‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 119 sur 187 · CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE

Charlemagne mit un tel tempérament dans les ordres de l'État, qu'ils furent contrebalancés, et qu'il resta le maître. Tout fut uni par la force de son génie. L'empire se maintint par la grandeur du chef ;

OU PORTIUTTS F.T PARALLÈLES. 107

le prince était grand, l'homme l'était davantage. Il fit d'admirables règlements; il fit plus, il les fit exécuter. On voit, dans les lois de ce prince, un esprit de prévoyance qui comprend tout , et une certaine force qui entraîne tout : les prétextes pour éluder les devoirs sont ôtés . les négligences corrigées, les abus réformés ou prévenus; il savait punir, il savait encore mieux pardonner. Vaste clans ses desseins , simple dans l'exécution , personne n'eut à un plus haut degré l'art de faire les plus grandes choses avec facilité, et les difficiles avec promptitude.

Il parcourait sans cesse son vaste empire, portant la main partout où il allait tomber. Les affaires renaissaient de toutes parts , il les finissait de toutes parts. Il se joua de tous les périls, et particulièrement de ceux qu'éprouvent presque toujours les grands conquérants , c'est-à-dire, des conspirations.

Ce prince prodigieux était extrêmement modéré ; son caractère était doux, ses manières simples, il aimait à vivre avec les gens de sa cour.

On ne dira plus qu'un mot: il ordonnait qu'on vendit les œufs des basses-cours de ses domaines, et les herbes inutiles de ses jardins; et il avait distribué à ses peuples toutes les richesses des Lombards, et les immenses trésors de ces Huns qui avaient dépouillé l'univers.

Montesquieu.

SàLXT BERNARD,

Alors vivait dans un cloître un homme dont les dépositaires du pouvoir suprême devaient ambitionner les suffrages autant que ceux d'un sénat ou d'un peuple législateur. A ce trait seul on doit reconnaître cet abbé de Clairvaux, devenu si célèbre sous le nom de Saint Bernard.

Nul homme n'a exercé sur son siècle un empire aussi extraordinaire : entraîné vers la vie solitaire et religieuse par un de ces sentiments impérieux qui

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n'en laissent pas d'autres dans l'àme, il alla prendre sur l'autel toute la puissance de la religion. Lorsque, sortant de son désert, il paraissait au milieu des peuples et des cours, les austérités de sa vie, empreintes sur des traits où la nature avait répandu la grâce et la beauté, remplissaient toutes les âmes u'amour et de respect. Éloquent dans un siècle où le pouvoir, et le charme de la parole étaient absolument inconnus, il triomphait de toutes les hérésies dans les conciles; il faisait fondre en larmes les peuples au milieu des campagnes et des places publiques: son éloquence paraissait un des miracles de la religion qu'il prêchait. Enfin l'Église, dont il était la lumière, semblait recevoir les volontés divines par son entremise. Les rois et leurs ministres, à qui il ne pardonnait jamais ni un vice, ni un malheur public, s'humiliaient sous ses réprimandes comme sous la main de Dieu même; et les peuples, dans leurs calamités, allaient se ranger autour de lui, comme ils vont se jeter au pied des autels.

Garât. Éloge de Suger.

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