‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 103 sur 187 · ANNE DE BOULEN AU ROI HENRI VIII, SON MARI · texte numérisé non relu

ANNE DE BOULEN AU ROI HENRI VIII, SON MARI

Sire,

Le mécontentement de Votre Grandeur et mon emprisonnement me paraissent des choses si étranges, que je ne sais ce que je dois écrire, ni sur quoi je dois m'excuser. Vous m'avez envoyé dire par un homme , que vous savez être mon ennemi déclaré depuis longtems , que ] pour obtenir votre faveur , je dois reconnaître une certaine vérité. Il n'eut pas plus tôt fait son message, que je m'aperçus de votre dessein. Mais si,, comme vous le dites, l'aveu d'une vérité peut me procurer ma délivrance, j'obéirai à vos ordres de tout mon cœur , et avec une entière soumission. Que Votre Grandeur ne s'imagine pas que votre pauvre femme puisse jamais être amenée à reconnaître une faute dont la seule pensée ne lui est pas venue dans l'esprit. Jamais prince n'a eu une femme plus fidèle à tous ses devoirs, plus remplie d'une tendresse sincère, que celle que vous avez trouvée en la personne d'Anne de Boulon, qui aurait pu se contenter de ce nom et de son état, s'il avait plu à Dieu et à Votre Grandeur de l'y laisser. Mais, au milieu de mon élévation et de la royauté où vous m'avez admise, je ne me suis jamais oubliée au point de ne pas craindre quelque réveil pareil à celui qui marrive aujourd'hui. Comme cette élévation n'avait pas un fondement plus solide que le goût passager que vous avez eu pour moi , je ne doutais pas que la moindre altération dans les traits qui l'on fait naître ne fût capable de vous faire tourner vers quelque autre objet.

Vous m'avez tirée d'un rang inférieur pour m'élever à la royauté, et à l'auguste rang de votre compagne ; cette grandeur était fort au-dessus de mon mérite, ainsi que de mes droits. Cependant, si vous m'avez crue digne de cet honneur, ne souffrez pas,

grand prince, qu'une inconstance injuste, ou que les mauvais conseils de mes ennemis me privent de votre faveur royale. Ne permettez pas qu'une tache aussi noire et aussi indigne que celle de vous avoir élé infidèle, ternisse la réputation de votre femme, et celle de la jeune princesse votre fille.

Ordonnez donc, ô mon roi, que l'on instruise mon procès, mais que l'on y observe les lois de la justice, et ne permettez pas que mes ennemis jurés soient mes accusateurs et mes juges. Ordonnez même que mon procès me soit fait en public: ma fidélité ne craint point d'être flétrie par la honte. Vous verrez mon innocence justifiée, vos soupçons levés , votre esprit satisfait, et la calomnie réduite au silence ; ou mon crime paraîtra aux yeux de tout le monde. Ainsi , quoi qu'il plaise à Dieu ou à vous d'ordonner de moi , Votre Grandeur peut se garantir de la censure publique ; et mon crime étant prouvé en justice, vous serez en liberté devant Dieu et devant les hommes, non-seulement de me punir comme une épouse infidèle, mais encore de suivre l'inclination que vous avez fixée sur cette personne qui est la cause du malheureux état où je me vois réduite , et que j'aurais pu vous nommer il y a longtems , puisque Votre Grandeur n'ignorait pas jusqu'où allaient mes soupçons à cet égard.

Enfin, si vous avez résolu de me perdre, et que ma mort, fondée sur une infâme calomnie, vous doive mettre en possession du bonheur que vous souhaitez, je prie Dieu qu'il veuille vous pardonner ce grand crime , aussi bien qu'à mes ennemis qui en sont les instruments , et qu'assis au dernier jour sur son trône devant lequel vous et moi comparaîtrons bientôt, et où mon innocence, quoi qu'on puisse dire, sera ouvertement reconnue, je le prie, dîs-je, qu'alors il ne vous fasse pas rendre un compte rigoureux du traitement cruel et indigne que vous m'aurez fait.

La dernière et la seule chose que je vous demande, est que je sois seule à porter tout le poids de

votre indignation, et que ces pauvres innocents gentilshommes qui, m'a-t-on dit, sont retenus à cause de moi dans une étroite prison , n'en reçoivent aucun mal. Si jamais j'ai trouvé grâce devant vous , si jamais le nom d'Anne de Boulen a été agréable à vos oreilles , ne me refusez pas cette demande , et je ne vous importunerai plus sur quoi que ce soit: au contraire, j'adresserai toujours mes ardentes prières à Dieu, afin qu'il lui plaise vous maintenir en sa bonne garde, et vous diriger en toutes vos actions. De ma triste prison à la Tour, le 6 mai.

Votre très-fidèle et très-obéissante femme,

Anne de Boulen.

REPOSE DU VICOMTE D'ORTE, COMMANDANT DE BAYON- NE, A CHARLES IX, QUI LUI AVAIT ORDONNÉ DE FAIRE MASSACRER LES PROTESTANTS.

Sire,

J'ai communiqué le commandement de Votre Majesté à ses fidèles habitants et gens de guerre de la garnison : je n'y ai trouvé que de bons citoyens et braves soldats, mais pas un bourreau. C'est pourquoi eux et moi supplions très-humblement Votre Majesté de vouloir bien employer nos bras et nos vies en choses possibles : quelque hasardeuses qu'elles soient, nous y mettrons jusqu'à la dernière goutte de notre sang.

LE DUC DE M0NTAN9IER AU DAUPHIN, SUR LA PRISE DE PHILtPSBOURG.

Monseigneur ,

Je ne vous fais pas de compliment sur la prise de Philipsbourg; vous aviez une bonne armée, une excellente artillerie, et Yauban. Je ne vous en fais pas

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