‹ Leçons de littérature françaiseChapitre 165 sur 187 · I/ÉCOLIER · texte numérisé non relu

I/ÉCOLIER

Un tout petit enfant s'en allait à l'école. On avait dit: allez!... Il tâchait d'obéir; Mais son livre était lourd, il ne pouvait, courir. Il pleure , et suit des yeux une abeille qui vole.

« Abeille, lui dit-il, voulez-vous me parler? Moi, je vais à l'école: il faut apprendre à lire: Mais le maître est tout noir, et je n'ose pas rire: Vaulez-vous rire, abeille, et m'apprendre à voler?

— Non, dit -elle; j'arrive et je suis très pressée: J'avais froid ; l'Aquilon m'a ïongtems oppressée : Enfin j'ai vu les fleurs, je redescends du ciel. Et je vais commencer mon doux rayon de miel. Voyez! j'en ai déjà puisé dans quatre roses: Avant une heure encor nous en aurons d ecloses. Vite, vite à la ruche! on ne rit pas toujours: C'est pour faire le miel qu'on nous rend les beaux 'ours ».

L'enfant reste muet, et la tète baissée, Rêve et compte ses pas, pour tromper son ennui, Quand le livre importun, dont sa main est lassée, Rompt ses fragiles nœuds, et tombe auprès de lui.

Un dogue l'observait du seuil de sa demeure. Stentor , gardien sévère et prudent à la fois , De peur de l'effrayer retient sa grosse voix. Hélas! Peut-on cner contre un enfant qui pleure?

« Bon dogue, voulez-vous que je m'approche un peu? Dit r écolier plaintif. Je n'aime pas mon livre ; Voyez! ma main est rouge, il en est cause. Au jeu Rien ne fatigue, on rit; et moi je voudrais vivre

Sans aller à l'école, où l'on tremble toujours. Je m'en plains tous les soirs, et j'y vais tous les jours. J'en suis très-mécontent. Je n'aime aucune affaire. Le sort des chiens me plaît, car ils n'ont rien à faire.

— Écolier! voyez-vous ce laboureur aux champs? Eh bien! ce laboureur, dit Stentor, c'est mon maître. 11 est très vigilant ; je le suis plus peut-être. Il dort la nuit, et moi j'écarte les méchants. J'éveille aussi ce bœuf, qui, d'un pied lent, mais ferme, Va creuser les sillons quand je garde la ferme. Pour vous-même on travaille; et grâce à vos brebis, Votre mère., en chantant, vous file des habits. Par le travail tout plaît, tout s'unit, tout s'arrange.

Allez donc à l'école; allez , mon petit ange ! Les chiens ne lisent pas., mais la chaîne est pour eux: L'ignorance toujours mène à la servitude. (tude : L'homme est fin, l'homme est sage, il nous défend l'é- Enfant, vous serez homme, et vous serez heureux; Les chiens vous serviront ». L'enfant l'écouta dire, Et même il le baisa. Son livre était moins lourd, En quittant le bon dogue il pense, il marche, il court. L'espoir d'être homme un jour lui ramène un sourire. A l'école, un peu tard, il arrive gaîment, Et dans le mois des fruits il lisait couramment.

Mme Desbordes Valmore.

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