‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 157 sur 187 · LES METAMORPHOSES DU SINGE · texte numérisé non relu

LES METAMORPHOSES DU SINGE

Gille, histrion de foire, un jour, par aventure, Trouva sous sa patte un miroir:

Mon singe au même instant de chercher à s'y voir, « 0 le museau grotesque! ô la platte figure!

S'écria-t-il ; que je suis laid!

Puissant maître des Dieux, j'ose implorer tes grâces:

Laisse-moi le lot des grimaces; Je te demande au reste un changement complet ». Jupin l'entend et dit: « Je consens à la chose. Regarde: es -tu content de ta métamorphose? » Le singe était déjà devenu perroquet.

Sous ce nouvel habit mon drôle s'examine, Aime assez son plumage et beaucoup son caquet; Mais il n'a pas tout vu : « Peste ! la sotte mine Que me donne Jupin ; le long bec que voilà ! J'ai trop mauvaise grâce avec ce bec énorme :

Donnez-moi vite une autre forme *».

Par bonheur en ce moment-là Le seigneur Jupiter était d'humeur à rire: 11 en fait donc un paon; et cette fois le sire., Promenant sur son corps des yeux émerveillés ,

S'enfle , se pavane , et s'admire ;

Mais las! il voit ses vilains pieds;

Et mon impertinente bête A Jupin derechef adresse une requête.

« Ma bonté, dit le Dieu, commence à se lasser:

Cependant j'ai trop fait pour rester en arrière, Et vais de chaque état où tu viens de passer

Te conserver le caractère :

Mais aussi plus d'autre prière; Que je n'entende plus ton babil importun ». A ces mots Jupiter lui donne un nouvel être.

Et qu'en fait-il ? un petit-maitre.

Depuis ce tems, dit-on, les quatre ne font qu'un.

Le Bailly.

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