MOLIÈRE ET LA FONTAINE
Molière, dans chacune de ses pièces, ramenant la peinture des mœurs à un objet philosophique, donne
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à la cornédL îa moralité de l'apologue. La Fontaine* transportant dans ses fabies la peinture des moeurs^ donne à l'apologue une des grandes beautés de la comédie., les caractères. Doués tous les deux au plus haut degré du génie d'observation, génie dirigé clans l'un par une raison supérieure., guidé dans l'autre par un instinct non moins précieux, ils descendent dans le plus profond de nos travers et de nos faiblesses; mais chacun, selon îa double différence de sont genre et de son caractère, les exprime différemment.
Le pinceau de Molière doit être plus énergique et plus ferme, celui delà Fontaine plus délicat et plus fin. L'un rend les grands traits avec une force qui le montre comme supérieur aux nuances; l'autre saisit les nuances avec une sagacité qui suppose la science des grands traits. Le poëte comique semble s'être plus attaché aux ridicules, et a peint quelquefois les formes passagères de la société. Le fabuliste semble s'adresser davantage aux vices , et a peint une nature encore plus générale. Le premier me fait plus rire de mon voisin; le second me ramène plus à moi-même. Celui-ci me venge davantage des sottises d'autrui; celui-là me fait mieux songer aux miennes. L'un semble avoir vu les ridicules comme un défaut de bienséance choquant pour la société ; l'autre avoir vu les vices comme un défaut de raison fâcheux pour nous-mêmes. Après la lecture du premier, je crains l'opinion publique; après la lecture du second, je crains ma conscience.
Enfin, l'homme corrigé par Molière, cessant d'être ridicule , pourrait devenir vicieux ; corrigé par la Fontaine, il ne serait plus ni vicieux, ni ridicule: il serait raisonnable et bon, et nous nous trouverions vertueux, comme la Fontaine était philosophe, sans s'en douter.
Cuampfort. Éloge de la Fontaine.
BUFFOX.
L'historien de la nature est grand, fécond, varié, majestueux comme elle; comme elle, il s'élève sans effort et sans secousse; comme elle, il descend dans les plus petits détails, sans être moins attachant ni moins beau. Son style se plie à tous les objets, et en prend la couleur: sublime, quand il déploie à nos regards l'immensité des êtres et les richesses de la création , quand il peint les révolutions du globe , les bienfaits ou les rigueurs de la nature , orné quand il décrit, profond quand il analyse, intéressant lorsqu'il nous raconte l'histoire de ces animaux devenus nos amis et nos bienfaiteurs. Juste envers ceux qui l'ont précédé dans le même genre d'écrire, il loue Pline le naturaliste et Aiïstote, et il est plus éloquent que ces deux grands hommes. En un mot, son ouvrage est un des beaux monuments de ce siècle, élevé pour les âges suivants, et auquel l'antiquité n'a rien à opposer.
La Harpe.