cueillir une ‘fleur, l'enfant était tombé dans l'abime, et une branche d'arbre l’avait arrêté dans ga chute à dix ou douze pieds du sol, Maintenant il était couché sur cette branche, exposé à chaque instant à périr.
Que fera la pauvre mère? Elle n’a aucun moyen de sauver ellemême son fils. Éiarotieh du secours? Les habitations sont éloignées, èt pendant son absence l'enfant, si jeune encore, peut s’endormir, et par quelque mouvement brusque tomber de la branche où il assure qu’il se soutient aisément,
La tendresse maternelle est ingénieuse. La bretonne se dit qu'il faut d’abord écarter le sommeil , et que si l'enfant y résiste toute la nuit, les moissonneurs, qui se répandront dans les champs vers la quatrième heute du matin, viendront à son aide. La veuve s'agenouilla donc au bord de l’abime, et, recommandant à son fils de chanter avec elle, elle se mit à répéter l’un après l’autre les canliques de la veillée. Sa voix, tremblante de frayeur, exaltait la bonté de Dieu, l'appui toujours sûr de Notre-Dame; et les mêmes louanges s'élevaient aussi de l'arbre où le petit pâtre était couché. Souvent celui-ci, près de s'endormir, mur-
murait à peine les paroles saintes ou se faisait tout à fait; alors la paysanne priait, suppliait : « Mon fils, mon enfant, ne dors pas! Chante ! chante encore ! » Et l'enfant recommençait.
La nuit se passa; les moissonneurs arrivèrent, et la mère put enfin embrasser son fils,
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