LE PARIA
Il est sur ce rivage une race flétrie, Une race étrangère au sein de sa patrie: Sans abri protecteur, sans temple hospitalier, Abominable, impie, horrible au monde entier, Les Parias : le jour à regret les éclaire , La terre sur son sein les porte avec colère, Et Dieu les retrancha du nombre des humains Quand l'univers créé s'échappa de ses mains. L'Indien, sous les fleurs d'un soleil sans nuages, Fuit la source limpide où se peint leur image, Les doux fruits que leur main de l'arbre a détachés, Ou que d'un souffle impur leur haleine a touchés. D'un seul de leurs regards a-t-il reçu l'atteinte, Il se plonge neuf fois dans les flots d'une eau sainte: Il dispose à son gré de leur sang odieux; Trop au-dessous des lois, leurs jours sont à ses yeux Comme ceux du reptile, ou des monstres immondes Que le limon du Gange enfante sous ses ondes. Profanant la beauté, si jamais leur amour
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Arrache à sa faiblesse un coupable retour,
Anathème sur elle; infamie, et misère!
Morte pour sa tribu, maudite par son père,
Promise après la vie au céleste courroux,
Un éternel exil la livre à son époux.
Eh bien! mais je frémis! lu vas me fuir peut-être;
Ami d'un malheureux, tu vas cesser de l'être ;
Je foule un sol natal à mes pas interdit ;
Je suis un fugitif, un profane, un maudit;
Je suis un Paria....
Casimir Delavigne. Le Paria, acte i, scène 1.