‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 158 sur 187 · L'AVEUGLE ET LE PARALYTIQUE · texte numérisé non relu

L'AVEUGLE ET LE PARALYTIQUE

Aidons -nous mutuellement , La charge des malheurs en sera plus légère ;

Le bien que l'on fait à son frère , Pour le mal que l'on souffre est un soulagement; Confucius l'a dit : suivons tous sa doctrine. Pour la persuader aux peuples de la Chine,

Il leur contait le trait suivant:

Dans une ville de l'Asie

Il existait deux malheureux, L'un perclus, l'autre aveugle, et pauvres tous les deux. Ils demandaient au Ciel de terminer leur vie ;

Mais leurs vœux étaient superflus :

Ils ne pouvaient mourir. Notre paralytique, Couché sur un grabat dans la place publique , Souffrait sans être plaint: il en souffrait bien plus.

L'aveugle, à qui tout pouvait nuire,

Était sans guide, sans soutien ,

Sans avoir même un pauvre chien

Pour l'aimer et pour le conduire.

Un certain jour il arriva Que l'aveugle à tâtons , au détour d'une rue ,

Près du malade se trouva ; Il entendit ses cris, son âme en fut émue.

Il n'est tels que les malheureux

Pour se plaindre les uns les autres.

« J'ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres; Unissons-les, mon frère, ils seront moins affreux».

— « Hélas ! dit le perclus, vous ignorez, mon frère,

Que je ne puis faire un seul pas ; Vous-même vous n'y voyez pas :

A quoi nous servirait d'unir* notre misère? »

— « A quoi! répond l'aveugle; écoutez: à nous deux Nous possédons le bien à chacun nécessaire;

J'ai des jambes et vous des yeux; Moi, je vais vous porter; vous, vous serez mon guide; Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés; Mes jambes, à leur tour , iront où vous voudrez. Ainsi, sans que jamais notre amitié décide Oui de nous deux remplit le plus utile emploi, Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi »,

Floiuan.

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