LE CONVOI D'UN ENFANT
Un jour que j'étais en voyage Près de ces lots qu'un mur défend , Je vis deux hommes du vil ! âge Qui portaient un cercueil d'enfant.
Une femme marchait derrière Qui pleurait et disait tout bas Une lente et triste prière , Celle qu'on dit lors d'un jrépas.
Point de parents, point de famille:
Je ne vis le long du chemin Qu'une pauvre petite fille Cachant ses larmes dans sa main.
Elle suivait la longue allée Qui conduit au champ du repos , Et paraissait bien désolée \ Et dévorait bien des sanglots.
Ainsi marchant , quand ils passèrent Au pied de ce grand peuplier, Ceux qui travaillaient s'arrêtèrent , Et je les vis s'agenouiller;
Prier le ciel pour la jeune âme, Faire le signe de la croix ; Et, quand passa la pauvre femme, Se détourner tous à la fois !
Cependant inclinant la tète,
Au cimetière on arriva ;
Une fosse ouverte était prête ;
Alors un homme dit: « C'est là ! »
Et la fosse n'étant plus vide On y poussa la terre ... et puis Je ne vis qu'une fosse humide Avec une branche de buis.
Et comme la petite fille
S'en allant passa près de moi ,
Je l'arrêtai par sa mantille:
« Tu pleures, mon enfant, pourquoi? «
« Monsieur, c'est que Julien, dit-elle, Mon petit camarade, *>st mort! »
Et voilant sa noire prunelle, La pauvrette pleura plus fort.